De la danse à l’action directe

Des gilets jaunes à l'action directe, l'histoire est écrite par la folie du pouvoir macroniste. Il faut en finir et passer enfin à autre chose. La folie et la corruption ont assez duré.

Ces dernières semaines ont montré une incroyable accélération de l’histoire. La réforme des retraites, rejetée par l’intégralité du corps social et nuisant à tous[1] sinon à ses fabricants a permis de mobiliser les publics qu’on avait tant attendu pendant les gilets jaunes. Les avocats d’abord, dont les jets de robes auraient tant été aimés il y a un an. Les médecins démissionnaires dont on aurait tant aimé qu'ils frappent si fort plus tôt. Les enseignants dont on aurait aimé qu’ils jetassent par terre leurs manuels plus tôt. Les cadres supérieurs et hauts fonctionnaires qui sont passés d’olibrius minoritaires à force dénombrable via une tribune marquante dans libération[2]. Et puis le personnel de la culture, avec toute sa force symbolique.

Voir les danseurs de l’opéra de Paris interpréter le Lac des cygnes sur le parvis de Garnier, les choristes de Radio France interpréter le chœur des esclaves de Nabucco pendant les vœux de leur manager, l’orchestre de Paris manquer de faire la même chose. Voilà qui n’est pas rien et a prouvé en quelques images que les gens ne veulent pas de cette réforme. Ces images parlent à l’intégralité du corps social, du bourgeois parisien au prolétaire provincial. C’est toute leur force et tout leur danger pour la macronie. On ne peut qu’espérer qu’elles vont se renouveler.

Par ailleurs la mobilisation ne faiblit pas. Quand on va en manifestation, on y voit toujours des cheminots, des gens de la RATP, des profs, des hospitaliers, des étudiants, des raffineurs, etc. Après tant de jours de grève c’est historique.

En face il n’y a que la surdité de gens qu’il faut se résoudre à qualifier de parfaits cinglés.  S’ils ne sont pas corrompus. Car c’est bien la seule excuse qu’il leur reste pour ne pas être fous : la corruption. On a presqu’envie de leur dire « s’il vous plaît soyez corrompus » qu’on sache ce contre quoi on se bat. Mais il faut bien admettre que même un corrompu de la dernière espèce montre encore un peu d’humanité[3] là où le fou est parti ailleurs.

Depuis que je milite j’ai eu espoir que des choses raisonnables[4] finissent par être entendues par des gens raisonnables. La fin du CICE ? A la poubelle. Lutter contre la fraude fiscale ? Aux chiottes[5]. Tout cela a été balayé. Le RIC ? Non merci. Un impôt sur le revenu plus progressif ? Aux oubliettes. L’isolation des logements ? Non. Plus de CDI ? Explosion des CDD.  Que le système de retraites reste solidaire et socialisé ? La retraite à points et l’ouverture à la capitalisation.

Alors il nous faut reconnaitre que ces gens ne sont pas raisonnables. Le macronisme répondra non (ou au LBD) à toute demande, fusse-t-elle la plus consensuelle du monde. Car ils ne sont pas élus pour servir mais pour les servir. Comme dit Juan Branco fort justement : ils sont la corruption. Mais ils le sont parce qu’ils sont fous.  Fous d’une idéologie qui a prouvé partout et tout le temps son échec, mais qu’ils pousseront toujours plus loin car elle profite à leurs maîtres. Corruption, folie, la frontière est mince en ce qui les concerne.

Alors évidemment en face ça craque. La frange nouvelle du mouvement commence des mouvements raisonnables. On danse devant l’opéra. On lance des robes. On écrit des tribunes contre l’invasion de Total[6] dans l’école Polytechnique. Les plus modérés râlent chez eux. Mais ailleurs, semblables à ceux qui ont tout tenté devant un tonton nazi avant de lui renverser leur pinte sur la tête, ceux qui ont déjà gouté au rouleau compresseur macroniste n’en peuvent plus : des feux démarrent, comme à la Rotonde[7]. D’autres à Gare de Lyon. Et on ne peut qu’attendre l’étape d’après. L’action directe viendra. On en sent déjà les bruissements.

Elle viendra, car là-haut, personne ne cédera rien à personne. Ils sont là pour tuer et ils se battront entre eux pour finir le boulot. Alors qui pourra reprocher à certains de faire ce dont nous avons parfois envie ?

Mais finalement, d’effondrement en effondrement, d’action violente en trahison de classe, leur monde finira. Nus dans leur palais, ils finiront par fuir après avoir trop chanté. Et du jour au lendemain, comme elle a déjà su le faire, la France repassera peut-être enfin des fosses septiques du macronisme aux cieux de l’Idéal républicain.

 

[1] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/retraites-macron-attaque-aussi-par-le-haut-1159484

[2] https://www.liberation.fr/debats/2020/01/06/nous-cadres-sup-aux-cotes-des-grevistes_1771808

[3] https://blog.mondediplo.net/contre-la-democratie

[4] https://blogs.mediapart.fr/jeremiechayet/blog/021218/liste-des-42-revendications-des-gilets-jaunes

[5] https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/12/20/cumex-files-les-deputes-ont-vide-le-dispositif-anti-fraude-de-sa-substance_5400294_4355770.html

[6] http://polytechniquenestpasavendre.fr/

[7] https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/emmanuel-macron-solidaire-son-geste-de-soutien-au-restaurant-la-rotonde-incendie-samedi_441807

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