Rémy Beurion
Abonné·e de Mediapart

57 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 juin 2013

Vierzon : une église, sans doute aux mains des francs-maçons engendre un silence auquel n'a pas eu droit la communauté musulmane

Rémy Beurion
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Wahou!!!!!! Un silence.... assourdissant. C'est étonnant : une église, éventuellement transformée en mosquée, fait donc plus de bruit qu'une église, préemptée par la ville de Vierzon pour être, peut-être revendue à des francs-maçons par le maire lui-même ! Serait-ce plus noble de laisser filer un édifice religieux désacralisé, aux mains d'une loge maçonnique plutôt que d'offrir un lieu de prière décent à la communauté musulmane ? Ce silence en dit long, très long. Sur l'intolérance, l'influence, les cercles de pouvoir, le piétinement de la laïcité, l'interventionnisme municipal. C'est vrai quoi, que pèse une communauté musulmane vierzonnaise qui s'approprierait une ancienne église vendue par le diocèse face au Grand Orient de France ? Rien. Du moins, un déferlement médiatique, un déferlement de haine, un déferlement d'incompréhension jusque dans les rangs, que l'on peut croire charitables, des catholiques. A Vierzon, la vente de l'église Saint-Eloi n'en finit pas de rebondir.

Au départ, le diocèse, par manque d'argent, se voit contraint de vendre son édifice religieux déserté par les fidèles. La ville de Vierzon compte plusieurs églises et le diocèse sacrifie celle-ci. La crise frappe aussi la fréquentation des prie-dieu. Une petite phrase dans la presse locale du Berry républicain met le feu aux poudres médiatiques et à la blogosphère : la communauté musulmane serait intéressée par l'édifice pour en faire une mosquée. Après tout, croyance pour croyance foi pour foi, prophète pour prophète... Mais, l'église du Cher recule devant le torrent de haine qui s'abat sur cette hypothèse. Tolérants les croyants ? Vierzon risquerait de devenir alors l'une de ces très rares villes de France où le catholicisme en ruine, symbolisé par la nécessité de vendre les maisons de Dieu, serait remplacé, en lieu et place, par la seconde religion de France, l'Islam.

L'agitation est d'une telle magnitude, les tempêtes de crâne sont d'une telle mauvaise foi, les réactions sont d'une telle ampleur que l'Archevêché tranche dans le vif. Il accepte la proposition d'une sombre confrérie, baptisée Les Charitables de Saint-Eloi de Vierzon dont le grand maître, Olivier Bidou, entretient la confusion avec la confrérie de Saint-Eloi de Béthunes. L'association doit, au 17 juin, mettre 170.000 euros sur la table pour acquérir le précieux édifice. C'est tout ce qui compte. L'appât du gain a pourtant pris le pas sur la nature des véritables intentions de la confrérie. L'église du Cher écarte donc volontairement, toute hypothèse de laisser la communauté musulmane vierzonnaise acquérir le bien. Qu'elle ne l'évoque même pas, qu'elle n'effleure même pas l'idée de l'aller jusqu'au bout ! Très vite, la Confrérie des Charitables de Saint-Eloi inonde la Toile de vidéos, d'un site internet explicite relayé par une page Facebook. Les soutiens sont sans ambiguïté sur la nature philosophique et intellectuelle de celles et ceux qui soutiennent la Confrérie.Tout est dit : les dons sont récoltés à la seule fin de ne pas laisser cette église entre les mains des Musulmans. Le terme de "profonation" est employé. La haine s'expose sans pudeur. 

Face à une autre campagne médiatique qui commence à écorner l'image de sous-préfecture du Cher, le maire de Vierzon, également député Frant de gauche, tape du poing sur la table. Il menace d'utiliser son droit de préemption pour priver la Confrérie des Charitables de Sant-Eloi de l'achat de cette église et pour couper court à leur discours anti-mosquée, inacceptable pour "le vivre ensemble". Provocateur, le maire communiste de Vierzon, Nicolas Sansu, ajoute même, avec un humour dont ne débordent pas certains catholiques rances et rigides, autant que la Confrérie des Charitables, qu'il entend installer un centre IVG ou le siège du Parti communiste dans l'église... Crépitement médiatique. Le silence retombe. Jusqu'à ce que la paroisse de Vierzon, dans son récent bullletin d'information, fixe la date de la dernière messe, à l'église Saint-Eloi, au 22 juin 2013,  et confirme la vente de l'édifice, l'éparpillement du mobilier dans d'autres églises de la paroisse et sa désacralisation, du fait de sa future utilisation profane. Mais la paroisse de Vierzon ne précise pas l'identité de l'acquéreur... Le Berry républicain, dans son édition du jeudi 30 mai 2013, titre à la une : "L'église Saint-Eloi vendue à des francs-maçons ?"  Le maire ne dément pas l'information. Mais la franc-maçonnrie vierzonnaise se retrouve en pleine lumière, ce qu'elle n'apprécie pas forcément. Elle no plus ne dément rien...

Surtout, l'interrogation principale est contenue dans la première phrase de l'article du Berry républiciain : "Un maire communiste qui rachète une église pour envisager de la revendre à une loge maçonnique locale, voilà un scénario atypique". Et pourtant, c'est celui qui, dévoilé par la presse locale, ne suscite aucune réaction, ni politique, ni religieuse, ni laïque d'ailleurs. Un silence... assourdissant. Un énième rebondissement dans cette vente maudite depuis le tout début de l'histoire. Que la franc-maçonnerie achète des anciens édifices, peu importe. Près de Vierzon, à Asnières-les-Bourges, une loge a trouvé refuge dan un ancien temple protestant... Mais qu'une municipalité serve d'entreméteur dans une vente qui au départ s'avérait privée, est curieuse. D'un côté l'église écarte la communauté musulmane au profit d'une confrérie peu fréquentable. D'un autre côté, la ville de Vierzon prive une confrérie aux propos douteux et préempte l'église, avec l'argent du contribuable, pour la revendre derrière à une loge maçonnique... Mais n'était-ce pas à l'église d'écarter elle-même la Confrérie ? Et tout cela, pour quel profit ? Aucune réaction non plus de l'Archevêché. Voit-il d'un bon oeil qu'une société secrète et laïque, investisse un ex-lieu religieux ? Et parmi les Frères qui auront à fréquenter leur nouveau temple, si le projet va jusqu'au bout, certains ne vont-ils pas renacler à se retrouver dans une ancienne église ? 

La ville de Vierzon, punaisée sur la carte des villes en souffrance, au fort taux de chômage, désintustrialisée, n'avait-elle pas mieux à faire que de se mêler, politiquement, de cette affaire, finalement privée ? Et si la Franc-Maçonnerie venait à renoncer au projet, comme elle l'a déjà fait dans d'autres endroits de la ville, le contribuable déjà pressé comme un citron, va devoir avaler le fait que la ville communiste/Front de gauche de Vierzon, dépense 170.000 euros dans l'achat d'une église qu'elle transformera, sans doute, en salle polyvalente ? Pas très laïc tout cela... Mais, le plus étonnant dans cette histoire, ce n'est pas tant le bruit qu'elle a suscité, c'est le silence qu'elle engendre aujourd'hui après ce dernier rebondissement. Ce silence troublant auquel n'a pas eu droit la communauté musulmane. Et auquel a droit, la franc-maçonnerie vierzonnaise. Difficile, de ne pas voir, dans cet angle-ci de l'épopée fantastique de l'église Saint-Eloi de Vierzon, l'ombre d'une concorde singulière. Sans céder aux fantasmes que suscite la franc-maçonnerie, des interrogations légitimes naissent forcément. Mais dont les réponses se noient dans le vertige d'un silence que l'on peut qualifier forcément de suspect.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Économie
« Tout augmente, sauf nos salaires »
Des cortèges de travailleurs, de retraités et de lycéens ont défilé jeudi, jour de grève interprofessionnelle, avec le même mot d’ordre : l’augmentation générale des salaires et des pensions. Les syndicats ont recensé plus de 170 rassemblements. Reportage à Paris.
par James Gregoire et Khedidja Zerouali
Journal — Écologie
En finir avec le « pouvoir d’achat »
Face aux dérèglements climatiques, la capacité d’acheter des biens et des services est-elle encore un pouvoir ? Les pensées de la « subsistance » esquissent des pistes pour que le combat contre les inégalités et les violences du capitalisme ne se retourne pas contre le vivant. 
par Jade Lindgaard
Journal — Politique économique
L’inflation relance le débat sur l’augmentation des salaires
Avec le retour de l’inflation, un spectre resurgit dans la sphère économique : la « boucle prix-salaires », qui serait synonyme de chaos. Mais ce récit ancré dans une lecture faussée des années 1970 passe à côté des enjeux et de la réalité.
par Romaric Godin
Journal
La grande colère des salariés d’EDF face à l’État
Ulcérés par la décision du gouvernement de faire payer à EDF la flambée des prix de l’électricité, plus de 42 % des salariés du groupe public ont suivi la grève de ce 26 janvier lancée par l’intersyndicale. Beaucoup redoutent que cette nouvelle attaque ne soit que les prémices d’un démantèlement du groupe, après l’élection présidentielle.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
« Je ne vois pas les sexes » ou la fausse naïveté bien-pensante
Grand défenseur de la division sexuée dans son livre, Emmanuel Todd affirme pourtant sur le plateau de France 5, « ne pas voir les sexes ». Après nous avoir assuré que nous devions rester à notre place de femelle Sapiens durant 400 (longues) pages, celui-ci affirme tout à coup être aveugle à la distinction des sexes lorsque des féministes le confrontent à sa misogynie…
par Léane Alestra
Billet de blog
Un filicide
Au Rond-Point à Paris, Bénédicte Cerutti conte le bonheur et l'effroi dans le monologue d’une tragédie contemporaine qu’elle porte à bout de bras. Dans un décor minimaliste et froid, Chloé Dabert s'empare pour la troisième fois du théâtre du dramaturge britannique Dennis Kelly. « Girls & boys » narre l’histoire d'une femme qui, confrontée à l’indicible, tente de sortir de la nuit.
par guillaume lasserre
Billet de blog
Les crimes masculinistes (12-12)
Depuis une dizaine d'années, les crimes masculinistes augmentent de manière considérable. Cette évolution est principalement provoquée par une meilleure diffusion - et une meilleure réception - des théories MGTOW, mais surtout à l'émergence de la communauté des incels, ces deux courants radicalisant le discours misogyne de la manosphère.
par Marcuss
Billet de blog
En Afghanistan, on décapite impunément les droits des femmes
Les Talibans viennent d’édicter l’interdiction de toute visibilité du visage féminin dans l’aire urbaine, même celle des mannequins exposés dans les commerces. Cette mesure augure mal pour l’avenir des droits de la population féminine, d’autant qu’elle accompagne l’évacuation forcée des femmes de l’espace public comme des institutions, établissements universitaires et scolaires de l’Afghanistan.
par Carol Mann