René Thibaud
Abonné·e de Mediapart

126 Billets

0 Édition

Billet de blog 4 mai 2021

René Thibaud
Abonné·e de Mediapart

Un spectacle banal

René Thibaud
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'observe les joyeuses retrouvailles des hirondelles. Un nouveau groupe de migrants arrivé ce matin, avec le soleil matinal, chaud déjà. Je ne le prends pas comme une coïncidence fortuite, ce double renouveau me suggère plutôt qu'ils sont portés d'un même mouvement, l'atmosphère et les oiseaux.
Un ramier sur une antenne tourne la tête comme moi pour suivre leur vol. Leurs circuits virevoltants ne les éloigne pas beaucoup des deux ou trois pâtés de maisons où nous sommes et où elles ont leurs nids sous les gouttières. Ce sont d'incessantes métamorphoses que leurs battements d'ailes déployées en delta, refermées, rouvertes sur leurs ventres de poisson blanc, noirs pétales, fleurs grises, godillant, tricotant, fusant. Elles s'insèrent dans les danses des martinets, se faufilent au milieu des courses de leurs couples, de leurs trios, sans qu'aucun heurt, qu'aucune erreur de rythme ou d'harmonie ne semble possible. La traversée tranquille des corneilles, des freux, les décollages, les moulinages de tourterelles, tout prend sa place comme dans une peinture de Bruegel ou de Jérôme Bosch.
En bas sur la chaussée le passage des voitures est incessant, leur ronronnement obsédant poursuit ses objectifs.

« Un des derniers chefs-d’œuvre de Bruegel, les Aveugles (Naples, Musée national), date de 1568. Cette toile se passe de toute explication. Le spectateur est saisi d'une émotion profonde qui n'est pas due à une accumulation d'horreur, comme dans le Triomphe de la Mort, ou à une méditation élevée comme dans les tableaux du 16e siècle italien. Le trouble provient du sentiment de catastrophe inévitable qui envahit la procession des six aveugles qui s'avancent à la queue-leu-leu dans la campagne, se tenant par la main ou par leur bâton. Le chef de file est tombé dans la rivière, le second trébuche déjà, le troisième va trébucher. Le quatrième pressent le danger, les deux derniers ne se doutent de rien. Le jeu des physionomies montre la gradation des sentiments. Il n'y a pas lieu d'analyser ici minutieusement les moyens grâce auxquels le peintre est arrivé à rendre le sens de fatalité, l'impression de chute inévitable. Pour les contemporains de Bruegel, cette scène présentait un mélange de ridicule et de cauchemar. Dans toute la tradition du Moyen Age jusqu'à l'époque moderne, les aveugles sont des vagabonds, et ceux-ci, avec leurs haillons et leurs instruments de musique, pour attirer la pitié et la compassion des passants, appartiennent manifestement à l'espèce des mendiants. Au temps de Bruegel, c'était un spectacle banal.»

Citation de Andreas Grote, Pierre Bruegel, in Grands Peintres, 1966

Pierre Bruegel, Autoportrait (ou le Peintre et l'amateur), Vienne, Académie Albertina

Les Aveugles

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Un comité de l’ONU défend Assa Traoré face à des syndicats policiers
La sœur d’Adama Traoré a été la cible de messages virulents de la part de syndicats de policiers après avoir été auditionnée par le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale des Nations unies. Ce dernier demande au gouvernement d’ouvrir des procédures, si nécessaire pénales, contre les auteurs.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Violences sexistes et sexuelles
Ce que révèle l’enquête, classée sans suite, visant le chanteur de No One Is Innocent
Mediapart a consulté la procédure judiciaire visant Marc Gulbenkian, figure du rock français, accusé d’agression sexuelle par l’une de ses proches. Alors que la plainte a été classée le 2 novembre, l’avocate de la victime, qui s’appuie sur un enregistrement versé au dossier, dénonce une « hérésie » et annonce un recours.
par Donatien Huet
Journal
Des logements « vite et pas cher » : l’immense défi marseillais
Le premier Conseil national de la refondation (CNR) délocalisé et dédié au logement s’est tenu à Marseille. La deuxième ville de France, où les prix s’envolent avec une gentrification accélérée de certains quartiers, compte aussi une trentaine de bidonvilles. Le chantier du logement digne reste immense.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Paris 2024 : cérémonie d’ouverture entre amis
Le comité d’organisation des Jeux vient d’attribuer le marché de la cérémonie d’ouverture sur les bords de Seine. Le vainqueur : un groupement dont une agence est liée au « directeur des cérémonies » de Paris 2024, qui avait justement imaginé le concept.
par Sarah Brethes et Antton Rouget

La sélection du Club

Billet de blog
Péripéties ferroviaires en territoire enclavé
Destination France Déchéance, ou Manifeste sur un service public en érosion. Il s'agit dans ce court billet de faire un parallèle entre le discours de la Région Occitanie, celui de vouloir désenclaver des territoires ruraux, comme le Gers, et la réalité que vivent, voire subissent, les usagers du réseau ferroviaire au quotidien.
par camilleromeo28
Billet de blog
Merci pour ceux qui ont faim
Aujourd'hui, samedi, je me rends au centre commercial pour quelques courses. Il est dix heures, et celui-ci est déjà plein de monde : des jeunes gens surtout, des filles entrant, sortant des boutiques de mode, quelques-unes les bras chargés de sacs.
par cléa latert
Billet de blog
« Économiser ils disent ? Je le faisais déjà ! »
Cette mère, dont j'accompagne un des enfants en tant qu'éduc’, laisse ostensiblement tomber ses bras. Elle n’en peut plus : le col roulé, les astuces du gouvernement pour économiser l'énergie, c'est une gifle pour elle. « Des trucs auxquels ils ne penseraient pas, de la débrouille pour économiser des centimes, je suis une pro de la pauvreté ! Face à des pros de l'entourloupe...»
par Mouais, le journal dubitatif
Billet de blog
Y-a-t 'il encore un cran à la ceinture ?
Elle vide le contenu de son sac sur toute la longueur du tapis roulant de la caisse, réfléchit, trie ses achats, en fait quatre parties bien séparées, un petit tas de denrées alimentaires, un livre, un vêtement. Elle montre un billet de 20 euros à la caissière et lui parle. « Tiens » me dis-je, elle a bien compris la leçon du Maître : « Finie l'abondance ».
par dave.tonio