Rémy P.
Etudiant en sciences politiques, histoire et sociologie.
Abonné·e de Mediapart

24 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 oct. 2013

« Pourquoi la démocratie en Grèce est toujours menacée. »

Rémy P.
Etudiant en sciences politiques, histoire et sociologie.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cet article est la traduction réalisée par mes soins d'une publication de Vassilis K. Fouskas, écrit le 30 septembre, dans le site Open Democracy. Vassilis K. Fouskas est Professeur de politiques et d'économie internationales et le directeur du STAMP (Centre for the study of States, Markets & People) à la Business School of the University of East London et éditeur du Journal of Balkan and Near Eastern Studies.

« Dix jours après le meurtre de Pavlos Fyssas, la coalition pro-austérité Nouvelle Démocratie-PASOK (ND-PASOK) a arrêté la plupart des dirigeants d'Aube Dorée, accusés d'être à la tête d'une organisation criminelle. Pourtant, en raison d'un ensemble de raisons économiques et politiques, la démocratie en Grèce est plus que jamais en danger.

Sous le joug de la troïka (BCE, FMI et l'UE), le gouvernement ND-PASOK a crée un chaos au prétexte de sortir la Grèce du piège du surendettement : coupes drastiques dans les salaires, licenciements et impôts supplémentaires ont amené le pays au bord du précipice sur l'autel du remboursement des dettes et de la recapitalisation des banques par le FMI et la BCE. Ainsi, le chômage officiel atteint presque 30% avec un taux de chômage des jeunes de 60% et une contraction du PIB atteignant plus de 5% par an. A tel point que Klaus Reglig, directeur général de l'ESM, a récemment affirmé que le pays aurait bientôt besoin d'un troisième renflouement. Une réduction importante de la dette est exclue, notamment parce que, selon lui, les conditions d'un renflouement de la Grèce sont très bonnes (c'est à dire que les taux d'intérêt sont très bas).
Le gouvernement de coalition, après presque quatre années d'austérité drastique qui a détruit les classes moyennes et fait éclater le lien social pourrait équilibrer le budget d'ici la fin de l'année et atteindre un surplus primaire, mais cela augmenterait la pression sur les prêteurs, qui devraient alors fournir plus d'argent (ce qui revient à un troisième renflouement) car la dette totale du pays n'est pas soutenable. Cela signifie plus d'austérité pour les Grecs, et donc un processus cyclique sans fin.

Alors que la classe moyenne est petit à petit détruite et étant donné que les élites politiques de ND et du PASOK sont grandement empêtrés dans le vieux régime post-1974 miné par la corruption et par une administration inefficace, l'une des plus importantes conséquences du programme d'austérité, amplement imposé à l’Euro-zone par son principal créditeur – l'Allemagne – ,est la montée des mouvement d’extrême droite populistes. L'austérité a ravivé les vieux idéaux nationalistes et séparatistes - comme en Catalogne- , les anciennes valeurs quasi-racistes comme le Mouvement pour une meilleure Hongrie et, bien sûr, les mouvements néonazi comme Aube Dorée en Grèce. Aube Dorée revendique Constantinople (Istanbul) comme la capitale de la Grèce et affirment que les immigrés sont responsables du fort taux du chômage, et donc qu'ils doivent être chassés de Grèce. Aube Dorée avait approximativement 0,2% des voix lors des élections législatives de 2009, mais lors de celles de mai et juin 2012, il a reçu 8% des voix [7% en fait], et maintenant beaucoup de sondages le donne à 16%.

En Grèce, les choses deviennent incontrôlables. Après l'assassinat de Pavlos Fyssas par un fanatique qui possède des connections présumées avec Aube Dorée, le gouvernement ND-PASOK a fait un pas sans précédent en arrêtant pratiquement l'ensemble des dirigeants d'Aube Dorée accusé d'être à la tête d'un parti qualifié d'organisation criminelle.

Pourquoi le gouvernement ND-PASOK a t-il agit ainsi ? Souhaitait-il se présenter comme le seul garant de la stabilité démocratique et de la sécurité dans le pays, devançant la récupération de votes de protestation de la classe moyenne par la gauche radicale Syriza ? (La coalition a souvent utilisé la « théorie des deux extrêmes » selon laquelle l’extrême gauche et l’extrême droite partagent les mêmes méthodes antidémocratiques). Est ce que ces deux partis ont vu une opportunité de se laver chez eux leur passé de corruption et reprendre l'initiative d'une politique de modernisation et démocratique tout en dénonçant le populisme autoritaire de la Gauche et de la Droite ? Ont-il vraiment cru qu'en arrêtant et interdisant Aube Dorée ils auraient pu offrir une alternative démocratique sérieuse aux problèmes que rencontre le pays ? Est ce que le gouvernement voulait détourner l'attention du public des nouvelles mesures d'austérité sur le point d'être annoncées en se déplaçant sur le terrain plus sur du débat entre politiques démocratique contre le fascisme ou l'autoritarisme ?

La réponse tient peut être en une combinaison de tout cela. Mais qu'importe la combinaison, une chose est certaine, cette action prise par la coalition au pouvoir était rendue nécessaire par les luttes populaires de ces quatre dernières années en faveur d'une démocratie politique, économique et transparente par ces vastes mouvements anti-austérité qui ont secoué la Grèce ces trois dernières années, un mouvement avec des caractéristiques fortement démocratiques, antiracistes et anti-homophobes. Le gouvernement grec pro-austérité conduit par le leader de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, a du répondre à l'ensemble de ces forces. Donc le mérite revient aux luttes sociales et non pas aux décisions bureaucratiques poursuivies par une ou l'ensemble des raisons évoquées ci dessus.

Mais les choses sont compliquées, et la démocratie, en Grèce, n'est pas acquise. Les luttes sociales ont secoué l'ensemble de l'appareil d'état grec, en déliquescence du fait de décennies d'inertie, de l’inefficacité de la bureaucratie et du népotisme. Des factions au seins de l’État, et notamment dans l'appareil de sécurité, se sont clairement penchées du côté de l'extrême droite, épousant une partie ou la totalité du programme populiste et autoritaire d'Aube Dorée. D'autres élites de l'administration d’État ont suivi la coalition ND-PASOK en espérant reproduire leurs privilèges et conserver leurs emplois.

Ces élites ont été entièrement recruté par le programme de la Troïka imposé au pays. Aube Dorée n'est pas un parti anti-système ou anti-corruption. C'est davantage une partie du système qui a généré de nombreux phénomènes destructeurs depuis 1974, des phénomène qui se sont multipliés pendant la période d'austérité drastique, simplement parce que les luttes sociales anti-austérité ont déplacé le terrain des politiques bureaucratiques et modifié l'équilibre des pouvoirs au sein et à l'extérieur même de l’État.

D'un côté il y a l'état profond- sécuritaire avec lequel Aube Dorée a de forts lien, qui rendent les politiciens corrompus de la coalition ND-PASOK responsables de l'impasse où se trouve actuellement le pays, allant jusqu'à les accuser d'ouvrir la voie à un gouvernement « communiste » dirigé par SYRIZA. De l'autre côté, on trouve les « garants de la stabilité démocratique et de la sécurité sociale », c'est à dire la coalition NS-PASOK. Ce conflit de pouvoir au sein de l'Etat a conduit à la récente décision de Samaras et c'est ce conflit qui produit le plus (et non pas moins) d'autoritarisme dans le pays.

Ainsi, l'euphorie de la coalition, si tant est qu'il y en a une, sera de courte durée. Le gouvernement a agi sous la pression du mouvement démocratique mais la décision prise n'a pas été dicté par le mouvement, mais par l'agenda politique et électorale du gouvernement.

La décision est mauvaise et elle va rapidement connaître un échec, car c'est une décision qui donne un statut héroïque aux néonazis, Tout en renforçant le bras autoritaire de l'état grec, précisément celui qui est contrôlé par les forces proches d'Aube Dorée, qui peuvent à tout moment contaminer les autres élites administratives, encore contrôlées par le gouvernement. Cela pousse la précaire coalition dont la majorité parlementaire ne tient qu'à trois votes, à diriger de plus en plus par décrets, afin de faire passer les mesures d'austérité requises par la troïka et en mobilisant la branche sécuritaire de l'appareil d’État. Les craquements dans l'appareil d’État grec sautent aux yeux. Un combat fratricide a déjà commencé entre les factions qui auparavant avaient tout et sont aujourd'hui sur le point de tout perdre.

La décision prise par le fragile gouvernement de Samaras d'arrêter les leaders d'Aube Dorée est une décision mal conçue. Elle ne s'attaque pas aux racines du problème que sont les politiques imposées au pays par la troïka. Et cela accentue la lutte de pouvoir entre les fractions croulantes au sein de l'appareil d’État, générant davantage, et non pas moins, d'autoritarisme, tout en attribuant un statut héroïque aux néonazis. Cette nouvelle gaffe du gouvernement grec, si elle doit s'ajouter au désastre à venir dans le domaine économique du fait des obligations du pays auprès de ses créditeurs, ne sera rien moins que tragique et aboutira à une démocratie aux institutions encore plus précaires. Une fois encore, la responsabilité de cette tragédie revient, comme par le passé, aux deux partis qui ont dirigé la Grèce depuis 1974, ND et le PASOK. Il est temps que le peuple grec se débarrasse d'eux. »

lien de l'article original:  http://www.opendemocracy.net/can-europe-make-it/vassilis-k-fouskas/why-democracy-is-still-in-danger-in-greece

Rémy P.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par «Le Figaro»
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Écologie
Incendies en Gironde : « C’est loin d’être fini »
Dans le sud de la Gironde, le deuxième mégafeu de cet été caniculaire est fixé mais pas éteint. Habitants évacués, élus et pompiers, qui craignent une nouvelle réplique, pointent du doigt les pyromanes avant le dérèglement climatique, qui a pourtant transformé la forêt des Landes en « grille-pain ».
par Sarah Brethes
Journal
Des avocates et journalistes proches de Julian Asssange poursuivent la CIA
Deux journalistes et deux avocates ont déposé plainte contre l’agence de renseignement américaine et son ancien directeur, Michael Pompeo. Ils font partie des multiples proches du fondateur de WikiLeaks lui ayant rendu visite dans son refuge de l’ambassade équatorienne de Londres alors qu’il était la cible d’une vaste opération d’espionnage.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Migrations
Des femmes et des enfants exilés condamnés à rester dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, survivaient dans la rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Saisi par un avocat et une association, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté leur requête ce mardi 16 août.
par Nejma Brahim

La sélection du Club

Billet de blog
« Le canari dans la mine de charbon » : chronique annoncée de la crise du Sri Lanka
La grave crise économique que traverse le Sri Lanka, la suspension du paiement de la dette souveraine et le soulèvement populaire de 2022 ont attiré l’attention du monde entier. Le Sri Lanka est décrit comme le « canari dans la mine de charbon », c’est-à-dire un signe avant-coureur de l’avenir probable d’autres pays du Sud.
par cadtm
Billet de blog
Russie, une guerre criminelle, une opinion complice ?
Une analyse du sociologue russe Lev Goudkov, qui démonte les leviers de la propagande du pouvoir russe et y voit l'explication du soutien passif, mais majoritaire apporté par la population russe à l'intervention militaire en Ukraine. Il ne cessera, selon lui, qu'avec un choc qui lui fasse prendre conscience des causes et des conséquences de la guerre, processus qui n'est pas encore engagé.
par Daniel AC Mathieu
Billet de blog
Quand la langue nous fait défaut
Les mots ne sont plus porteurs de sens, ils ne servent qu'à indiquer ce que l'on doit penser et ce qu'il est interdit de penser. La réaction du gouvernement français aux bombardements de Gaza le démontre une fois de plus.
par ekeland
Billet de blog
Les talibans en Afghanistan : un an de pédocriminalité, de mariages forcés et de suicides
[Rediffusion] Cela fait presqu'un an que les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan. Depuis août 2021, plus d'une centaine de femmes ont été assassinées ou se sont suicidées en Afghanistan. Les talibans apprennent aux enfants à tirer et les exploitent sexuellement.
par Mortaza Behboudi