Un préalable : politiser la commune
Il est désormais banal de constater l’épuisement des formes politiques héritées du XXᵉ siècle : progression de l’abstention, défiance durable à l’égard des partis politiques, multiplication des tensions et des agressions visant des élus de la République. Sont ainsi régulièrement invoquées la crise de la représentation, l’affaiblissement de la souveraineté populaire, la perte de crédibilité des institutions et l’installation d’un sentiment d’impuissance collective, qui ont profondément altéré le rapport des citoyens à la politique.
Dans ce paysage troublé, la commune est fréquemment érigée en refuge : celui d’une res publica concrète, immédiate, supposément préservée des dérives observées aux autres niveaux de pouvoir. La doxa voudrait qu’ici, parce que plus proche des habitants, le politique fonctionnerait encore « comme avant ». Il faut pourtant reconnaître que ce récit, largement mobilisé, relève de plus en plus du lieu commun. L’abstention ne tombe pas du ciel : elle s’inscrit dans l’abandon progressif des classes populaires par les forces politiques qui prétendaient les représenter, qu’elles en aient perdu la capacité ou qu’elles y aient renoncé au fil de leur conversion au néolibéralisme. La défiance procède, quant à elle, d’une accumulation de renoncements, résultat de la tension entre la sincérité de la conversion néolibérale et la nécessité des promesses visant au maintien d’un soutien populaire électoralement essentiel, qui ont durablement entamé la crédibilité de la parole politique1. Quant aux formes de violence et de conflictualité contemporaines, elles s’inscrivent dans un contexte social structuré par l’aggravation des inégalités, la précarisation et la mise en concurrence généralisée des individus.
Dès lors, loin d’être systématiquement le lieu d’une politique apaisée et incarnée, la commune apparaît bien souvent comme celui d’un affaissement du débat politique. Elle tend à devenir une « coquille vide », un échelon administratif subalterne, corseté par des contraintes budgétaires, juridiques et institutionnelles qui la condamnent à la gestion de l’existant. Cet affaiblissement est renforcé par son inscription dans des ensembles intercommunaux complexes, où s’impose une logique de « gouvernance » largement technocratique et peu lisible pour les citoyens (cf. mon billet de blog précédent, l’Aéropole où le vau dort). À cela s’ajoutent, dans certains territoires, des formes d'agencement du pouvoir héritées de l’histoire locale, celles des « baronnies » souvent de plusieurs décennies, qui contribuent tout autant à neutraliser la conflictualité politique réelle et, en prime, sont loin d'avoir rompues avec le clientélisme. Et pourtant, alors même que la scène politique nationale semble sortir d’un long statu quo marqué par un large consensus idéologique, les clivages structurants et les oppositions de fond réapparaissent. Dans ce contexte, l’échelon communal, pourtant souvent perçu comme mineur, pourrait lui aussi retrouver le chemin d’une politisation assumée. Non pas vers une polarisation souvent jugée regrettable, mais vers une politisation nécessaire : celle qui rend visibles des choix, des projets antagonistes, opposant les perspectives de transformation cherchant à répondre aux besoins du temps et aux ancestrales aspirations égalitaires, et, indissociablement, le panel des forces de la réaction qui s’y opposent à des intensités variables.
Une fois acquise la nécessité de cette repolitisation, la question qui se pose est celle de la place que la commune peut occuper dans un processus politique de transformation sociale. Il ne s’agit donc pas tant de prétendre « revitaliser » la citoyenneté par le local que de se demander comment politiser réellement l’échelon communal, lui redonner un contenu, des enjeux et, quoi qu’on en dise, une conflictualité assumée. Autrement dit, que faire de la commune ? Comment la situer dans l’échelle de la transformation sociale, et quel rôle stratégique peut-elle jouer — ou non — dans une politique de rupture et dans les mobilisations collectives appelées à la porter ?
Où situer la commune dans l’échelle de la transformation sociale ?
La commune ne saurait être pensée comme un échelon neutre. Elle est, comme toute institution politique, traversée par des intérêts, des conflits et des logiques contradictoires. La « baronnie » que nous venons d’invoquer, par exemple, est une forme d’exercice du pouvoir local qui l’assume pleinement et ne prend même plus la peine de vernir le compromis entre intérêts bien compris d’un ersatz de substance politique.
Pourtant, la commune, en ce qu’elle est à la fois un rouage de l’État et un espace de proximité où se déploient les pratiques sociales ordinaires, tient d’une double nature spécifique qui participe à lui donner son importance stratégique. Une double nature qui n’en est pas moins également à la base de la difficulté, parfois tenace, de l’exercice de la « politisation municipale », du fait de l’entrechoquement de jeux d’acteurs, d’intérêts sous-jacents et de simplifications idéologiques. D’un côté, la commune est juridiquement subordonnée. Ses compétences sont encadrées par l’État, ses marges financières limitées, ses décisions soumises à des normes supérieures. Cette dépendance nourrit l’idée qu’elle ne serait qu’un simple relais administratif, incapable de produire autre chose que de la gestion locale. De l’autre côté, la commune est l’espace où le pouvoir se donne à voir de manière la plus concrète, mais pas forcément la plus visible, ou du moins la plus lisible. Pourtant, c’est là que se décident l’aménagement du territoire, l’accès aux services publics, une part de la politique du logement, les équipements collectifs, le soutien à la vie associative. C’est à ce niveau que la politique cesse d’être abstraite pour devenir vécue, mais parfois non vécue comme politique, mais plutôt comme « bon sens » et comme logique du pragmatisme du quotidien.
La politisation de ces enjeux, bien que substantiellement politiques, n’est en effet pas une donnée naturelle, mais bien un processus, un travail de conscientisation collective qui doit dépasser ces facteurs. La commune occupe ainsi une position intermédiaire décisive. Elle n’est ni le sommet du pouvoir — tout ne pourra s’y faire — ni une périphérie insignifiante ; elle recèle des potentialités incontournables. Elle constitue en effet un point de condensation des rapports sociaux, un lieu où se rencontrent l’État, le marché, la société civile et les dynamiques populaires. Cette position en fait un espace privilégié d’intervention. Refuser de penser la commune au motif qu’elle ne serait pas l’échelle « décisive » revient à confondre centralité institutionnelle et centralité politique. L’histoire montre que les transformations profondes ne surgissent jamais exclusivement d’un niveau unique : elles se construisent par articulation, par déplacement progressif des rapports de force, par apprentissage collectif. La commune est précisément l’un des lieux où cet apprentissage peut s’opérer.
Poulantzas pour penser la commune
C’est à partir de cette idée qu’il m’est apparu intéressant de mobiliser la pensée de Nicos Poulantzas, penseur marxiste de l’État dans les années 1970. Contre une conception instrumentale de l’État — qui en ferait un simple outil aux mains de la classe dominante — Poulantzas a développé une analyse plus complexe et plus féconde. L’État, écrit-il, n’est pas un sujet unifié ni une machine extérieure à la société : il est une condensation matérielle des rapports de force entre classes et fractions de classes2.
Cette définition a des implications profondes. Elle signifie que l’État n’est jamais totalement fermé, jamais parfaitement cohérent. Il est traversé de contradictions, de tensions internes, de compromis instables. Il produit de la domination, mais il est aussi le lieu où cette domination se négocie, se fragilise parfois, se transforme sous la pression des luttes sociales. Ainsi, l’État n’est ni un simple instrument que l’on pourrait « prendre » sans le transformer, ni une bureaucratie indomptable qu’il faudrait contourner ou abolir par principe. Il est un terrain de luttes, un champ stratégique dans lequel s’inscrivent les conflits sociaux. Toute politique de transformation sérieuse doit donc affronter cette réalité : la question n’est pas d’être « pour » ou « contre » l’État, mais de savoir comment agir en son sein, contre certaines de ses logiques, et pour sa transformation démocratique.
Appliquée à la commune, cette analyse dissipe deux illusions symétriques. La première est celle d’une autonomie communale pure, qui pourrait s’émanciper de l’État sans le confronter. La seconde est celle d’une impuissance structurelle qui condamnerait toute action municipale à l’insignifiance. La commune est une forme étatique particulière, située à un niveau où les contradictions de l’État sont souvent plus visibles, plus accessibles, et tout aussi politisables. Politisables à condition, néanmoins, d’avoir opéré un travail de conscience, nécessaire après des décennies de discours gestionnaires, fruits de la réaction néolibérale qui devait tuer la politique comme on avait tué l’histoire.
La commune comme lieu d’opportunités
Poulantzas ne s’est pas contenté d’analyser l’État ; il a également réfléchi aux voies d’une transition démocratique vers le socialisme dans le cadre de cette analyse. Dans ses derniers travaux, il insiste sur la nécessité d’une démocratisation radicale de l’État, non par sa destruction immédiate, mais par sa transformation progressive sous l’effet des luttes populaires. Dans cette perspective, certaines institutions occupent une place particulière. Elles ne sont pas en dehors de l’État, mais constituent des points d’appui possibles pour une recomposition démocratique. La commune fait partie de ces lieux stratégiques. Par sa proximité avec les citoyens, par son inscription dans la vie quotidienne, par la multiplicité des enjeux concrets qu’elle gère, elle offre un terrain privilégié pour l’expérimentation de nouvelles formes démocratiques. Mais elle doit, pour ce faire, se rendre capable de penser la transformation de l’État au-delà de sa propre transformation. C’est-à-dire être capable de revendiquer, d’agir, de mobiliser et de créer du rapport de force au-delà de ses compétences. C’est-à-dire devenir aussi un instrument de la lutte dansl’État, de la lutte contre les autres composantes de cet État.
La démocratie communale n’est donc pas seulement une affaire de procédures. Elle engage une transformation du rapport au pouvoir. Budgets participatifs, assemblées locales, initiatives citoyennes, référendums locaux : ces dispositifs n’ont de sens que s’ils participent à un partage réel du pouvoir, et non à une simple consultation symbolique. Ils permettent aux habitants, au « peuple municipal », de se constituer progressivement en sujets politiques, capables de délibérer, de décider et de contrôler. La commune devient alors un espace d’apprentissage démocratique, où se forgent des compétences politiques collectives. Cet apprentissage est lent, conflictuel, imparfait, mais indispensable. Car il semble évident qu’aucune transformation sociale durable ne pourra advenir sans une population capable d’exercer concrètement le pouvoir.
« Révolution citoyenne » et communes
Ces dernières considérations ne seront pas sans rappeler les thèses de défenseurs de la notion de « révolution citoyenne », telle qu’elle est portée par La France insoumise, principale force de gauche radicale, qui semble s’engager dans les municipales de 2026 avec une intensité qu’on ne lui avait pas connue précédemment lors de scrutins locaux. En dépassant toute lecture superficielle, il est vrai que la révolution citoyenne ne désigne ni un simple moment électoral ni une rupture institutionnelle abstraite. Elle doit bien renvoyer à un processus de réappropriation populaire du pouvoir, fondé sur l’activation politique du peuple3. Bien que mobilisée en général à l’échelon national et pour renvoyer au processus constituant devant conduire à la 6ᵉ République, elle représente un concept intéressant pour penser, non pas la transition démocratique vers le socialisme à l'instar de Poulantzas, mais du moins la capacité d’une rupture progressiste définitive d’avec la longue séquence néolibérale qui semble aujourd’hui vaciller.
Dans la révolution citoyenne insoumise, le peuple n’est pas une donnée sociologique figée, bien que ses aspects sociologiques soient essentiels à analyser. Il est une construction politique, une subjectivité collective qui se forme dans l’action, dans les luttes, dans l’expérience partagée de la décision. La révolution citoyenne suppose donc des lieux où cette subjectivation peut s’opérer. La commune semble objectivement présenter des caractéristiques conséquentes pour en être l’un des plus essentiels.
Penser l’action municipale en trois dimensions
Mais ancrer une force citoyenne, et « révolutionnaire » dans sa volonté de rupture, à l’échelle communale, signifie investir simultanément plusieurs dimensions.
Au risque de nous répéter, il y a le « terrain de lutte » que sont les institutions municipales en elles-mêmes, par la conquête démocratique ; leur prise en main, leur transformation, l’éloignement des intérêts minoritaires, la restructuration des réseaux et la remise en cause de l’immobilisme gestionnaire. Un terrain où il s’agira de saisir, par la commune, tous les interstices de transformation auxquels pourra donner accès cet espace étatique spécifique. Des interstices pour mener les transformations concrètes à portée de main, mais aussi pour anticiper les transformations souhaitables et plus lointaines. Et ce jusqu’à la tension qui doit être posée en permanence quant à la potentielle extension du domaine municipal, car toute conquête d’une institution devenue lieu de l’intervention populaire sera une conquête populaire.
Ensuite, il y a le « terrain de lutte » dans la « société communale », lutte que l’on doit nécessairement mener, comme relais et point d’appui populaires. Lutte que l’on peut mener même sans avoir pu entrer dans les institutions, à travers les initiatives citoyennes, par la formation d’associations, de collectifs, de syndicats et de formes d’auto-organisation critiques et revendicatives. Lutte qui, pour une équipe municipale, peut aussi être menée par la mobilisation de ressources municipales, en se gardant bien de voir le dispositif mobilisateur s’embourber dans un entre-soi clientéliste.
Enfin, à la jonction entre les mobilisations locales et les tentatives d’extension du domaine communal, il y a le « terrain de lutte » de l’au-delà de la commune, par l’articulation avec des stratégies nationales et transversales de transformation. Là aussi, la commune, en tant qu’institution, est un vivier de ressources, un point d’ancrage, une force de mobilisation supplémentaire, à condition qu’elle soit mobilisée par des élus prêts au combat, au rapport de force, au soutien affiché, et en dépassant les simples logiques de reconduction locale. Dans ces trois dimensions, la commune est donc un point d’articulation entre institution et mouvement, entre réforme et rupture, entre transformation au présent et préparation de l’avenir.
Sur le plan institutionnel, par exemple, la 6° République que nous avons citée, si on la souhaite réellement transformatrice, ne peut être pensée comme un simple changement constitutionnel survenu ex nihilo. Elle est un horizon de transformation globale, impliquant une refondation des rapports entre peuple, institutions et pouvoir. Mais cet horizon ne peut advenir sans pratiques anticipatrices. Et c’est ici que la commune acquiert une fonction politique décisive. Elle peut devenir un laboratoire anticipateur de la 6ᵉ République, non pas en la proclamant, mais en en expérimentant dès maintenant certaines logiques fondamentales : partage réel du pouvoir, contrôle populaire des décisions, extension des droits démocratiques, primauté de l’intérêt général sur les logiques marchandes.
Saisir les interstices institutionnels communaux, en allant à l’élection, en accédant aux responsabilités, ce n’est pas renoncer à la rupture ; c’est créer la tension nécessaire pour qu’elle devienne possible. C’est faire exister, dans les marges de la légalité existante, des pratiques qui rendent l’ordre actuel de plus en plus intenable. La transformation globale est nécessaire pour avancer. Mais elle n’avance jamais à partir de rien. Elle se nourrit de pratiques, d’expériences, de subjectivations construites en amont. La commune est l’un des lieux où ces ponts peuvent être édifiés. Mais c’est là aussi le risque, comme le craignent toujours les partisans de l’autonomie totale, de s’y perdre dans l’intérêt et la collusion. Et en cela, peut-être, une force politique comme La France Insoumise, que nous avons citée, tout comme le sont les agrégats de forces locales qui pourraient porter un programme de transformation (avec ou sans LFI), manquent, comparés à ce que le Parti communiste avait pu faire lors de ses conquêtes municipalistes, d’un appareil capable de former et d’encadrer les agents d'avant-garde, porteurs d’actions transformatrices concrètes. Appareil dont nous savons bien néanmoins quelles autres logiques internes ont pu le conduire, y compris à l'échelon local, à un recul politique aussi spectaculaire qu'incontestable.
Un programme théorique : penser « l’interstice » et le terrain de lutte
Nous venons de développer un début d’articulation d’éléments, déjà fort connus et que je suis loin d'avoir inventé, pour composer la base fondamentale d’une modeste théorie politique de la commune se voulant boîte à outils concrète de l’action militante. Mais, pour aller plus loin, nous ne pouvons nous contenter de principes généraux. Il nous faudra explorer d’autres dimensions théoriques, comme des pistes d’analyse et d’opérationnalisation concrètes. Aussi, ce billet se donne pour ambition finale d’ouvrir sur un programme de réflexion quant aux potentialités communales de transformation institutionnelle, entendu comme une stratégie de déplacement des rapports de force. En la matière, deux grands axes semblent se dessiner.
Avant toute chose, il nous faudra approfondir la notion d’interstices et chercher à donner des pistes pour les identifier. En effet, les institutions ne sont jamais totalement closes. Elles comportent des interstices : politiques publiques utiles et transformatrices, marges juridiques, zones d’interprétation, espaces informels de décision. S’en saisir, ce n’est pas ruser avec le cadre étatique de la loi, mais comprendre que le pouvoir réel ne se réduit pas aux textes et aux listes de compétences déjà attribuées. Ces interstices sont les lieux où peuvent s’inventer des pratiques nouvelles, où l’action citoyenne peut s’insérer dans l’appareil institutionnel sans s’y dissoudre. Il convient de leur donner une place importante et de penser avec sérieux le concept comme ses potentialités concrètes.
Puis, il nous faudra aussi aborder des questions plus analytiques, mais essentielles pour tenter de fournir les outils de la définition stratégique concrète. Cela passera par une tentative de composer la boîte à outils de l’analyse fine des rapports de force locaux. À l’échelle communale, cela implique de donner les clefs pour identifier les acteurs institutionnels, les réseaux économiques, les forces sociales organisées, les résistances bureaucratiques, mais aussi les attentes et les capacités d’engagement de la population. Et ce, en pensant des processus larges, à travers des blocs sociaux locaux identifiables, mais aussi les processus de conscientisation, d’intérêts, d'attentes sociales et de construction du récit qui les activeront ou non. La grande difficulté réside dans le fait que la commune est un espace où ces forces sont parfois plus lisibles qu’à l’échelle nationale — mais bien souvent moins scrutées et avec bien moins de rigueur.
Conclusion provisoire
Penser la commune comme échelon de la transformation sociale de la gauche radicale, qu’on l’appelle révolution citoyenne ou non, c’est refuser de choisir entre les faces opposées de deux pièces elles-mêmes en tension que sont d'un côté le romantisme révolutionnaire d’une autonomie fédéraliste municipale et le cynisme gestionnaire du statu quo bureaucratique ; et de l'autre le centralisme jacobin de l’avant-garde éclairée et la confiance absolue dans l'idée qu'en s’emparant des institutions centrales, la transformation résonnera sans peine jusqu’au quotidien le plus concret.
La commune n’est pas la solution ; elle n’est pas à dédaigner non plus. Elle est l’un des terrains par lesquels la solution devra passer, un jour ou l’autre, et où elle pourrait bien, en partie, se construire. Elle est imparfaite et traversée de contradictions. Mais elle est aussi l’un des rares lieux institués, et même institutionnalisés, où la démocratie peut se vivre comme une pratique collective, conflictuelle et transformatrice. À ce titre, elle mérite d’être pensée, avec rigueur et pragmatisme, comme l’un des foyers possibles d’une politique émancipatrice à venir et, a minima, comme un point où celle-ci pourrait s’ancrer dans quelques interstices.
À suivre.
1. AMABLE, Bruno et PALOMBARINI, Stefano. L’illusion du bloc bourgeois. Paris : La Découverte, 2017.
2. POULANTZAS, Nikos. L’État, le pouvoir, le socialisme. Paris : Presses Universitaires de France, 1978.
3. MÉLENCHON, Jean-Luc. Faites mieux ! Vers la révolution citoyenne. Paris : Robert Laffont, 2023.