Quand l'antifascisme tombe dans le piège de la haine.

Ce premier février à Athènes, après la contre-manifestation antifasciste organisée tout d’abord devant le Parlement et qui a ensuite tourné à l’affrontement, je suis rentré chez moi triste et en colère.

Ce premier février à Athènes, après la contre-manifestation antifasciste organisée tout d’abord devant le Parlement et qui a ensuite tourné à l’affrontement, je suis rentré chez moi triste et en colère.


L’ambiance était exécrable. Non loin de la place Syntagma, vers Evangelismos, se tenait un rassemblement commémoratif de membres d’Aube dorée. Le rassemblement, tout comme la contre manifestation, étaient déclarés interdits et illégaux. Deux jours plus tôt, la police anti-émeute avait sans aucune raison valable violemment dispersé une manifestation d’étudiants et brutalisé journalistes, avocats et même un député de Syriza. Enfin, il y a dix jours, entre 80 et 100 membres d’Aube dorée avaient fait une démonstration de force à l’endroit même où est tombé sous leurs coups Pavlos Fyssas, le rappeur antifasciste, le 17 novembre 2013. La police mobile était arrivée après les attaques, vraisemblablement en laissant les néonazis quitter les lieux.

Sur la place Syntagma, alors qu’environ 1500 personnes étaient rassemblées, chaque mouvement de foule entraîne mécaniquement une curiosité mêlée d’un sentiment de panique. Deux hommes ont été frappés, l’un plus violemment que l’autre. Les forces antiémeutes ont réussi à les évacuer. Il s’avérait qu’ils étaient tous les deux des sympathisants ou des membres d’Aube dorée. C’est après la deuxième altercation que la police a procédé à la dispersion de la manifestation. Néanmoins il y avait peu de raisons valables, ou de sommations. Alors que la police antiémeute encadrait les néonazis lors de leur rassemblement, celle-ci utilise quelques gaz lacrymogènes, des flashes pour disperser la foule antifascistes. Des personnes arrêtées sont sévèrement malmenées. Une partie du cortège se replie alors place Monastiraki. Rapidement, des antifascistes se regroupent autour d’un homme assez jeune, petit mais costaud et le cognent. L’homme est soupçonné d’être un membre d’Aube dorée ou un policier en civil. Des antifascistes arrivent à arrêter le pugilat et s’invectivent.

Cependant, moins d’un quart d’heure plus tard, juste après 20h, un groupe d’antifascistes encagoulés se rue contre un homme et le traine par terre. Tout aussi rapidement, c’est plusieurs dizaines de manifestants, pour la plupart jeunes, qui se regroupent et qui le frappent, lui donnent des coups de pieds et de bâton. Un antifasciste prend même son casque de moto et s’acharne contre lui en frappant comme un fou furieux. La scène est épouvantable et interminable. J’entends le bruit des coups. Tout le monde crie, s’engueule, s’insulte et l’insulte. On le cogne et le cogne encore. La raison ? L’homme portait un long sac de couleur militaire. Selon d’autres sources, il portait un couteau. Tandis que les antifascistes le massacraient à grand fracas, quelqu’un prend alors son sac et le vide. Il y a quelques vêtements (des t-shirt s, pantalons, des sous vêtements) et une pochette en plastique contenant des documents. Un manifestant encagoulé qui essaie de trouver un indice sur son appartenance politique scrute les marques et logo des t-shirts. Peut être par dépit, des antifascistes entassent toutes ces affaires dans un coin les font brûler avec de l’essence. L’homme malmené parvient à se faire dégager par quelques manifestants et s’éloigne un peu. Il a le visage tuméfié et le sang qui coule de partout. Il parvient miraculeusement à marcher.

Il n’y avait rien, rien qui puisse justifier un tel acte. J’ai vu un homme se faire frapper par des bêtes pendant quatre longues minutes. C’était essentiellement des jeunes hommes qui s’acharnaient sur lui, le visage caché car une cagoule et un bâton à la main. Ce sont les mêmes qui provoquent les flics et qui sont en première ligne lors des affrontements. Antifascistes? Anarchistes? Casseurs qui veulent en découdre? Difficile à dire. Encore une fois, ce sont aussi des antifascistes qui ont réussi à dégager l'homme. Le plus horrible peut être dans l’histoire, c’est que ces jeunes tentaient de chercher un motif pour justifier les coups. Un membre d’Aube dorée mérite-t-il ce traitement ? Je croyais que la haine et la barbarie était l’apanage des néonazis. Pourquoi alors user des mêmes méthodes ? Pendant tout le pugilat et je me disais que cela aurait très bien pu m’arriver. Il suffisait qu’une personne me pointe du doigt ou que je fasse un geste déplacé et c’était fini. Il était pour moi impossible d’intervenir, de peur qu’en le défendant, je sois considéré moi-même comme fasciste.


Le soir, un homme proche des milieux antifascistes, vraisemblablement un anarchiste de la mouvance antiautoritaire tenant un blog, publie sur facebook un texte depuis repris par Indymedia Athens dont le titre est «Michael était au mauvais endroit, au mauvais moment ». Nikos explique que le comportement de ces hommes étaient honteux. L’homme effectuait son service militaire dans une île et avait eu droit à cinq jours de permission. Il venait de rencontrer un ami dans un café quand il a été pris à partie par des « ‘antifascistes’ » et des « ‘antiautoritaires’ » pour le seul motif qu’il portait un sac militaire. Il ajoute : « Pendant le temps où nous attendions, j’ai essayé de convaincre [Michael]que ces actes ne sont pas ceux de l’anarchisme. Que le pire pour lui serrait que cela le mène à la rage et à la colère, et le faire changer de bord. Lorsque ses amis sont arrivés ils ont été choqué de le voir. Sur tout le chemin, ils nous disaient qu’il n’était possible qu’une chose pareille soit arrivée par des anarchistes. Ils nous demandaient si c’était vraiment des anarchistes, peut-être nous avions eu tort, peut-être que c’était d’autres gens. » L’auteur relève une anecdote tristement ironique. Un enfant rom vendait des roses sur la place et lorsque Michael est frappé, il regarda autour de lui et demanda « Ce sont des membres d’Aube dorée là bas? – Non, lui répond on. Là bas, ce sont des anarchistes. – Ah ! répondit l’enfant, montrant qu’il a compris la différence…ce sont ceux qui nous protègent ! ».

lien:  https://athens.indymedia.org/front.php3?lang=el&article_id=1514505

Et ce qui devait arriver arriva. Des sympathisans d'Aube dorée, très actif sur youtube, ont utilisé ma vidéo. L'un pour décrire ce qui s'est passé explique sous une vidéo issue de la mienne, explique: "Des anarcho-communistes en coopération avec des brutes turcques, attaquent tous les civils qui avancent autour du lieu où Aube dorée tient un requiem pacifique et annuel [...]. Dans la vidéo, on voit un civil être attaqué par 100 ou plus toxicomanes, voyous, anarcho-communiste, un d'entre eux sort un couteau. Le civil est sauvé littéralement au dernier moment, quand plusieurs de ces voyous empêchent et désarment le voyou. Un réfugier politique turque en Grèce (!) dirigeant les attaques communistes et les cocktails molotov, a été arrêté par les forces de police"

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.