A bas l'Union Européenne ?

de Hollande à Didier Super, ce billet va faire trembler l'Union Européenne.

   L’année dernière avec ma classe de Première ES1, nous sommes allés voir une conférence de François Hollande à la rédaction du Midi Libre à Saint Jean de Védas. On était une centaine de lycéens venant de trois lycées différents, et on a pu poser des questions à l’ex-président pendant deux heures.

ptit dessin de la photo que j'ai pu faire avec l'ex-président. © Rémi Salvador ptit dessin de la photo que j'ai pu faire avec l'ex-président. © Rémi Salvador

    Il faisait un tour de France où il venait parler de son nouveau livre Les leçons du pouvoir, et répondre aux questions des lycéens. Les organisateurs avaient l’intention de mettre la rencontre sous le signe de l’Union Européenne et de nous faire dire que c’est super pour l’avenir et tout et tout (je développe juste après).

    Lorsque notre professeur d’SES (dédicace à M. Lengaigne) nous a proposé de participer à cette rencontre et de rédiger un propos introductif qu'on lirait devant Hollande, j’y ai vu une bonne occasion de balancer deux trois vannes à l'ex-président, parler de ce que je ressentais vraiment vis-à-vis de lui et de ce qu’on a retenu de son quinquennat. On a donc écrit avec quelques élèves ce discours introductif :

    "M Hollande, votre quinquennat coïncidait avec l’âge auquel nous commencions à nous intéresser aux questions de politique, c’est-à-dire lors de nos années de collège (du CM2 à la troisième).

    En effet, on entendait beaucoup parler de vous lors de nos repas de famille, parfois devant la télévision. Y’avait Canteloup, y’avait Le Petit Journal, y’avait les Guignols qui donnaient de vous une image au départ sympathique, avenante, accessible, une image de “Président Normal”, proche du peuple qui contrastait beaucoup de celle de Nicolas Sarkozy.  

    Le soir du 6 mai 2012, à votre élection : c’était la fête à la maison ! Enfin fini de Sarkozy ! Nos parents cheminots, ouvriers dans le bâtiment ou encore fonctionnaires étaient ravis de votre venue à l’Elysée. La gauche reprend le pouvoir ! Et la gauche, c’est le bien ! On vous a donc très vite senti comme un sauveur, un bon gaucho qui allait nous sauver, nous rendre la vie belle. C’est drôle l’innocence que l’on peut avoir lorsqu’on est jeunes…

    Innocence que l’on a commencé à perdre par les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan. Ces malheureux évènements nous ont poussé à nous documenter davantage. Les réseaux sociaux [...] nous ont permis d’être au plus proche du sujet, quasi-instantanément. Facebook et Twitter ont accentué nos liens avec l’actualité. On voulait savoir quelles mesures, quelles solutions vous alliez prendre pour parer la menace terroriste. 

    D’autres types d'événements internationaux comme l’accueil du championnat d’Europe de football en 2016 nous ont donné une autre image de vous, une image de supporter présent aux matchs comme un tas d’autres français mais aussi en tant que représentant du pays.

    3 ans plus tard, aujourd’hui, l’image que l’on garde de vous est celle d’un président qui a su faire avancer les choses : on pense à la loi sur le Mariage pour tous, mais également d’un président qui n’a pas su tenir ses promesses : comme celle adressée sur le chômage."

 

(on a parlé de Canteloup mais c’est pas ma faute hein, qu’on soit clair : ce gars n’est pas marrant voilà)

    A la fin un journaliste du midi libre m’a approché pour me poser des questions : "c’était intéressant ? ta vision a changé sur la fonction présidentielle ? et l’Union Européenne, hein ?" plein de questions, et de tout ça : ils n’ont gardé dans le montage final que ma réponse sur l’UE.

(sautez directement à 2:45 sur la vidéo) (cliquez ici ici ici pour voir la vidéo)

    De toutes les questions, c’est celle-ci où j’ai fabriqué une réponse à la va-vite parce que j’hésitais encore. Je ne savais pas vraiment quoi dire, j’ai bredouillé deux trois trucs sur un contexte mondial (les USA, l’Asie ???), puis j’ai commencé à essayer de nuancer “même si…” et je me suis ravisé, par peur d’aller peut-être trop loin, par peur de me dire que c’est peut être pas ce qu’ils voulaient avoir pour pondre leur papier sur cette rencontre.

Dans ce “même si…” y’avait : 

  • l’absence totale de sentiment d’appartenance à une quelconque “nation européenne”.
  • le sentiment que cette UE n’est là que pour nous pomper nos sous et imposer des directives qui tirent les populations vers le bas.
  • le drapeau est hyper austère vraiment il inspire pas confiance (à la limite c'est pas le plus grave).

Et puis surtout, Didier Super a chanté ça : 

On a construit l’Union Européenne pour faire un pays d’chômeurs ! Mais j’en ai rien à foutre.

    Si Didier Super en parle comme ça, c’est que c’est forcément louche. Et en effet : ça a l’air bien louche cette histoire d’Union Européenne. Avec le collège et le lycée, on voit quelque fois s’organiser des rencontres autour de ce thème, pour tenter de nous rentrer dans le crâne que ça existe, que c'est vraiment "branché" (ils utilisent souvent des mots comme ça, en croyant vraiment que ça nous attire faut vraiment être vieux et con pour penser ça mais bref) pour nous faire prendre conscience de "l’importance" et du "potentiel de cette union". Mais franchement, ça vend pas du rêve, et personne ne se sent vraiment européen vu qu’elle a moins un but social que financier. 

L’union européenne, à dix-sept ans, on s’en tape.

 

Didier Super - Rien à foutre © Echolalies

Rémi Salvador

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.