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Billet de blog 13 oct. 2017

LAURENCE DEBRAY < DU COEUR ET DU CARDIAQUE

Brûlant livre que celui-ci. Et un sacré uppercut à encaisser pour certains.

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“ Je prends religieusement mes gélules d’omega 3 tous les matins, aussi attentive au contenu de mon assiette qu'à ma cohérence cardiaque”.

On comprend dans le décours de ces 310 pages du livre de Laurence Debray que la pilule a du être amère et dure à avaler.

 Le titre, Fille de révolutionnaires, s'il ne bouscule pas l’arbre généalogique de l'auteur, remise en tous cas au rayon gadget les mots “papa” et “maman”. L'enfant a  t il pu seulement les prononcer ? Ou appelait il ses parents par leur prénom? En dépit de la désaffection de ces mots, de leur décapage aussi par les inoxydables idéaux parentaux, la filiation semble d'une heureuse ténacité.

 Le lecteur est gagné par ce fiel dont parle Laurence Debray dans ses remerciements et qu'elle semble inoculer à son insu dans son écriture. C’est de transmission dont il s’agit aussi, dans une certaine mesure, dans ce livre.

A condition d'être au clair pour ce qui sépare l'histoire telle qu’elle se raconte ici, de l'inénarrable historisation, qui cependant pommèle par son envers le récit. Ce fiel qui vient à la petite puis à la jeune fille, et enfin à la femme jeune mère, ne serait il pas un produit de transformation ?

Si la portraiture des parents est limpide, c’est bien en pointillés ce qu’indique cette saga. Car on leur avait déjà transmis cette substance, plusieurs fois mutée au fil des générations précédentes : des grands parents aux parents, et avant encore, ainsi de suite. Chacun y a donc eu sa part qu’il se devrait d’assumer ou qu’on devrait lui faire assumer. Mais en quel lieu de l’Autre cela a t il commencé au juste?

Et puis c’est aussi un livre sur le réveil.

 “Mais un jour, je me suis reveillée. Un accident de voiture m’imposa de longs mois de souffrance et d'immobilité Je fus remplacée dans la seconde au bureau”. Finie les rêveries ! Car Irremplaçable elle voulut devenir, lui glissant des mains comme une savonnette.

Voilà le réel qui pique sa crise, pour ainsi dire, mais  permet aussi à la jeune femme de faire le tri. Ce qu’elle capte illico.  N’est ce pas l'écriture qui se révèle en fin de compte bien plutôt être la mega pilule ? La seule qui vaille quand l’appel de la petite fille n’a plus aucune chance d'être entendu, une fois les dés symboliques jetés. Il y aurait bien la psychanalyse mais…Il est à craindre qu’elle n’ait été rangée au rayon des vieilles breloques...peut être pas après tout, puisque l’auteur l'évoque pour ses propres enfants.

Par l'histoire familiale elle-même on entre de plain pied autant dans l’Histoire que dans celle qui remue au présent certains pays d'Amérique latine. Laurence Debray nous fait aussi côtoyer des figures touchantes du monde des arts et de la politique. Et nous confronte à  l’idéalisme gauchiste de ces années 60/70 qui a certes bien gauchi aujourd'hui. Sur cette scène les spotlights sont bel et bien éteints.

Mais quelque part, dans les Écrits d’un certain Jacques L…., un peu psychiatre, un peu psychanalyste, continue à luire une série - non pas de celles télévisées- plutôt de figures indémodables et inextinguibles. Et Le ou La révolutionnaire pourraient y avoir toute leur place " tous idéaux qui ne lui offrent que trop d'occasions d'être en posture de démérite, d'insuffisance, voire de fraude". La plupart sont-ils ( je devrais dire sommes-nous) aller jusque-là ? Seule pourrait le dire leur descendance. Une fois accomplie son oeuvre -si ledit révolutionnaire a eu cette opportunité d'accomplissement comme il en fut pour les parents de l’auteur- de révolutionnaire, c'est en tous cas tout de go au révolu qu'il a glissé aujourd'hui. Larguant dans le même temps le mot lui- même dans des zones à hauts risques  : aujourd'hui c'est de révolution numérique qu’il s’agit, voyez le pétrin où nous nous trouvons! On devra aussi  à l'écrivain, dans ce livre qui se lit en une bouffée, de nous faire partager la flamboyante et hispanophone vitalité latine qui l’ a tant réconfortée et réchauffée. C'est donc un livre aux contrastes et aux angles vifs, si vifs, et forts, si forts.

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