CONTRE LA FIRME LE PEN : OUI, JACQUES CHIRAC.

Je veux aujourd'hui retenir trois moments de la vie politique de Jacques Chirac.

Le premier, c'est son discours du 16 juillet 1995, peu après sa première élection comme président de la République, par lequel, pour la première fois, la France reconnaissait sa participation active aux rafles de plus de 13 000 juifs, hommes, femmes et enfants, les 16 et 17 juillet 1942, arrêtés à leur domicile par des policiers et gendarmes français avant d'être parqués au Vélodrome d'Hiver à Paris, pour être ensuite envoyés au camp d'extermination d'Auschwitz, d'où aucun enfant, puisque gazés dès leur arrivée, et beaucoup d'adultes ne devaient pas revenir.

Le deuxième, c'est son intervention télévisée du 23 mars 1998, après les élections régionales et alors que une partie des élus RPR et UDF faisaient alliance avec le Front National pour être présidents de certaines régions ; Jacques Chirac, assumant et justifiant le fait de sortir de sa réserve présidentielle, pourfendait ces élus de son camp politique et traçait une ligne rouge infranchissable entre la droite et l'extrême droite.

Le troisième, c'est, entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2002, son refus de débattre avec Jean-Marie Le Pen, non pas son adversaire, mais son ennemi au second tour, afin, déclarait-il, "de ne pas cautionner la banalisation de la haine et de  l'intolérance".

Rien que pour cela, le bilan politique de Jacques Chirac mérite d'être évalué de manière nuancée.

Les hasards du calendrier font que, entre la mort et les obsèques du président Chirac, s'est tenue hier à Paris, une réunion publique baptisée "convention de la droite", et qui aurait dû être nommée par son nom, à savoir une réunion de l'extrême droite.

On y a vu en effet, relayés en direct par la chaîne d'information LCI, Eric Zemmour (tout récemment condamné pour provocation à la haine raciale) tenir un discours de haine pure à l'égard des immigrés, des non-blancs de peau, des musulmans. Un discours à la limite de l'incitation à la guerre civile.

Puis Marion Maréchal Le Pen tenir, en termes à peine plus policés, le même discours de fond.

Le même Eric Zemmour qui va arriver sur la chaîne d'information CNews, quotidiennement entre 19 et 20 heures.

Pour revenir au Front National proprement dit, Marion Maréchal Le Pen et Marine Le Pen sont les "dignes" petite-fille et fille de leur grand-père et père.

Leur rivalité de carrière politicienne et leur divergence sur la stratégie électorale, la première visant une alliance avec la droite, où ce qu'il en reste, la deuxième visant davantage l'électorat de La France Insoumise, où ce qu'il en reste, ne change rien à leur nature profonde.

Le coeur nucléaire de leur programme politique est le rejet des étrangers, des non-blancs de peau, la xénophobie, l'intolérance et la haine. 

Concernant le décès de Jacques Chirac, j'aurais bien aimé que Médiapart mette en lumière son héritage anti-néo-fasciste.

Au lieu de cela, Edwy Plenel, dans son dernier article quelque peu fumeux, donne le sentiment d'utiliser la mort de Jacques Chirac pour démolir Emmanuel Macron, en se livrant à une comparaison au pas de charge des démocraties française d'une part, anglaise et américaine d'autre part.

Dans cet article, Edwy Plenel cite pour une nouvelle fois Pierre Mendès France, pour s'en réclamer.

Amusant, ou au mieux grotesque, de la part du tout récent laudateur de Léon Trotsky, qui avait sur les mains le sang de milliers de ses compatriotes.

Ah, la Vertu rouge foncé, quand elle vous tient !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.