Le radical de la langue ne peut être que le sujet lui-même. Que celui qui écrit, non seulement ne l’oublie pas, mais en fasse sa catapulte, alors son écriture a des chances de nous ouvrir à la vie de la langue elle-même. Il n'y a alors d'autre message que l’écriture qui nous met en compagnie de la langue.La langue portée par l’écriture, alors lieu du « parlement » avec le lecteur, quand partout ailleurs ils "parlent-mentent". En ce sens, écrire est politique.

Il y en a que cela ne va pas rassurer. Les quatre lignes en 4ème de couverture sont pour eux : « Au bord de l’Hudson à Manhattan, Jasper, né au moment où les tours du Word Trade Center viennent d’être percutées, fasciné par l’Europe et la peinture hollandaise du XVII siècle, écrit dans son cahier pour ne pas oublier ce qu’il vit. ». Certes, il y a des binaires qui traversent le livre comme des fantômes. Cette ville où manquent aujourd’hui deux tours qui manquent à tout pays, sinon au monde. Ce continent de l’autre côté avec ses ponts de pierre et sa peinture hollandaise et dont l’histoire irradie par-delà les océans. Il y a Jasper et son mutisme qui écrit ce qu’il vit. Il y a cette femme du continent, aux couleurs européennes. Mais le personnage le plus émouvant, c’est bien la langue elle-même. L’écriture la cherche et la trouve. C’est à tout instant que nous sommes conviés à cette trouvaille. Apprendre de la langue, apprendre à la source, au « bruissement générique » de la langue. L’écriture d’Edith Msika est une écriture qui nous parle, au transitif comme à l’intransitif. Et elle ne transige pas là-dessus.

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