Violences policières, douceurs fiscales, la peur doit changer de camp

Face à un pouvoir qui sera de plus en plus contraint d'utiliser la peur comme outil de répression, espérons la formation d'un nouveau bloc historique capable de renverser la république bourgeoise pour instaurer la République Sociale.

2500 blessés, Zyeb et Bouna, 27 éborgnés, Adama Traoré, Gabriel, Steve, Zineb Redouane… la violence que subissent les classes populaires est devenue indécente. On peut y rajouter les morts du chômage, du froid, de faim, les burnout, les précarisés, les maladies professionnelles, les dépressions, les accidents du travail, les suicides. Cette violence est physique lorsqu’elle s’exerce par le LBD, la portière, l’étranglement, la lacrymo, le tonfa. Elle est psychologique (et en devient physique par sa gravité) quand elle s’exerce par le racisme, le management « moderne », le mépris. Et elle finit en violence judiciaire : condamnations disproportionnées comme pour les gilets jaunes primo-manifestants, impunité des forces de police dans les affaires de violences policières. Le tout étant parfois délicatement chapeauté de vomi médiatique expliquant aux victimes qu’elles sont les agresseurs, parce que prolétaires, ou parce qu’en plus issus de l’immigration.

En face de cette terreur de la police et de son impunité dans les affaires la concernant, il faut mettre l’immonde douceur dont bénéficient les suspects de délits en col blanc.

Fraude fiscale, détournement de fonds publics, trafic d’influence, achat de voix et autres délits de la classe dominante leur valent un article dans mediapart, une remontrance d’un juge, au mieux une amende. Quand Apple ne paye que 0.005% d’impôts en Europe, où était le tonfa ?  Quand Wildenstein a fraudé un demi-milliard au fisc, argent qui a manqué pour financer les hôpitaux, les retraites, l’aide aux plus démunis, où était le LBD ? Quand LVMH a racheté en sous-main des actions Hermès en violation des statuts de cette dernière et des règlements de l’AMF, le tout pour une plus-value de 3.4 milliards d’euros, pourquoi la police n’a pas tiré tendu dans leur conseil d’administration ?

La réalité, c’est le premier ministre qui l’indique en creux dans son discours à l’assemblée « Je ne veux pas que la peur change de camp ». Aux pauvres la peur, aux (très) riches la douce confiance dans un système policier et judiciaire qui leur est acquis. Aux uns le tonfa dans le rectum, aux autres une amende négociée. Le pire, c’est quand il annonce avec un Castaner fantomatique à ses côtés, dans un souci manifeste d’apaiser les manifestations antiracistes en train de monter dans le pays, que « la République reconnaît et protège tous ses enfants ». Que sont alors toutes ses victimes ? Eh bien pas des enfants de la République justement. La République est donc bourgeoise et s’assume comme telle. Qui ira contre connaîtra la peur.

Pourtant la peur doit changer de camp. Et pour que ceux qui nous l’infligent la connaissent, il faut un bloc populaire suffisamment puissant. Ce bloc doit se constituer à partir de trois parties relativement distinctes, malgré les immenses efforts de rapprochement opérés ces derniers temps : les Gilets Jaunes, les banlieues et la petite bourgeoisie intellectuelle.

Mais comment finir de les faire se rejoindre ? Le climat n’y parvient pas (même s’il y parviendra nécessairement), la fiscalité non plus, la pauvreté et les inégalités non plus. La police et la question des violences policières finiront peut-être d’achever la jonction. Ce que nous apprennent les derniers mouvements sociaux, des gilets jaunes à l’activisme pour le climat en passant par les retraites, c’est que la contestation se finit en violence policière. Or la crise sociale à venir, surplombée par la crise climatique et environnementale vont nécessairement créer de la contestation. Petit à petit, une proportion croissante de la population fera face à la violence du pouvoir et à la peur qu’il inspire, comme seul moyen d’assurer sa survie.

Ce qu’ils oublient toujours, c’est que la peur inhibe mais rapproche. C’est dans l’adversité commune que se forgent les amitiés les plus solides, peut-être sera-ce dans la répression que se forgeront les mouvements sociaux majoritaires de demain ?

Demain, j’irai à la manifestation pour Adama Traoré en tant que cadre du privé et Gilet Jaune. Cette cause me paraissait pourtant bien lointaine jusqu’à ce que j’aie vu moi-même ce dont est capable une police à qui on a donné carte blanche.

Quand ces trois blocs essentiels se seront rejoints, et marcheront main dans la main vers la rue du Faubourg Saint-Honoré, la peur aura changé de camp, pour de bon.

 

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