Pourtant, je ne l'ai jamais vraiment été, Charlie. De ci, de là, au détour de quelques dessins, j'étais Cabu mais côté Grand Duduche, Wolinski pour ses femmes nues et ses parties de jambes en l'air. J'étais Bernard Maris pour ses débats sur Inter, sans l'être vraiment en réalité. Mais aujourd'hui je suis tous ceux là.

Je suis Charlie. Comment pourrait-il en être autrement ?

Etre Charlie en ces tristes heures, c'est être pour la Liberté. Bien sûr, pas la pseudo-liberté de massacrer, d'assassiner froidement, d'achever sur le bord d'un trottoir un être humain désarmé, implorant la pitié. Non, pour une Liberté que les fanatismes ne peuvent comprendre, celle de dire, de penser, d'écrire et de dessiner ce que l'on souhaite, ce à quoi l'on croit, dès lors que cela ne confine pas au racisme de toute forme : bref, dès lors que cette Liberté respecte les Droits de l'Homme.

 

Etre Charlie en ces tristes heures, c'est être pour l'Egalité. Bien sûr, pas cette pseudo-égalité que voudraient imposer les tenants d'une religion qu'ils ont dévoyé pour leur seul profit, et qui leur permet de justifier les actes les plus cruels par l'interprétation mensongère de textes religieux. Non, pour une Egalité qui met les races, les sexes, les religions, les croyances, les coutumes, chacun et chacune d'entre nous sur un même plan.

Etre Charlie en ces tristes heures, c'est être pour la Fraternité. Bien sûr, pas cette fraternité de luttes secrètes et criminelles, pas ce compagnonnage de combats, de guérillas et d'intolérances que des barbares entendent mener et imposer au nom d'un Dieu qui ne s'y reconnaitrait pas. Non, pour une Fraternité qui accueille son prochain comme son frère, quelles que soient ses différences, ses opinions, ses croyances.

Je suis Charlie. Et je sais donc que les musulmans ne sont pas des terroristes, comme les chrétiens n'étaient pas tous inquisiteurs, les allemands pas tous nazis, les français pas tous collabos. Certains sont journalistes, tel Ali Badou dont j'ai aimé l'intervention de lundi sur le livre "Soumission", d'autres policiers tel Ahmed, tombé sous les tirs des terroristes et dont l'assassinat, d'une balle dans la tête, est passé en boucle sur internet : je pense à lui et à ses proches.

Je suis Charlie. Et j'enrage de nous voir retomber aux pires heures de l'Occupation, où l'on déportait femmes et enfants sur des thématiques d'appartenance. Aux pires heures du Rwanda, où des voisins si heureux jadis en sont venus à se massacrer à coup de machettes en raison d'appartenances ethniques. Aux sombres heures des Balkans et de la guerre de Yougoslavie, avec son lot de balles dans la nuque. Je ne rajouterai pas le 11 septembre, l'Afghanistan, le Mali, la Syrie, …

Je suis Charlie. Et je veux continuer à élever mes enfants dans le respect des valeurs que mes parents m'ont apprises : respect, tolérance, écoute, probité, confiance, Amour, ouverture. Ces valeurs qui ont l'immense particularité de se multiplier lorsqu'on les partage : donnez de la tolérance, vous récolterez de l'écoute. Donnez de l'écoute, vous récolterez du respect. Donnez du respect, vous récolterez de l'Amour. Les équations sont simples et peuvent se multiplier à l'infini. Plus vous donnez, plus vous recevez, plus vous grandissez, alors plus vous donnez. Il n'y a pas d'autre chemin pour le bonheur. Sachons ne pas l'oublier. Sachons le redécouvrir. Pour ne plus jamais devoir être Charlie, c'est le seul hommage que nous puissions rendre aux victimes de cette barbarie.

Mais ce soir, oui je suis Charlie. Et je pleure.

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Quand on a que l'amour pour parler aux canons...

 

et rien qu'un crayon pour parler aux extrémismes...

 

Maintenant que les canons se sont tu, ce sont des millions de voix qui s'élèvent, des millions de dessins qui fleurissent de par le monde pour leur répondre, depuis déjà deux jours, et je doute que ce soit fini.

Deux individus, fort de leur bêtise, surgissent au cœur de l'expression populaire, devant ces hommes qui ont eu le courage de leurs opinions, armé de mots et de dessins.

Face à la civilisation qui se veux libre dans l'expression, ils ont pointé des armes automatiques de guerre, une puissance inversement proportionnelles à leur force intellectuelle, complètement démesurée pour un « droit de réponse ».

Face à une expression, ils n'ont que la violence et des balles comme arguments, prouvant ainsi qu'ils ne détiennent pas la raison, comme un aveu de l'errance dans laquelle ils se trouvaient.

 

La cause suposée être défendue n'est qu'une caricature d'une religion que je ne nommerais pas, par respect pour elle, car je ne veux pas la mêler à cette sombre histoire. Toute religion, fondée sur l'amour de son prochain, le respect de l'Homme et des différences, est respectable.

Mais toute communauté, qui veux imposer par la force des dogmes, et n'a comme force de persuasion que la violence et la terreur, se caricaturise toute seule aux yeux du monde.

 

Ils pensaient tuer Charlie, ils ont creuser leur propre tombeau.

La preuve que la raison universelle est une évidence ?

La réponse : le soulèvement internationale, intercommunautaire et planétaire pour exprimer l'indignation.

Ils pensaient semer la terreur, ils ont fait vibrer la France, gronder le monde entier. C'est un énorme coup de tonnerre qui raisonne depuis deux jours en réponse à quelques petits bouts de plombs, celui qui manque à leurs cervelles.

 

Puisque maintenant il est admit dans le langage Français, certaines liaisons vocales qu'il eut été dangereux de prononcer devant un académicien, faisant ainsi disparaître le « H », en voilà une qui m'inspire et que je trouve fort à propos :

Deux terroristes deviennent les zéros d'une cause perdue, en signant un acte d'aveu de faiblesse.

 

Toutes formes d'extrémismes est condamnable, qu'elle soit religieuse, politique ou économique...

 

On ne peu pas luter contre un extrémisme, par un autre extrémisme.

 

Seul l'équilibre permettra à l'Homme de tenir debout.

 

Bruno Vessière