REFLEXIONS D'UN LOSER VOLONTAIRE

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Billet de blog 31 mars 2018

REFLEXIONS D'UN LOSER VOLONTAIRE

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SERVICES PUBLICS, CONDITIONS DE TRAVAIL : LA DECISIVE BATAILLE DU RAIL.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le projet du gouvernement d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe concernant la SNCF revêt un enjeu capital. Ou plutôt deux.

Le premier concerne l'existence d'un service public en position de monopole, et, par voie de conséquence, l'existence des services publics.

Si certains services publics français ont commencé à être mis en concurrence avec des entreprises privées, le service public du chemin de fer représente un enjeu opérationnel et symbolique tout à fait particulier.

Opérationnel, parce qu'il permet de relier l'ensemble du territoire métropolitain dans des conditions d'égalité d'accès, de sécurité et de non-pollution inégalables.

En effet, mettre en place la concurrence avec des opérateurs privés revient immanquablement à offrir les lignes excédentaires aux sociétés privées motivées par définition par l'appât du gain, et à supprimer les lignes déficitaires que le service public n'aurait plus les moyens d'assurer et qui n'intéresseraient pas le secteur privé.

Exit l'égalité d'accès au transport ferroviaire sur tout le territoire. Et donc augmentation du trafic routier accidentogène et polluant.

Et l'argument de l'obligation européenne ne tient pas, les textes de l'Union Européenne stipulant qu'en matière ferroviaire les Etats peuvent conserver un service public en situation de monopole.

Symbolique, car il constitue une des, sinon la dernière(s) place(s) encore forte(s) du syndicalisme de lutte.

A ce sujet, la stratégie de grève décidée par les syndicats cheminots, innovante et adroite, a visiblement pris de court le gouvernement qui s'applique depuis son annonce et la grève du 22 mars très bien observée à la SNCF à manoeuvrer en recul.

Plus fondamentalement, Emmanuel Macron et le gouvernement veulent à l'évidence, dans la foulée des ordonnances permettant la remise en cause entreprise par entreprise des garanties collectives légales et conventionnelles des salarié(e)s du secteur privé, frapper un coup emblématique contre un statut, celui des cheminots. Ouvrant ainsi la voie à la remise en cause des statuts de l'ensemble du secteur public et de la Fonction Publique, cette dernière étant d'ailleurs déjà concernée par les projets du gouvernement.

Or, le statut des cheminots constitue un verrou face aux exigences de rentabilité financière de futurs opérateurs privés du chemin de fer.

Et là se situe le deuxième enjeu fondamental de ce conflit social.

Car leur statut ne fait nullement des cheminots de soi-disant privilégiés ; il leur permet simplement de voir compensées des conditions de travail qui, si elles ne sont plus les mêmes qu'à l'époque du charbon, restent marquées notamment par des horaires très décalés et donc une disponibilité très importante, avec en permanence l'obsession si reconnue de la sécurité.

Il y en a en effet vraiment assez des discours culpabilisateurs distillés depuis des décennies sur le thème : comme il y a plus malheureux que vous, acceptez de travailler dans de plus mauvaises conditions.

Ce raisonnement pervers et anti-social a conduit à la dégradation continue des conditions de travail dans de très nombreuses entreprises, privées comme publiques, dégradation se traduisant par l'augmentation du stress et du mal-être au travail, des arrêts de travail, des burn-out, des suicides motivés au moins partiellement par des raisons professionnelles.

Comme l'a excellemment formulé Olivier Besancenot, "on est tous le cheminot de quelqu'un."

La grève qui va commencer à la SNCF est à mon sens décisive, tant pour la pérennité des services publics garantissant l'égalité des citoyens à leur accès que pour le maintien et l'amélioration de conditions de travail tout simplement correctes et humaines.

Cette grève doit être victorieuse.

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