La police avec nous!

La police est devenue l'outil de survie d'un pouvoir haï par la population. Le pouvoir politique et les hauts gradés porteront pour longtemps le poids de ce divorce entre le peuple et sa police. Nous devons espérer mieux : une police républicaine qui défende les lois d'un peuple souverain.

Je m’adresse aux policiers et gendarmes, enfin à l’immense majorité d’hommes et de femmes du rang qui essaye tant bien que mal d’exercer sa mission de maintien de l’ordre républicain. Depuis plus d’un an maintenant, nous souffrons tous, manifestants comme policiers. En face de chaque éborgné se tient un suicidé, de chaque blessé un divorcé, de chaque résigné un démissionnaire. Pourtant chaque samedi, à chaque manifestation les mêmes scènes se répètent. D’un côté on lance des pavés, de l’autre on tire au LBD. Dans vos rangs, il y en a dont vous devez avoir honte qui tirent tendu, qui matraquent un homme à terre, qui poussent des gens dans la Loire. Comme le disait le préfet Grimaud en 68 : « Toutes les fois qu'une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n'a pas de limites. »

Vous êtes des hommes et des femmes d’ordre. Votre rôle est de faire respecter la loi, par la force s’il le faut une fois les sommations réglementaires dûment énoncées. Votre serment l’explicite : « Je jure de ne faire usage de la force qui m’est confiée que pour le maintien de l’ordre et l’exécution des lois. » Ce serment a-t-il toujours été respecté par tous vos camarades ? Je ne crois pas, et j’ai l’espoir qu’une majorité d’entre vous le sait pertinemment. D’aucuns parmi vous ont dépassé les bornes et je sais que vous en avez honte : ceux qui frappent des personnes sans défense, ceux qui se savent protégés et menacent des juges ou des journalistes. Ce qui se joue pour vous va au-delà de la victoire dans la rue, il s’agit de votre réputation. Et elle est déjà bien entamée.

Vous ne dites rien mais peut-on vous en vouloir ? La situation politique est fermée. Le pouvoir ne répond aux demandes des manifestants qu’en vous envoyant, toujours plus nombreux, toujours plus armés, réprimer des gens qui sont vos frères et vos sœurs, vos voisins, vos parents. Le grand débat n’a été qu’une mascarade destinée à gagner du temps, mais cela ne vous a pas épargné grand-chose. Aujourd’hui la contestation monte contre la réforme des retraites et vous êtes appelés à nouveau, contre votre propre intérêt, contre celui de vos concitoyens. Et ensuite il y aura autre chose. Ne croyez pas que vous pourrez vous reposer de sitôt, vous êtes devenu la force de continuité d’un pouvoir devenu haï, plutôt que la force légitime de la loi d’un peuple souverain.

La réforme des retraites vous concerne aussi. En quelques heures de contestation vous avez obtenu gain de cause. Ne voyez pas ça comme une reconnaissance, mais comme une relation de dépendance. Macron sait qu’il vous doit tout, et exigeriez-vous deux fois votre paye que vous l’auriez demain. Mais plus tard vous finirez aussi par passer à la raboteuse. Comme nous tous, comme les Gilets Jaunes, comme les étudiants, comme les hôpitaux, comme les pompiers…

Ne serait-t-il pas temps de montrer vous aussi votre désapprobation d’un pouvoir qui ne vous reconnaît que comme outil coercitif de sa politique anti populaire ? Vous êtes du rang, vous ne venez pas de la grande bourgeoisie. Vos familles ou vos amis sont Gilet Jaune. Alors faites un acte symbolique : posez les boucliers, tournez le dos à vos préfets, n’importe quoi qui vous permette de vous exprimer dans le respect de la mission que vous avez à cœur. Vous serez filmés car vous l’êtes toujours, et votre geste portera loin. Réclamez la justice pour tous et pas seulement pour vous. Sortez du corporatisme minable où vous enferment vos syndicats majoritaires et faites corps avec la nation.

La nation française attend ça de vous, et ce geste est nécessaire : montrez-leur que vous êtes solidaires de cœur en attendant de pouvoir l’être dans l’action. Pour le moment, à chaque manifestation, le slogan « tout le monde déteste la police » continue de gagner alors que l’on préférait tous entendre avec espoir :

« La police avec nous ! »

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