A QUELLE CONDITION L’EUROPE EST-ELLE POSSIBLE ?

Depuis une vingtaine d’années, une grande partie de l’électorat français est devenue très sceptique sur le bien fondé de l’Union européenne. Le Parlement n'a pas pouvoir d'initiative et même si le président de la Commission doit-être, désormais, choisi de manière conforme à la majorité parlementaire, la légitimité de l'exécutif européen installé par le traité de Lisbonne de 2007 est bien plus technocratique que démocratique.

Les éditorialistes réactionnaires et souverainistes ne cessent d'appeler à la sortie de l'euro et de l'Union européennne. La négociation que les gouvernements voulaient secrète pour instaurer un grand marché transatlantique est une véritable agression contre la démocratie. Les mouvements progressistes sont exaspérés par les simulacres démocratiques du Parlement européen. L'abstention des électeurs est révélatrice de leur désintérêt pour l'Union européenne et les appels au boycot électoral donnent la mesure de la gravité de la situation.

L’Union Européenne est confuse sur le plan politique et, parce qu'on ne sait pas où sont les limites de la souveraineté des peuples, elle est incapable d’assurer équitablement la répartition des fruits du travail et de l’activité. Mise en oeuvre par des gens qui, pour nombre d'entre eux, se seraient fort bien passé et se passent encore très bien de la volonté des peuples, elle souffre d’un déficit démocratique évident depuis sa création.

Avec l'objectif sans cesse réaffirmé de la défense de la concurrence et non faussée, on ne voit pas ce que les peuples ont à gagner dans un dispositif qui promet le bien-être tout en aplliquant des politiques d'austérité qui ruinent les citoyens. Pour couronner le tout, la mise en oeuvre systématique des théories monétaristes qui jouent la carte du "tout marché" en interdisant aux parlements de pratiquer des impasses budgétaires pour assurer des politiques de relance ou des équipements structurels a endetté les Etats auprès de prédateurs financiers qui semblent tenir les commandes.

Les choix européens se sont orientés vers des théories de la formation du revenu qui sont fausses sur le plan de l’intérêt général parce qu’elles ne satisfont que des intérêts particuliers. Ces deux registres sont en contradiction et il ne faut pas être grand clerc pour prévoir un épisode violent inévitable.

L’Europe des marchands, des rentiers et des accumulateurs de profits renvoie aux conduites de l’oligarchie romaine des deux derniers siècles de la République qui ne voulait ni d’un roi ni du peuple, de manière à conserver le pouvoir sous des formes qui lui convenaient et qu’elle avait nommées Res Publica. Les partis politiques dominants dans l’Union européenne semblent très inspirés par les citoyens romains organisés mais assujettis aux puissants patriciens et plébéiens parvenus. Ils leur servaient tout à la fois de mercenaires et de caution pour maintenir le peuple de Rome et tous les citoyens romains sous la tutelle de l’argent accumulé, et ce régime, très largement ploutocrate, n’avait que bien peu de choses à voir avec la démocratie.

L'europe institutionnelle peut se dissoudre sous la pression des nationalismes ou donner naissance à un monstre impérial. L’Europe doit donc, de toute urgence, être repensée dans ses fondements institutionnels sinon, à l’image de la république romaine, elle ne fera qu’affaiblir sa capacité parce que ses peuples affamés ne la suivront plus. Nous, citoyens européens, nous redeviendrons alors la proie du crime organisé ou des meutes fascistes qui n’auront de cesse de profiter de toutes les carences institutionnelles pour détruire nos opportunités d’instaurer une véritable coopération planétaire des peuples.

L’histoire ne fait jamais marche arrière ! L’Union européenne sortie de l’Acte Unique Européen est une impasse politique qui ne peut plus produire que des épreuves. Une convention instaurant l’union fédérale des peuples européens est la seule condition pour que l’Europe sociale et politique puisse s’instaurer.

Oui, une fédération européenne est nécessaire et, depuis Pierre Joseph Proudhon et Victor Hugo, on ne cesse de la réclamer. En espérant qu'il ne soit pas trop tard, saluons la renaissance du projet fédéraliste européen. Mais encore faut-il savoir ce que l'on met dans ce projet.

http://www.youtube.com/watch?v=TjOuwyTdS80

René de VOS

Février 2014

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