MELENCHON : LE DESHONNEUR JUSQU'A LA LIE

Né en 1960, militant de 1976 à 1995 du Parti Communiste Français ainsi que dans les premières années du Mouvement de la Jeunesse Communiste de France et de l'Union des Etudiants Communistes, syndiqué à la CGT depuis 35 ans et ayant exercé des responsabilités dans le syndicat de mon entreprise et dans la fédération nationale de ma branche d'activité de 1984 à 1995, j'étais, dimanche 23 avril à 20 heures, globalement content du résultat obtenu par Jean-Luc Mélenchon, qui redonnait de vives couleurs à, selon moi, une social-démocratie de combat. 

Sur le blog que je tenais alors sur le site de l'Obs, j'avais expliqué, le 8 mars, qu'après avoir décidé de voter pour Jean-Luc Mélenchon et de soutenir sa campagne, j'allais voter pour Emmanuel Macron, avec l'objectif essentiel de contribuer à ce, qu'en toutes hypothèses, il devance Marine Le Pen dès le premier tour de l'élection présidentielle. Afin d'être le mieux en mesure non pas seulement de la battre, mais de l'écraser.

Ce qui ne m'empêchait nullement de réaffirmer que Jean-Luc Mélenchon restait le candidat dont je me sentais le plus proche, au sens de sa vision prospective économique, sociale et écologiste, posant notamment clairement la question-clé de la modification de la répartition des richesses au bénéfice des catégories populaires ; et que je voterai donc pour le candidat de sa mouvance au premier tour des élections législatives.

Et puis, Jean-Luc Mélenchon fit sa déclaration autour de 22 heures. Ce fut la première étape de la honte.

1° Vers 22 heures donc, il déclara qu'il ne prenait pas position pour le second tour entre Emmanuel Macron et la candidate de l'extrême-droite, formula des phrases alambiquées comme "Chacune, chacun d'entre vous sait en conscience quel est son devoir. Dès lors, je m'y range"...ou "Je ne suis pas mandaté pour cela (prendre position pour le second tour)", et annonça une consultation des "Insoumis" sur leur choix au second tour.

2° Samedi 29, sur sa chaîne You Tube, puis dimanche 30 au JT de 20 heures de TF1, il abjura les électeurs de ne pas voter pour la candidate du Front National (quel exploit !), puis plaça par l'emploi du même préfixe qualificatif Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur le même plan, les qualifiant respectivement d'extrême-finance et d'extrême- droite, pour finir en apothéose par décerner un brevet d'ouverture à Le Pen en disant qu'elle, au moins, s'adressait aux électeurs de la "France Insoumise"...

Puis, plus rien de la part de l'insoumis en chef jusqu'à l'annonce du résultat du second tour.

3° Le mardi 2 mai, furent publiés les résultats de la consultation des adhérents, ou plutôt d'ailleurs des militants de la France Insoumise. D'après les chiffres communiqués, sur un peu moins de 250 000 expressions, 34,83% se sont prononcés pour un vote Macron, 36,12% pour un vote blanc ou nul, et 29,05% pour une abstention.

4° Dimanche 7 mai, peu après l'annonce à 20 heures de l'estimation des instituts de sondages, retour de Jean-Luc Mélenchon qui déclare sans rire que Marine Le Pen est troisième de l'élection, puisque 15 millions de français se sont abstenus ou ont voté blanc ou nul, et qu'elle a recueilli 10 millions de voix. Ce disant, il prend littéralement ses concitoyens pour des imbéciles, en mettant sur le même plan les 5 à 7 millions de français qui s'abstiennent à toutes les élections, et ceux qui l'ont fait (ou ont voté blanc ou nul) pour des raisons politiques  

Je tire d'ores et déjà plusieurs enseignements de cette impensable réalité.

Le premier, c'est que les 2/3 des militants parmi les plus à gauche du spectre militant du pays ont choisi de ne pas faire baisser le résultat en pourcentage de la candidate de l'extrême-droite nationaliste, xénophobe et raciste. Ce fait, tout à fait nouveau par son ampleur, est particulièrement inquiétant en ce qu'il confirme la banalisation de l'extrême-droite dans le pays, jusqu'au coeur de ceux censés en être parmi les adversaires les plus déterminés.

Le deuxième est presque plus grave à mes yeux. En effet, cette décision des "insoumis", ou auto-proclamés comme tels, ne survient pas tout à fait comme un coup de tonnerre dans un ciel serein, si je puis dire.

Pour en revenir à Jean-Luc Mélenchon, il a précédemment déclaré :

- En 2014, au moment de la pseudo-éviction de Jean-Marie Le Pen de la direction du FN, qu'il félicitait Florian Philippot pour "nous avoir débarrassé de ce vieux fasciste", semblant préférer un fasciste jeune à un fasciste vieux ; à moins qu'il ne considère que Philippot n'est pas un dirigeant d'extrême-droite.

- Après le premier tour des élections régionales de décembre 2015, qu'il refusait d'appeler à voter pour les candidats de la droite républicaine dans les trois régions où le Front National pouvait espérer remporter la présidence du conseil régional. 

- Le 5 juillet 2016, que dans le cadre de l'Union Européenne, "les travailleurs détachés volent le pain des travailleurs qui se trouvent sur place".

Pour en arriver à la position politique qu'il a prise tout au long de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle.

Position qui lui a valu les compliments de Jean-Marie Le Pen. C'est dire...

J'aimerais que Jean-Luc Mélenchon explique pourquoi il appelait très vigoureusement les électeurs de gauche à voter pour Jacques Chirac, même "en se bouchant le nez", en 2002 quand Jean-Marie Le Pen avait obtenu 16% des voix, et pourquoi il n'a pas fait la même chose en 2017 quand Marine Le Pen a obtenu 21% des suffrages.

Peut-être, ou sans doute, faut-il en chercher la véritable explication dans le changement de la démarche politique de Jean-Luc Mélenchon entre sa campagne électorale présidentielle de 2012 et celle de 2017.

En 2012, au sein du Front de Gauche en alliance avec le Parti Communiste Français, il était clairement positionné à la gauche de François Hollande.

En 2017, ayant créé la "France Insoumise", il tente d'incarner un mouvement représentatif du "peuple" en opposition aux "élites", aux "belles personnes" comme il dit.

Ce qui est à mon avis à la fois une imposture et une supercherie.

Une imposture, car le programme de la France Insoumise est largement et clairement de gauche. Une très large majorité de son électorat est dans cette tradition et mouvance politique.  

C'est en cela que sa non-prise de position en faveur du vote Macron contre Le Pen, en plus d'être inacceptable, provoque une rupture profonde au sein des électeurs de gauche qui ont voté pour lui, dont une partie de l'ADN est constituée par l'antifascisme et l'antiracisme.

C'est si vrai qu'une  majorité des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont voté pour Emmanuel Macron au second tour. 

Il reste que la désertion électorale de Jean-Luc Mélenchon a vraisemblablement permis à Marine Le Pen de dépasser la barre des 30%. Et qu'il ne s'abrite pas derrière le refus de donner une "consigne" de vote. Il ne s'agit pas en effet d'une "consigne" un peu "scolaire" à donner, mais d'une prise de position politique d'un candidat ayant recueilli 19,5% des suffrages au premier tour de l'élection.

Et il est tout à fait normal que la dite prise de position politique claire ait une influence, soit prise en compte par ses électeurs ; c'est bien ce qui s'est produit, mais au bénéfice du Front National.

Qui plus est quand le candidat concerné est affligé d'une boursouflure égotique évidente, et qu'il se met systématiquement en scène sur les estrades, se prenant peut-être pour Victor Hugo ou Jean Jaurès. S'il en était l'équivalent, cela se saurait.

Une supercherie, car que veut dire cette définition d'un "peuple" mythifié, supposé "bon" par opposition aux "méchantes" élites, les "belles personnes" comme il dit ; comme s'il n'existait pas parmi la totalité du peuple, toutes conditions sociales confondues, des personnes d'inégales qualités citoyennes.

Le "peuple" de Mélenchon, multicolore et citoyen, n'a rien à voir avec le "peuple" de Le Pen, ethnique et figé  dans un passé identitaire fantasmé.

Il reste que parler au nom du "peuple" en le mythifiant s'appelle du populisme.

Pour ma part, je voterai au premier tour des élections législatives pour le candidat présenté par le Parti Communiste Français. 

 

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