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Billet de blog 8 déc. 2013

Lettre d'Athènes: retour sur les émeutes du 6 décembre 2013 (2)

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Le deuxième round commence vers 18h. Une autre manifestation plus importante devait partir devant l'Université d'Athènes, faire le même trajet que celle du matin. Il y avait des anarchistes, étudiants, collectifs anti-autoritaires, enseignants et employers d’hôpitaux victimes de l'austérité... approximativement 5000 personnes en tout. Les participants sont tendus, invectivent traditionnellement les flics et plusieurs journalistes mais ne leur lancent rien. La manifestation est beaucoup plus calme que ce matin, même si la rage était là. Arrivé à Syntagma, rien ne se passe. Une militante grecque m'a dit que les flics avait saisi du matériel d'attaque après la charge vers 13h 30 et que l'action prévue à Syntagma ne pouvait donc plus avoir lieu. Les bâtons qui faisaient office de drapeau avaient été remplacé par des bambous,beaucoup moins offensifs.

De retour devant l'Université, les policiers s'éclipsent sous les insultent et à nouveaux des lancers d'oranges ou de mandarines -véritable mascotte de la journée. Plus de 1000 personnes vêtus de noir se dirigent alors vers Exarchia. Certains ont vu un groupe de plusieurs dizaines de flics en civil s'éloigner des manifestants. Il est 19h45 lors qu'une foule sombre arrive dans la quartier anormalement silencieux. Des manifestants passent par l'endroit ou a été tué le jeune anarchiste Alexis Grigoroupoulos. D'autres se rassemblent sur la place. Pendant quelques minutes rien ne se passent, un étrange silence pèse. Et si les policiers n'arrivaient pas, que se passera t'il ? Rien, ou pas grand chose. Mais à 20h très exactement, les flics remontent l'avenue. Des feux sont alors allumés sur les voies. Immédiatement plusieurs centaines de jeunes se ruent vers eux et tirent des cocktails Molotofs. Les flics répliquent par des gaz, grenades offensives et des flash, ils remontent les rues et cernent les accès qui donnent sur la place. Les échangent sont violents et assourdissant. Dans la confusion, je prends la fuite, avant de rester bloquer sur la place. 

En l'espace de 15 minutes la place où l'air est devenu irrespirable est occupée par les flics. Une sorte de terreur règne. Le silence est interrompu par le crépitement des talkies-walkies des MAT (police anti-émeute) et des tirs de grenades. La "Delta force", les fachos à moto, tourne partout, non pas par paquet de 5 comme c'est le cas habituellement mais par groupe de 20 ou 25. Elle arrête violemment ceux qui tentent de fuir et intimide ceux qui s'approchent d'eux. Les MAT forment alors un blocus. Une véritable chasse à l'homme a lieu toute la nuit. Il fait froid, quelques pétards crèvent le silence. La place est quasiment dans le noir. Une quinzaine de badauds se regroupent autour des kiosques allumés. Seule une photographe est encore sur place. Les batzi se regroupent eux aussi pour tenter d'entrer dans un immeuble où sont réfugiés des anarchistes. Mais ceux ci se sont déjà échappés en sautant par dessus les balcons. Durant tout la nuit, la place est occupée tantôt par les flics tantôt par les anarchistes qui se réfugient dans les immeubles, hôtels et bars. Du haut des toits, ils balancent des pierres et pétards sur les flics. D'autres les narguent. Les MAT sont visiblement très tendus. Alors que je venais de filmer une petite colonne de flics tentant de forcer le grillage d'une boutique où s'étaient réfugiés une demi douzaine de grecs qui les provoquaient, quatre batzi s'approchent de moi et me demande en hurlant d'effacer mes photos. J'efface les efface le plus calmement du monde. Puis un gros flic ressemblant étrangement à un porc me lance « Do you know 'fuck' ? Fuck you ! Fuck you bastard! ». Ces cons n'ont pas compris que j'avais utilisé ma GoPro que j'ai planqué discrètement dans la poche de mon manteau.

L'irréel touche parfois absurdité. Les rues vides et silencieuses sont dans un sale état. Une sensation de chaos émerge. Les feux de poubelles sont désormais éteints, des blocs de pierre et des parterres de fleurs constituent de maigres barricades. Partout traînent des affiches anarchistes et gauchistes que les flics ont arrachées. Un commerce est incendié mais difficile de dire si c'est à cause des casseurs ou des flics en civil. Les taxis desservent toujours la place, une mini cooper rouge slalome entre les débris qui jonchent le sol tandis que je mange des chips en regardant les flics être pris pour cible par des anarchistes hilares sur les terrasses. De 20h à 4h du matin, les forces de l'ordre ont pénétré à quatre reprises sur la place, sans jamais réussir à la tenir.  

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