Rififi au sein de la FCPE sur la réforme du collège (Papier d'angle)

Paris, 5 fév 2016 (AFP) - Quinze sections départementales de la première fédération de parents d'élèves appellent à suspendre la réforme du collège, pourtant soutenue par la direction nationale de la FCPE, estimant que les moyens ne sont pas à la hauteur et que les inégalités risquent de se creuser.


   L'appel à la suspension, visible sur internet sous forme de pétition, a été
lancé par les sections des Bouches-du-Rhône et de Seine-Maritime, rejointes
par treize autres sections. Cinq à six nouvelles sections sont susceptibles de
grossir ses rangs ces jours-ci, selon Dorothée Avet, présidente de la FCPE
Seine-Maritime.
   L'appel a été initié "parce que les adhérents sur le terrain ne sont pas
pour cette réforme", dit-elle, évoquant des "remontées extrêmement négatives,
autant sur le fond que sur la mise en application". Après avoir "un peu
bataillé en interne, on s'est dit qu'on allait bouger sans la direction".
   "Dans une organisation comme la nôtre, qu'il y ait des inquiétudes et des
positions diverses, c'est normal", estime Liliana Moyano, devenue présidente
de l'organisation en juin, après une crise interne qui avait entraîné
l'éviction de son prédécesseur.
   Le soutien de la FCPE reste "majoritaire" et il serait "impardonnable de
renoncer à la réforme pédagogique du collège, qui est une urgence", même si
"elle ne va pas assez loin", ajoute-t-elle. "Elle est perfectible, nous
continuons à travailler pour qu'elle s'améliore et ait des moyens à la
hauteur".
   Selon Mme Avet, les protestataires "souhaitent une réforme du collège, mais
on veut une mise à plat avec la communauté éducative et discuter avec le
ministère". L'initiative s'adresse "aux présidents des FCPE locales, les
obligeant à organiser un conseil d'administration pour voter sur l'appel, afin
d'avoir une légitimité", précise-t-elle.
   En attendant le vote lundi en Seine-Saint-Denis, le président départemental
Rodrigo Arenas se dit favorable à la suspension à titre personnel. "Il y a des
départements, dont le mien, qui ne souhaitent pas cautionner l'échec de cette
réforme, qui est annoncé aujourd'hui", estime-t-il.
   
   "Inquiétudes légitimes de parents"
   
   "Aucun département n'est contre la réforme pédagogique du collège", mais à
"l'aune des dotations d'enseignants et des dotations financières pour mettre
en place des projets dans les établissements, on se rend compte que ces moyens
ne seront pas à la hauteur pour que la réforme réussisse", juge-t-il.
   Il craint aussi que dans les collèges de l'éducation prioritaire, une
disparition de classes bilangues (deux langues dès la 6e) et des sections
européennes provoque un repli de familles favorisées vers le privé, au
détriment de la mixité.
   L'appel émane de départements qui ont perdu confiance dans la parole
gouvernementale, notamment dans les Bouches-du-Rhône après une mise en place
chaotique de la réforme des rythmes, analyse Rodrigo Arenas.
   Les présidents de la FCPE Seine-Maritime et de  Seine-Saint-Denis
critiquent une absence de débat démocratique en interne sur ce dossier. "Nous
avons travaillé collégialement depuis 2013" avec les conseils départementaux,
plaide au contraire Mme Moyano.
   Si la FCPE soutient la réforme nationalement, "au sein de chaque
établissement, là où les moyens ne seront pas à la hauteur, où les parents ne
seront pas véritablement associés", nos équipes sur le terrain voteront
contre", a-t-elle prévenu.
   La direction de la FCPE "semble pour le moment avoir une majorité pour
soutenir la réforme", selon Christian Chevalier du SE-Unsa, qui y est aussi
favorable. D'après lui, les dotations horaires globales (DHG ou nombre
d'heures de cours assurées par des professeurs), communiquées actuellement aux
établissements "sont à la hauteur", même si "dans tel ou tel établissement" il
peut y avoir des problèmes.
   "Il faudrait peut-être qu'au niveau de l'institution on donne des éléments
pour rassurer", face à des "inquiétudes légitimes de parents".
   La réforme du collège qui doit s'appliquer en septembre a donné lieu à
quatre grèves. La dernière a été suivie par 22,32% des enseignants du collège
selon le ministère, par plus de la moitié selon l'intersyndicale Snes-FSU,
Snalc, FO, Sud et CGT, qui promet d'autres actions après les vacances d'hiver.

Par Andrea GRAELLS TEMPEL

https://nantessecteurouest.wordpress.com/2016/02/07/rififi-au-sein-de-la-fcpe-sur-la-reforme-du-college/

 






 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.