Un mouvement citoyen créé par un politique n'est pas un mouvement citoyen

Les politiques sont de de drôles de zigs. Ou ils sont naîfs, ou ils se moquent volontairement du monde. Ou les deux à la fois. Pouria Amirshahi veut créer un lobby citoyen, titre Le Monde. Ce député "frondeur" crée le Mouvement commun, histoire de rabibocher les citoyens lassés des jeux politiques et des politiques qui, eux, ne se lassent jamais que les citoyens continuent de voter pour eux. Jean-Luc Mélenchon, déjà, en appelait au peuple mais pour servir sa propre révolution. En gros, le mot d'ordre était simple : votez pour moi et après je m'occupe de tout. Sacrée révolution, en effet ! Que les citoyens confient à un politique leur sort, voilà qui est nouveau !

Les politiques ont la trouille de ce désintérêt pour leurs causes. Pas pour la chose publique, car il existe des citoyens, notamment à Vierzon, une poignée c'est vrai, qui se sont baptisés "Les non-moutons de Vierzon" et qui agissent, comme ils le peuvent, pour des causes très terre à terre comme la survie du commerce, l'inauguration parallèle d'une place Charlie ou bientôt, contre les vitrines vides et crades qui nuisent aux commerces existants. Le but, c'est de faire levier et de forcer le politique à regarder dans une direction qu'il n'a pas choisi. Mais ce mouvement est citoyen, pas structuré pour un sou, mobile, protéiforme mais rationnel. Ce mouvement citoyen vierzonnais est né sous l'impulsion de citoyens pas de politiques comme le mouvement commun.

La preuve, regardez la liste des signataires de ce mouvement, il y a certes des non-politiques mais il y en a et pas qu'un peu. Comment faire naître une alternative cotoyenne quand celle-ci émane des politiques, dès lors que l'alternative citoyennent se destine à contrer le mouvement politiques ? Cest encore un mouvement de plus, destiné à ramener à une cause personnelle des citoyens lambda, des responsables associatifs dans le but de faire mousser des élus. La démarche du député frondeur est louable mais pourquoi ne démissionne-t-il pas de son mandat pour se jeter à corps perdu dans la citoyenneté si tel est son crédo ?

L'alternative citoyenne efficace ne peut venir que de citoyens non engagés dans un mandat politique. Après, il faut que les politiques acceptent l'alternative citoyenne comme un apport d'idées, de critiques dans le sens d'exigences. Mais on le voit bien, à Vierzon notamment, toute action citoyenne qui va à l'encontre de l'action politique est perçue comme une opposition, elle est ignorée, minimisée, piétinée. Alors ce mouvement commun n'a rien de citoyen. Pour réconcilier la société civile et les politiques, il faut d'un coté, des élus prêts à l'écoute et de l'autre des citoyens qui pourraient avoir une part de pouvoir décisionnaire, du moins, une part de pouvoirde blocage quand un projet, par exemple, va à l'encontre de l'intérêt public. Mais les politiques ne voteront jamais de lois pour que le citoyen puisse avoir plus de pouvoir : le pouvoir c'est l'élu et le citoyen n'est bon qu'à voter pour lui. Ou pas. C'est justement ça qui le chagrine, notre politique.

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