GEORGES BRASSENS, SES LETTRES A UN AMI.

J'ai rencontré Georges Brassens au début de mon adolescence.

Depuis environ 45 ans, il ne m'a jamais quitté.

J'évacue mes deux seules réserves concernant son répertoire.

Il avait une conception normée de la sexualité ; je mets cela sur le compte de sa génération.

Il se prononçait dans sa chanson "Mourir pour des idées"  contre cela. Je considère au contraire qu'il est des situations extrêmes où mourir pour des idées est utile, et de plus admirable car le fait de gens d'un courage exceptionnel.

Pour le reste...

Georges Brassens m'a beaucoup appris sur les rapports humains, donc sur la vie tout court.

Il était d'une attention extrême envers les humbles : "Le fossoyeur", "Pauvre Martin", "Chanson pour l'auvergnat", "La complainte des filles de joie".

Il célébrait l'amour avec délicatesse et lucidité : "Les amoureux des bancs publics", "Il n'y a pas d'amour heureux" (poème de Louis Aragon), "La première fille", "Auprès de mon arbre", "Maman, Papa", "Bonhomme", "Embrasse-les tous", "Le vingt-deux septembre", "Les quatre bacheliers", "La non-demande en mariage", "Bécassine", "La princesse et le croque-notes", "Les passantes"(poème d'Antoine Pol), "Don Juan".

Il cultivait l'amitié : "Le vieux Léon", "Les copains d'abord", "La rose, la bouteille et la poignée de main", "Le modeste".

Il parlait de la mort avec humour et sagesse : "Le testament", "Les funérailles d'antan", "Supplique pour être enterré à la plage de Sète", "La fessée".

Il exprimait sa conception anarchiste douce de la vie, son refus des préjugés de tous ordres, des conventions : "La mauvaise réputation", "Le gorille", "La mauvaise herbe", "La prière", "Hécatombe", "Corne d'aurochs", "Les croquants", "Philistins", "Le temps ne fait rien à l'affaire", "La guerre de 14-18", "L'assassinat", "La tondue", "Le pluriel", "L'ancêtre", "Les oiseaux de passage" (poème de Jean Richepin), "Stances à un cambrioleur", "La ballade des gens qui sont nés quelque part" , "Quatre-vingt-quinze pour cent", "Le roi", "A l'ombre des maris", "Tempête dans un bénitier", "Le boulevard du temps qui passe", "Les patriotes", "La visite".

Tous les musiciens connaisseurs de son répertoire décrivent ses musiques comme étant très élaborées, très difficiles à jouer.

Toutes ses chansons sont réussies. C'est rarissime, peut-être unique.

C'était un individualiste dans le bon sens du terme, accordant attention à chaque individu, ne jugeant jamais les autres, considérant que les seuls défauts rédhibitoires étaient la satisfaction de soi, l'absence de regrets, de remords.

Il se méfiait de tous les groupes, de toutes les structures, de tous les pouvoirs.

Il vivait simplement, était extrêmement généreux avec son argent qui excédait ses besoins.

Il représente à mes yeux beaucoup des valeurs humaines essentielles.

Il concevait ses chansons comme « des lettres à un ami ».

Qu'il en soit remercié infiniment.

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