Harcèlement scolaire/violences à l'Ecole (sur France 3)

Le débat qui a suivi le téléfilm "Marion 13 ans pour toujours" a mis l'accent sur le rôle des réseaux sociaux dans le développement des violences entre jeunes. C'est juste mais une autre cause, interne cette fois, a été oubliée: la démission de certaines directions d'établissement et la perte d'autorité des enseignants.

           Pourtant le téléfilm, qui relate une histoire vraie, est très clair sur la corrélation existant entre ces facteurs: le harcèlement qu'a subi  Marion résulte d'une situation d'indiscipline qui empêchait la poursuite normale du cours. L'un des futurs harceleurs renvoie son carnet de correspondance à la tête de la prof d'espagnol et la traite de "connasse". Par peur d'être mal jugée par sa hiérarchie, l'enseignante se tait et c'est la bonne élève de service qui témoigne du fait et qui en paiera le prix.
          D'autres situations d'indiscipline sont filmées, en cours d'histoire, de maths (nettement moins pour autant) et en EPS: le professeur est menacé d'être accusé de pédophilie (il est pris en photo dans un groupe de filles à l'aide d'un smartphone) s'il prend la défense de l'élève harcelée.  Là encore, l'enseignant se tait de peur des représailles.
          Ces faits se déroulent dans l'établissement (un collège), dans un climat général d'impunité, la question des sanctions étant éludée.

        Le débat a porté sur les recours juridiques (mise en place de référents sur le harcèlement) et psychologiques (appel au témoignage de tiers, à la médiation entre pairs, suivi des élèves harcelés et harceleurs).  En fait, la responsabilisation des élèves violents n'est vraiment possible que si l'institution se donne les moyens d'éradiquer les causes profondes de ce phénomène: 
        -la perte d'autorité des enseignants résulte d'un laxisme généralisé du système éducatif, en phase avec les dérives néo-libérales. Effet symptomatique, le cours d'histoire (sur la philosophie des Lumières) déraille lorsque la question de la liberté est traitée. Elle fait l'objet d'un  détournement sémantique ironique de la part d'élèves perturbateurs (dans le style "Je fais ce que je veux").
       -les incivilités des élèves perturbateurs sont idéologiquement marquées (ce n'est pas un simple chahut de pré-adolescents, encore moins une révolte à caractère progressiste style mai 68), marquées au sceau de la violence pré-fascisante qui se manifeste en France dans d'autres situations: violences policières impunies, banalisation de l'extrême-droite...L'objectif ultime est la mort de l'élève harcelée, avec incitation réitérée à se suicider ("Demain, à l'arrêt de bus, tu seras tuée").
         -un cas typique de violence systématisée est  la violence de genre, qui touche des élèves filles et des enseignantes.  Violence verbale ("sale pute","connasse"...), physique (attouchements sexuels..)....
         - la formation des enseignants ne peut se résumer à une adaptation pragmatique à cette réalité (voir les stages "gérer les conflits") et doit inclure un volet socio-anthropologique, en plus des volets psycho-pédagogique et juridique. Sur la crise de la transmission inter-générationnelle, le clanisme adolescent, la violence machiste, le phénomène du bouc-émissaire...     

          Dans ce contexte, il serait dangereux de laisser le thème de l'autorité aux droites. Il existe une véritable omerta sur ces violences à l'encontre des adultes.  De nombreuses catégories y participent, directement ou pas: des administrations peu responsables, des enseignants sous pression, des décideurs qui privilégient l'intérêt de l'élève, par dogmatisme pédagogique ou par clientélisme électoral.... 
       C'est bien connu, "l'autorité" se différencie du "pouvoir" et de la "violence", dans le sens où elle a une légitimité morale et qu'elle est exercée par des éducateurs. Cette autorité est de plus en plus contestée, au fur et à mesure de la progression des institutions de maintien de l'ordre, souvent répressives. Il faut rééquilibrer le système dans l'autre sens.
Le respect de l'intégrité des enseignants et personnels est une condition première de l'exercice éducatif, de même que la prise de sanctions (graduées et éducatives) à l'égard des élèves indisciplinés et harceleurs. Le respect de l'intégrité des publics et notamment des filles est conditionné à la démocratisation de l'institution: il n'est pas acceptable que des personnels soient pris en étau entre une administration défaillante et des publics de plus en plus violents. La précarisation généralisée des relations sociales (avec des risques psycho-sociaux pour tous) doit être l'occasion d'une réflexion sur une refondation plus authentique, et en fait systémique, de l'Ecole.
        Une revendication à faire valoir: déconnecter la carrière des personnels (son évaluation) de la question de la gestion des conflits.

Martine BOUDET

Marion 13 ans pour toujours (France 3, 27 septembre 2016)

http://www.france3.fr/emissions/marion-13-ans/videos/replay_-_debat_harcelement_scolaire_le_combat_de_tous__27-09-2016_1295443

 http://www.francetvinfo.fr/societe/education/harcelement-a-l-ecole/marion-13-ans-pour-toujours-un-telefilm-choc-sur-le-harcelement-scolaire_1845003.html

 

 

              


 

 

 

 

 

 


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