Du racisme social en Europe & dans le monde (essai de Jean-Christophe Grellety)

Cet essai de philosophie politique s’inscrit dans une actualité dense, en termes de relations intercommunautaires et in fine internationales. La mondialisation sous l’égide néolibérale et la houlette du monde occidental, fait des critères de la performance techno-économique, de la concurrence et de la compétitivité sur cette base, le parangon du progrès social

                  La croissance est un maître-mot dans ce cadre idéologique, que contredit d’ailleurs le culte de l’austérité en temps de crise financiaro-économique, et cela dans tous les cas au détriment d’un développement durable et à visage humain.

                  L’originalité de cet essai est de montrer les liens objectifs existant entre les classes sociales et les peuples dominés, en vertu des corrélations historiques existant entre féodalité, capitalisme, (néo)colonialisme et impérialisme. Le trait commun à ces diverses oppressions, qui sévissent en interne et en externe des Etats nations, est celui d’une idéologie faussement élitaire, fondée sur une hiérarchie artificielle entre citoyen-ne-s, entre peuples, et entre sphères d’influence géoculturelle. A l’instar d’Edgar Morin[1], Jean-Christophe Grellety cible le continent européen comme source historique de ce « racisme social » généralisé. L’intitulé métaphorique de l’essai met ainsi en exergue la communauté de destin qui relie différentes strates d’opprimés, à partir de la société immémoriale de castes indienne qu’a combattue le Mahatma Gandhi et dont se prévalait le culte nazi et mortifère de l’aryanisme. A partir aussi de la politique dogmatique et sectaire de l’Eglise romaine dépositaire du pouvoir impérial antique, et qui a insufflé un vent destructeur de persécutions à l’égard des communautés et peuples non catholiques, depuis les communautés cathare et vaudoise, le peuple juif jusqu’aux peuples colonisés, amérindiens, africains, arabo-musulmans, asiatiques….

             Dans cet ouvrage, Jean-Christophe Grellety expose les éléments de sa théorie sur les origines du racisme européen : sa matrice est une première domination d’ordre généalogique et socio-économique, à savoir que les caractéristiques connues du racisme ont commencé par exister entre des groupes sociaux, avant d’être projetés à l’extérieur des pays, sur un plan inter-ethnique. Dans les deux systèmes de domination, prévaut le même groupe «fondateur», la classe ou caste du « sang bleu » et des lignées royales, « de droit divin », la noblesse européenne, française, anglaise, espagnole, germanique. Et si aujourd’hui, l’actualité est encore marquée par les activistes de ce couple infernal domination généalogico-sociale/racisme, c’est que tant dans la grande bourgeoisie désormais que dans la noblesse, les prétentions élitistes anciennes n’ont pas disparu, et les stratégies de division des prolétaires non plus. Des sociologues, Pierre Bourdieu et le couple Pinçon-Charlot, ont analysé les rouages contemporains, la reproduction culturelle de cette noblesse d’Etat. Les extrêmes-droites véhiculent son subconscient historique, dont les délits et crimes racistes d’Etat sont pourtant condamnés par la loi, à défaut de l’être toujours dans les faits par les juges.  « Selon que vous serez blanc ou noir…. », écrit le fabuliste.

              A cette idéologie du mépris pour les faibles et les exclus, pour la base de l’édifice socio-économique  et géopolitique, idéologie cultivée implicitement par l’oligarchie mondialisée, l’auteur oppose les armes cordiales des peuples et des citoyen-ne-s pour leur émancipation.   En premier lieu desquelles se situe l’éducation scolaire et populaire, par l’enseignement de la philosophie, de l’histoire des mouvements sociaux, antiracistes, anticoloniaux, antifascistes… Dans cette perspective, l’auteur s’inscrit dans le prolongement de la geste d’un « Grellety», célèbre croquant en Périgord, et rejoint son compatriote périgourdin Eugène Le Roy dont le fameux Jacquou Le Croquant éclaire la geste de sa communauté paysanne et occitane à l’encontre de l’ancien régime féodal et asservissant. Il rejoint la résistance du Limousin  Georges Guingouin, fondée également sur les seules forces paysannes et populaires. Flora Tristan, qui, avant Marx, a pensé et appelé à «l’Union Ouvrière», le compagnon Agricol Perdiguier…..autant d’écrivains du peuple et pour le peuple qui ont, pour ceux-ci, vécu directement ou pas les vicissitudes de la Commune de Paris, dont les citations émaillent l’essai, et qui, à l’instar des Fédérés, sont occultés dans les fameux «récits nationaux», et contribuent à alimenter une mémoire historique trop défaillante dans les actuels manuels scolaires. Les révolutions française et russe méritent également d’être revisitées, à partir de ce que les historiens de recherche, d’archives, ont révélé ces dernières années.

         Autant dire que ce livre réactive les démarches analytiques et prospectives d’un socialisme non sectaire, car humanisé à la lumière des cultures des peuples et communautés, et de leur dialogue ininterrompu à l’échelle géo-historique. Par sa force d’empathie autant que critique, sa réflexion est précieuse en cette période de confusion des repères et valeurs et de recherche d’un nouveau souffle philosophico-politique. En ces temps de néolibéralisme quasiment hégémonique, à l’échelle notamment occidentale, une bataille des idées a été nettement perdue. L’auteur nous en convainc, la guerre pour une pacification durable des consciences est à poursuivre et peut être gagnée.  

L’ouvrage est disponible en ligne : https://www.amazon.fr/Du-Racisme-Social-Europe-extension/dp/1982085533/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1525604932&sr=8-1&keywords=grellety+racisme+social

ou auprès de l’auteur : auteur@racisme-social.info

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[1]Edgar Morin, Culture et Barbarie européennes (Bayard, 2005)

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