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Billet de blog 17 oct. 2013

« Répression d'Aube Dorée, une initiative grecque ou une pression internationale ? »

Rémy P.
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Ceci est la traduction d'un article publié par Andreas Yiannaros publié sur Open Democracy le 3 octobre. 

"Le Conseil de l'Europe a longtemps fait pression sur le gouvernement grec afin qu'il suspende les activité de cette organisation [Aube Dorée]. Mais il a fallu du temps et beaucoup de drames avant que ces mesures ne soient prises.

La décision historique du vice procureur général de la Cour Suprême Grecque d'Athènes qui a conduit à l'arrestation du chef et des membres d' « Aube Dorée », un parti politique nationaliste dont l'idéologie se fonde sur le néo-nazisme, était un geste longuement attendu de la part du gouvernement grec qui a pris conscience du vaste mouvement national de protestation après le meurtre d'un rappeur antifasciste dans le centre d'Athènes [inexacte : dans le quartier Keratsini, proche du Pirée] par un membre d'Aube Dorée.

Le rapport du vice procureur général, Ch. Vourliotis, rendu public récemment, donne une idée des activités criminelles de l'organisation et expose les bases légales qui rendent possibles l'arrestation de ses dirigeants. Selon le ministère de l'Ordre Public qui a permis à la Cour Suprême de commencer l'enquête préliminaire, le gouvernement était resté soucieux que les activités de l'organisation n’excédaient pas la limite d'incidents isolés à un niveau tel qui aurait pu représenter un danger à l'ordre public dans le pays et porter atteinte aux obligations de droits de l'homme tant au niveau européen qu'international ainsi qu'aux engagements de la Grèce. Les conclusions du rapports reflètent le point de vue émis précédemment par le Commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Nils Muižnieks, qui, dans un rapport du 16 avril 2013 qui a suivi sa visite en Grèce faisait état que :

« La Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (ICERD) et la Convention Européenne aux Droits de l'Homme, tous les deux ratifiés par la Grèce, permettent l'imposition de sanctions et de restrictions (même pénales) sur les activités de ses individus et des organisations politiques, incluant des partis politiques comme « Aube Dorée », quand les preuves révèlent qu'ils défendent et sont directement ou indirectement impliqués dans des violences racistes, incitent à la haine raciale et s'opposent à plusieurs principes élémentaires de la démocratie et aux lois. De tels partis politiques doivent être interdits, comme l'a prescrit l'ICERD, et arrêter de recevoir des subventions de l’État qui sont normalement fournis aux partis politiques. »

Dans son rapport, la Cour Suprême décrit comment le groupe qui d'abord est apparu aux débuts des années 1980 s'est transformés en une formation politique intitulée « Aube Dorée » qui, selon son statut, a une section politique et une section d'action directe qui effectue des agressions violentes contre ceux que l'organisation considère comme des ennemis. Le chef de l'organisation est définit selon le « Führerprinzip » [conformément à la doctrine d'Hitler] et ses pouvoirs sont sacrés et non-négociables, tandis que le rapport explique comment les immigrants, les Rroms, les handicapés et ceux qui ne se conforment pas aux idées de l'organisation sont désignés comme des « sous-hommes ». La structure de l'organisation armée requiert une obéissance aveugle aux commandements des supérieurs, alors que les agressions violentes sont commises par les plus jeunes membres.

L'une des conclusions les plus saisissantes concerne le recrutement des « Bataillons d'Assauts » selon une méthode qui copie les techniques de ceux qui servent dans les unités d'élite des Forces Armées, et, plus important, l'utilisation variées d'armes qui sont gardées dans un lieu caché près des camps d’entraînement. L'implication des mineurs dans l'organisation est aussi examinée dans le rapport qui relève que « le planning des rendez-vous des membres aux bureaux des organisations locales d'Aube Dorée inclut la participation d'orateurs invités, incluant des mineurs ».

La Cour Suprême conclut que Aube Dorée est une organisation criminelle et identifie 11 délits qui ont été commis jusqu'à présent par ses membres, incluant autres autres, homicide involontaire, homicide volontaire, tentative d'homicide, vols, détention de matériels explosifs et d'autres violations liées aux matériels explosifs, coups et blessures volontaires et trouble à l'ordre public.

Le rapport révèle aussi qu'un faible nombre d'agents de police ont assisté les membres de l'organisation dans la commission d'actes criminels et appelle à approfondir les recherches sur ce sujet. Le rapport conclut que, à la lumière des découvertes de la Cour Suprême, l'arrestation et les poursuites des dirigeants et des membres de l'organisation est justifiée sur la base de l'article 187 du Code Criminel qui criminalise la formation d'un groupe structuré en activité constante qui cherche à commettre des délits parmi ceux listés dans les clauses correspondantes du Code Criminel.

Bien qu'il soit possible que le système judiciaire grec prenne finalement des mesures qui empêchent l'organisation de commettre d'autres actes criminels, les révélations du rapport n'ont pas semblé avoir eu un impacte important sur les consciences. Les arrestations théâtrales ont peut être marquées les esprit, mais les citoyens grecs ont bien été au courant des crimes commis par les membres d'Aube Dorée, une formation politique qui a cru son poids électoral en raison de la colère des grecs à l'encontre des échecs des mesures politiques du gouvernement. Malgré le fait que le Conseil de l'Europe a longtemps fait pression sur le gouvernement grec afin qu'il fasse de telles enquêtes et qu'il suspende les opérations de cette organisations, il a fallu du temps et beaucoup de drames avant de prendre enfin ces mesures préventives.

Le combat contre cette « organisation criminelle », telle qu'elle est désormais désignée par la Court Suprême Grecque, a sans doute été rendu possible par les preuves évidentes de liens entre ses membres et d'importantes activités criminelles, mais on est loin de sa destruction. Ce qui reste de plus difficile à faire pour le gouvernement grec et de trouver un moyen ingénieux de canaliser la colère contre les mesures politiques qui ont conduit le pays au bord de l'effondrement économique, et de rendre possible le développement dans le pays d'un système politique, sociale et économique sain afin qu'il ne soit désormais plus possible d'avoir recourt à l'extrémisme. "

Rémy P.

Source: 

http://www.opendemocracy.net/can-europe-make-it/andreas-yiannaros/golden-dawn-crackdown-greek-initiative-or-international-pressur

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