Et si on semait un peu ?

Difficile de redire en ces lignes la souffrance ressentie à l’évocation de cette nouvelle horreur. La planification méthodique d’assassinats au nom d’une idéologie morbide et mortifère, à mille lieues de toute religion, ne peut s’écrire ni se décrire. L’Histoire n’en a que trop connue, et sans doute – je le crains – n’en sommes nous qu’à quelques balbutiements.

L’impact de ces actions est mondial : ce dernier attentat frappe tout de même vingt-quatre nationalités. La problématique de cette idéologie de destruction l’est toute autant. Nous ne sommes pas face à un pays mais à une nébuleuse, qui a su essaimé aux quatre vents, toucher au-delà des nations, jouer sur la misère, sur l’espoir d’un illusoire et hypothétique ailleurs, sur l’imbécilité des simples d’esprits. Ce sera d’autant plus difficile d’y faire face, demain comme aujourd’hui.

Je ne pense pas que l’espoir des vierges offertes dans l’au-delà soit le terreau de ce terrorisme aussi aveugle que crétin. Il se loge dans le désespoir, dans l’inculture, dans le manque d’éducation, dans une certaine forme de misère. Il se niche dans le fossé toujours grandissant entre les puissants et les faibles, entre les riches et les pauvres. Il se nourrit des peurs, de l’irrespect, du mépris, des jalousies. Il fait son lit du manque d’empathie, de tolérance, de compréhension. Et de cela, nous sommes tous responsables.

Non, l’autre n’est pas le mal. Non, l’autre n’est pas le danger. Non, il y a bien longtemps que plus personne ne vient jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes ! Mais il y a bien longtemps aussi que nous nivelons par le bas. Que nous laissons croire que sans travail on peut réussir, que les classements n’existent plus, que tout est simple et que si vous ne parvenez pas à avoir alors nous vous donnerons ! Le délitement de notre société est une réalité, et que nous le voulions ou non l’accélération de la dégradation du climat et la montée des incivilités ou pire du terrorisme en sont les conséquences !  

Dans nos sociétés actuelles où les gouvernants sont élus minoritaires, portés par la finance qui finalement régit tout, l’humain semble ne plus avoir sa place. Il devient statistiques, parts de marché, bétail que l’on mène à la baguette ou à l’abattoir. Il paie ses impôts en silence, croit naïvement au changement à chaque nouvelle élection, se réjouit de l’arrivée de joueurs de football payé au prix de millions de repas à des nécessiteux, savoure son petit confort et détourne les yeux ou les ferme face à la misère du monde.  La démocratie est certes bien loin d’être le pire des systèmes. A partir du moment où les gouvernants n’oublient pas que c’est le gouvernement du peuple, certes par le peuple, mais surtout pour le peuple. Et que le peuple est en réalité un fragile éventail de personnes, petites gens ou riches individus, qui ne souhaitent finalement qu’une chose : vivre en paix leur courte vie. En paix.

Mais c’est aussi à ces individus de ne pas oublier que la vie c’est finalement, et uniquement l’Amour. L’Amour de sa famille, de ses amis, de celui que l’on ne connaît pas. Il est ce que l’on se doit d’offrir à son prochain comme à son frère, comme à ses enfants. Il ne passe pas par de grandes tirades, de belles déclarations. Il est sourires, il est attentions. Il est « bonjour », il est « merci ». Il est « pardon » et « s’il vous plait ». Il ne juge ni ne souhaite être jugé. Il porte celui qui le porte et grandit celui qui le reçoit. Il s’offre pour se multiplier. Il est partage, forcément. Il est simple et compliqué à la fois. Il doit chaque jour s’entretenir pour croître encore. Il est fragile et se cache à chaque contrariété. Mais les épreuves finalement le renforcent. Il nous invite à ne pas juger ce que l’on ignore, à respecter notre prochain. Il nous porte et nous incite à offrir le meilleur de nous-même.

Bien sûr, nous ne pouvons aimer tout le monde. Mais respecter, est-ce vraiment trop demander ? Et éviter ainsi la haine, qui se nourrit des peurs, des incompréhensions, des méconnaissances. Juste pour partager ces instants de plaisir qui devraient seuls fonder la vie en société. Vingt-huit nationalités... A l’image de cette ville cosmopolite, de partage, de fête, de soleil du jour et de vie de la nuit. La culture de la fête. Une forme d’Amour. Et je ne suis pas un Bisounours. Je voudrais sans doute en être un. Pour ne pas taire à mes enfants que le monde est cruel. Pour ne pas imaginer qu’un jour ils pourraient, comme d’autres avant ou avec eux, être victimes d’une barbarie atroce et indicible, nourrie seulement de haine.

Je sais qu’un autre monde est possible, et je pense que nous pouvons tous y contribuer, à notre petite échelle. En prenant soin de l’autre. Par une écoute. Par un sourire. Un simple mot… 

Alors, finalement, on s’aime un peu ?  

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