Bloqué dans un rêve lucide

Ça vous est déjà arrivé de douter de la réalité ? Moi tout le temps, depuis toujours. Je vous raconte...

En prenant du recul, je me rend compte que j’ai toujours remis en question ce que je vivais : je dois avoir un souci avec la réalité. Et c’est pas juste un souci d’ado qui fume de temps en temps et qu'est complètement déconnecté de la réalité puisque ça remonte à quand j’étais tout petit.

Je disais qu’on était des cassettes.

extrait de "Visions de la Terre et de l'Espace", format physique (mon carnet quoi) © Rémi Salvador extrait de "Visions de la Terre et de l'Espace", format physique (mon carnet quoi) © Rémi Salvador

J’adorais le cinéma, les films, regardais en boucle toujours les même : Toy Story, Indiana Jones, Star Wars, les Goonies... Si bien qu’il me paraissait logique d’être le personnage de mon propre film, ou de celui de quelqu’un d’autre, et que tout ce qu’on vivait c’était des scènes de films que des gens regardaient sur cassette.

Je me souviens tenter vainement d’expliquer mon raisonnement aux autres. Oui, vainement, parce que la phrase “on est des cassettes” n’avait aucun sens, mais j’arrivais pas à le dire autrement. Du coup dans ma tête ça donnait une cassette avec une tête et des membres (tentative de représenter ça juste là à droite, regarde).

Aujourd’hui encore je m’interroge constamment sur l’existence,

en m'appuyant sur les rêves.

    Certains rêves sont vécus avec autant d’intensité que des vrais jours de la vraie vie. Ça fait kiffer les rêves : des histoires parallèles à nos vies, qui ont des connexions, des détails similaires, des émotions fortes et qui sont généralement bien plus intéressantes, passionnantes que la supposée “vraie vie”. Ces histoires, c’est en quelque sorte ces scènes de film que les autres pourraient voir si on était des cassettes.

    Je me suis donc penché sur la pratique des rêves lucides. Un rêve lucide, en gros, c’est un rêve où tu parviens à prendre conscience que tu rêves, et à partir de là tu peux contrôler ce que tu veux, et vivre pendant quelques dizaines de minutes une sorte de vie améliorée + + où t’as le pouvoir de faire ce que tu veux.

    Certaines méthodes sont préconisées pour parvenir à prendre conscience de la condition de rêve. Il faut, au cours de la journée prendre des repères, des habitudes qui seront, par la force des choses répétées dans les rêves et qui nous feront prendre conscience de si l’on rêve ou pas.

    Il est par exemple conseillé de regarder une horloge tous les quarts d’heure (car les aiguilles des horloges sont souvent déréglées dans les rêves), ou de regarder ses mains (car elles y sont généralement déformées).

    Je prenais donc l’habitude de regarder mes mains 3 fois par heure pour constater la réalité de la vie que je vivais. Par chance, j’ai fait ce même test dans un rêve : sauf que mes mains étaient tout à fait normales. Je me suis dit “stylé, je rêve, mais attend : mes mains sont parfaitement normales”. Après j’ai pu faire ce que je voulais, mais j’étais un peu craintif à l’idée de faire des trucs vraiment dingues genre m’envoler ou aller voir ce que cache la Zone 51. Mes possibilités étaient donc restreintes malgré le fait que je sache que je rêve : j’étais dans une réalité parallèle où tout semblait parfaitement logique, comme si je vivais vraiment une journée de vie.

    Les tests ne fonctionnent donc pas, et à partir de là la frontière entre rêve et réalité est complètement détruite : comment savoir ? Demander aux gens que l’on côtoie ? inutile, si on rêve, comment être sûr de la véracité de leurs propos ? Se faire pincer ? Ça sert à rien, je ressens parfois des contacts forts dans mes rêves, je peux donc y ressentir la douleur. A partir de là, plus rien ne sépare rêve et réalité.

   Là, maintenant, qu’est ce qui me dit que je ne suis pas dans un rêve ? Qu’est ce qui me dit que je vais pas me réveiller et constater que “Mediapart” n’existe pas, que ce blog non plus, qu’on est toujours en 2017, que j’ai jamais eu cette paire de Reebok qu’est magnifique ? Comment savoir ?

Le fait que j’en doute peut aider ? On peut douter dans un rêve, donc non, ça aide pas. 

    “Je pense donc je suis” et par conséquent j’existe ? Bah pareil, c'est bien beau la philo mais ça répond pas à la question de savoir si oui ou non on est dans un rêve.

    Ça pose tout un tas de souci : si tout cela n’est qu’un rêve, faut-il continuer d’essayer d’évoluer, d’être sage, d'apprendre, de faire des choses sensées, de vivre avec les autres ? 

    En fait je crois qu’on peut pas savoir. Et c’est peut-être ça en fait, la vie, c’est qu’on sait pas. On sait pas, on sait qu’on saura pas, mais on force à essayer de savoir. Quel acharnement.

Je veux pas blasphémer, mais il me semble que les religions tentent d’expliquer tout ça par des forces supérieures, un être omniscient qui sait à notre place, et comme ça nous on a plus besoin de chercher à savoir.

Mais là pareil : si c’est un rêve, alors les religions existent-elles ou est ce que c’est dans ma tête ? Et puis du coup, c’est quoi exister ? C’est pénible toutes ces questions, j’vous jure c’est compliqué d’y répondre. Il existe une réponse ? 

Je me rend compte que je tourne en rond dans ce texte, que je cherche une réponse à la vie, et qu’en fait le consensus s’accorde à dire que c’est LA question qui, par définition n’a pas de réponse vu qu’elle est la racine de toutes les autres.

Tout pleins de questions, mais si j’en crois les anciens c’est normal, on passerait apparemment tous par là à l’adolescence, et chacun se démerde dans son coin pour trouver des pistes de recherche, et faudrait pas s’inquiéter. Mais c’est ça le souci : c’est inquiétant de pas savoir, merde, ça vaut vraiment le coup d’y croire en la vie ?

de toute façon rien n’a de sens rien n’a d’importance à part le bonheur donc vivons à fond vivons heureux vivons épanouis, et vivons libres.

A dimanche prochain les “humains”.

Je vous laisse sur cette citation de Roman Frayssinet :

Roman Fraissynet, interview Sandwich de Konbini (et jsuis con c'est pas "en cause" mais "en question" désolé) Roman Fraissynet, interview Sandwich de Konbini (et jsuis con c'est pas "en cause" mais "en question" désolé)

(à noter que la lettre W n’est pas utilisée une seule fois dans ce billet, à part dans cette phrase bien sûr.)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.