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Billet de blog 9 décembre 2014

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Depuis des semaines, nous assistons au lynchage en règle de dizaines de professions, accusées tour à tour de voler le pouvoir d'achat des français et partant la croissance du pays, d'interdire leur accès aux jeunes, puis aux femmes, et bientôt pourquoi pas d'être la cause du chômage, de la fuite des capitaux et du réchauffement climatique : dans un pays avide de boucs émissaires permettant de faire porter au voisin, à l'ami ou au frère le poids de ses propres erreurs, le sport est national.

Mais qui voudrait nous faire croire qu'il n'y a rien de louche dans un rapport IGF aux chiffres mensongers, aux résultats interprétés dans un seul sens et un seul but, aux moyennes absurdes et dénuées de toute logique juridico-pratique ? Suis-je le seul à trouver surprenant que l'on puisse passer du public au privé, rendre en qualité de chef de mission des rapports à charge destinés à orienter des réformes aussi partiales qu'iniques et liberticides, et quitter l'IGF pour créer fort à propos des sociétés de participations financières, qui s'avèreront très utiles lorsque les décisions auront été prises ? Suis-je le seul à ne pas accepter que l'on légifère dans le seul intérêt des plus riches, des mieux placés, sous des arguments aussi fallacieux que ceux qui nous sont assénés depuis des semaines ? Par exemple, je citerais pour les notaires : rendre du pouvoir d'achat, argument vite abandonné car purement démagogique ; alors installer des jeunes, tout aussi idiot et mensonger ; alors installer des personnes non issues du cadre familial, mais les chiffres démontent là-encore le mensonge ; alors installer des femmes, une fois de plus un prétexte idiot et complètement faux, puisque les deux tiers des dernières installations sont féminines.

Et donc, qui peut m'expliquer aujourd'hui en quoi la loi Macron sera utile pour les usagers du notariat ? Personne. D'ailleurs, c'est là que le bât blesse pour ceux qui nous gouvernent : la profession est tout à fait d'accord pour une réforme, elle l'appelle de ses vœux aujourd'hui. Elle propose d'augmenter le nombre de notaires et faciliter l'accès des jeunes tout en continuant le contrôle de leurs connaissances et de leur probité : quoi de plus sécurisant pour le citoyen ? Elle propose de baisser le montant des frais pour la majorité des actes, qui sont déjà reçus en-dessous de leur coût de production pour les deux tiers d'entre eux, tout en continuant à assurer le maillage territorial par la survie des petits offices, si utiles à l'ensemble de la population : n'est-on pas là encore dans les principes de liberté de choix et d'égalité du tarif, assurée par la fraternité des citoyens puisque l'acte plus rémunérateur compense celui reçu sous son coût de revient ? Et oui, elle s'oppose fermement à toute intrusion de la finance dans le capital des sociétés de notaires, pour que subsiste l'impartialité et le conseil désintéressé : n'est-ce pas là le minimum requis pour rendre une justice sans procès ?

Pourtant l'idée d'une réforme à la va-vite, sans aucune analyse de ses conséquences pourtant désastreuses sur le quotidien des français, continue à être défendue et portée par Bercy, alors même qu'elle devrait échoir à la Chancellerie. Ces derniers mois, les exemples de lois bâclées, pour lesquelles les décrets d'application ne paraîtront jamais ou que d'autres lois vont détricoter, sont légions : les gouvernants préfèrent agir dans l'urgence, sans concertation avec les professionnels concernés car ils savent tout pour l'avoir lu dans les livres et les statistiques, et puis faire et défaire c'est toujours travailler… Et que dire de ces députés, qui sont censés représenter le peuple et donc voter en leurs âmes et consciences, mais qui perdent celles-ci, dissoutes dans la doctrine partisane et aveugle des partis.

Comment, dans ces conditions, continuer à croire en l'idéal républicain ? Comment ne pas s'imaginer vivre en médiocratie puisque sous des prétextes de modernité on sacrifie aux plus riches jusqu'à la Justice d'un pays ? Je crains de devoir rejoindre le flot des déçus abstentionnistes, abasourdi par ces projets écrits par les financiers, mis en partition par les hauts fonctionnaires, tous camarades de promotion des écoles formant les élites du pays, votés par des représentants qui n'ont de peuple que le nom puisqu'ils exécutent la volonté des chefs, et finalement subis par la masse des citoyens, si docile, si muette. Et comme nombre d'autres notaires, je constate chaque jour que l'extrémisme progresse par dépit, par ignorance, par le "plus rien à perdre". Il y a malheureusement encore beaucoup à perdre et nous savons trop où nous mènent les extrêmes. Pourtant, ils arrivent, à cause de décisions prises sans écoute, sans concertation, sans respect, et surtout sans intelligence ni hauteur de vue.

Mais tout le monde regarde ailleurs : dormez en paix brave gens…

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