Après l'entretien Hamon-Mélenchon : réexigeons l'unité

Mon mail post-traumatique à mes camarades de la France Insoumise de la 4e circonscription de Paris

Bonjour à toutes et tous,

 

Faute de temps pour militer en ce moment, faute aussi d'être convaincu de l'utilité de militer dans un contexte où on a deux candidatures de gauche qui s'empêchent l'une l'autre, vous ne m'avez pas vu beaucoup.

 

Je vous écris néanmoins parce qu'il me semble nécessaire de faire des démarches en faveur d'une candidature unique pour le 1er tour des présidentielles, je ne sais pas si certains d'entre vous ont déjà fait des choses en ce sens, si c'est le cas, je souhaiterais me joindre à vous.

 

Je suis convaincu du fait que la France insoumise propose le programme le plus abouti dans la plupart des domaines (écologie, démocratie, lutte contre l'évasion fiscale, UE, santé, éducation...). Néanmoins, il y aurait peut-être lieu d'élaborer quelque chose de plus ambitieux en matière de partage du temps de travail avec les équipes de Hamon (32h sans étape intermédiaire = 1,6 million emplois créés, contre 350 000 pour les 35h).

 

Il faudrait surtout que nous nous donnions les moyens de faire appliquer dès 2017 un programme qui impose une trajectoire plus ambitieuse (plus à la hauteur des enjeux) en matière de lutte contre le réchauffement climatique (on va attendre 2022? 2027? qu'il soit trop tard?), de renouvellement démocratique et d'avancées sociales.

 

Je suis parfaitement conscient du fait qu'une bonne partie des investitures PS pose problème. Que Benoît Hamon lui-même n'est pas allé jusqu'au bout dans son opposition à la loi travail lorsqu'il était député, et qu'il a fait passer un certain nombre de mesures pourries lorsqu'il était ministre de l'Education (j'en sais quelque chose, je suis prof).

 

Cependant, il y a de fortes exigences derrière sa candidature, et même s'il essaie de ménager l'aile droite de son parti pour éviter un putsch interne, la pression citoyenne va le contraindre à appliquer son programme. Et la pression citoyenne sera d'autant plus forte si la France insoumise fait partie d'une majorité où elle peut jouer le rôle d'aiguillon.

 

Si la gauche ne passe pas au premier tour des présidentielles - ce qu'elle ne peut faire qu'en étant unie -, je vois mal comment elle va se rattraper aux législatives.

 

Je reconnais beaucoup de qualités à Mélenchon, qui est très convaincant, profond et pédagogique sur nombre de points du programme, et en particulier l'écologie. En tant que candidat à la présidentielle, il va cependant se heurter à un plafond de verre qui est moins dû à la radicalité de certains points du programme qu'à son attitude belliqueuse (remettre des gens en place est une chose, être agressif en est une autre) et à sa tendance à édulcorer ou passer sous silence les actes d'un certain nombre de régimes (syrien, russe, cubain, et j'en passe). Sans oublier son auto-désignation à la tête du mouvement, problématique pour un champion de la démocratie.

 

Je pense donc que Hamon, malgré certaines ambiguités, son parcours que certains qualifient d'arriviste, est le candidat qui a le plus de potentiel. C'est un meilleur communiquant, capable d'être incisif mais aussi de rassembler, ce que Mélenchon ne peut pas faire. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne va pas falloir le marquer à la culotte, mais la première étape dans l'application d'un programme de gauche est de remporter les élections. Si une candidature de Mélenchon était tout à fait légitime à côté de François Hollande en 2012, il y a aujourd'hui plus de convergences possibles avec Hamon, et aussi un poids relatif du PS moindre aujourd'hui, qui peut permettre à la France insoumise d'avoir plus de poids dans les négociations, si tant est qu'on veuille bien ne pas se rabougrir dans une opposition qui a toutes les chances d'être stérile.

 

"Dans une lettre adressée à un ouvrier membre du Parti communiste allemand en 1931, Léon Trotsky s’oppose vivement à la stratégie du PC communiste allemand. Celui-ci part de l’idée qu’il est impossible de vaincre le fascisme, sans avoir vaincu au préalable la social-démocratie allemande : « Cette idée, Ernst Thälmann la répète sur tous les tons. Est-elle juste ? Cette idée est juste du point de vue de la stratégie révolutionnaire dans son ensemble, mais devient un mensonge, et même un mensonge réactionnaire une fois traduite dans le langage de la tactique. Est-il vrai que pour faire disparaître le chômage et la misère il faut détruire au préalable le capitalisme ? C’est vrai. Mais seul le dernier des idiots en tirera la conclusion que nous ne devons pas nous battre aujourd’hui de toutes nos forces contre les mesures qui permettent au capitalisme d’augmenter la misère des ouvriers. »

 

Trotsky rappelle qu’en 1917, les bolcheviks ne se contentèrent pas de lancer un appel général aux ouvriers et aux soldats, mais proposèrent aux socialistes révolutionnaires et aux mencheviks un front unique de combat, et créèrent avec eux des organisations communes pour la lutte." (https://blogs.mediapart.fr/philippe-marliere/blog/240217/benoit-hamon-un-vote-trompe-la-mort)

 

Aujourd'hui, aussi bien le PCF que le POID (qu'on ne peut pas vraiment soupçonner d'aimer Hamon ou le PS) militent pour une candidature unique. On a, d'un côté, même si ce n'est que partiellement satisfaisant, une chance d'avoir une gauche au pouvoir qui peut, avec la pression citoyenne, faire avancer les choses dans le bon sens. De l'autre, on peut aussi opter pour la politique du pire et laisser passer Macron ou le candidat LR, éventuellement Le Pen (je ne crois pas trop à cette dernière hypothèse, mais on ne sait jamais). Dans ce cas-là, même si la France insoumise obtenait le pouvoir aux élections suivantes, bon courage pour rattraper les dégâts, et le retard dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Par conséquent, je vous propose que nous écrivions une lettre au candidat de la France insoumise pour lui demander de relancer les négociations avec Hamon de manière à obtenir l'unité. S'il met en jeu son désistement, on pourrait sans doute obtenir beaucoup en matière d'investitures et d'éléments programmatiques. A débattre dans une prochaine réunion?

 

Bien à vous,

 

Rémy VICTOR

 

[Ajout du 27/02 :

- Pour trancher sur les divergences programmatiques (notamment sur la question de l'UE), pourquoi ne pas faire des referendums une fois que la gauche sera au pouvoir, plutôt que de se priver d'y accéder à partir d'un programme commun?

- Pour éviter d'avoir deux candidats concurrents, pourquoi ne pas faire un ticket Mélenchon/Hamon où l'un serait Président, l'autre Premier Ministre en fonction de son ordre d'arrivée soit dans une nouvelle primaire, vraiment de gauche cette fois-ci, soit dans un tirage au sort?

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