A propos de Giorgio Agamben "De l'Etat de droit à l'Etat de sécurité"

Giorgio Agambem,de sa place de philosophe, dégage 3 points sur la situation de la démocratie en France. Ces trois points sont : le maintien d'un état de peur généralisé, la dépolitisation des citoyens, le renoncement à toute certitude de droit. Il évoque aussi ce qui s'est passé avec l'Etat nazi.

Pour notre part, nous nous prononcerons ici sur l'un de ces points: la dépolitisation des citoyens. A ce propos il souligne que "la participation à la vie politique se réduit aux sondages électoraux". On pourrait y ajouter aussi le vote lui-même, qui devient la BA du citoyen, BA qui semble le rendre par ailleurs impuissant. La dépolitisation a ses déterminants, parmi lesquels  la culture économique avec son prolongement dans chacune des enterprise en culture d'entreprise. Dans ces expressions, ce sont les mots "entreprise" et économique', qui importent. Le mot culture n'en subit que leur effets distorsifs, là où sa signification s'évade du sens que nous lui prêtions. L'idéologie économique, qui cultive les référents chiffrés et le scientisme économique, est avant tout une idéologie de la dépolitisation. Que cette idéologie produise l'adhésion, et son application forcenée dans le contexte du travail, ou bien ( ou avec) le ressentiment, la rancoeur qu'elle génére pour celui qu'elle dépossède et marginalise à petits feux. Que ce soit donc pour le chômeur ( plus de six millions) ou pour ceux qui ont un emploi sous contrainte d'un certain "savoir-être", incessament évalué, elle véhicule avec elle la corrosion de la politisation. On peut bien ensuite accomplir à moindre frais l'acte de vote mais, dans le quotidien, c'est cette idéologie qui pourra nous séduire, et à laquelle on nous demandera (exigera) de nous conformer  Car contrainte et séduction vont de pair pour produire l'intimidation. L'idée qui prolonge cette idéologie délètère à l'échelon gouvernemental est celle de la contraction de la dette. Vient s'y ajouter le fait que ceux qui travaillent ont de moins en moins de latitude pour se réaliser dans ce qu'ils font, les conseils d'aministration et l'ensemble d'actionnaires dictant la marche à suivre, c'est à dire les réorganisations répétives, récurrentes, qui plombent le rapport au travail de chacun, et accélérant l 'automatisation et la fragmention de ce travail, auxquelles la technologie et le scientisme viennent prêter main forte.

http://www.detressesautravail.org/index.php/actualite-brulante

La culture d'entreprise est un détersif pour le sens politique, et aussi pour le sens que chacun est amené à donner à sa propre vie. Un sens, qui dans ce cas, n'est plus à son initiative, car il est saturé par celui qui s'échappe de la sphère produire/consommer dans laquelle nous sommes tous en permanence plongés ( on peut je crois utiliser la modalité de l'universel) . Oui, l'idéologie d'entreprise, comme toute idéolgie d'ailleurs, a cette propriété de faire shifter un individu de ses assises propres. Pris en masse dans cette foule organisée, selon les termes du sociologue Gustave Lebon sur lesquels Freud a trouvé appui, il s'évade de sa sphère familière, familiale aussi, qui peuvent alors lui devenir étrangères. Voyez le film Le diable s'habille en Prada, ou bien récemment l'excellent téléfilm diffusé sur France 2 intitulé  Quinze jours ailleurs. Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.