Butiner

Suite en pointillé de ma quête autour du travail

Il fait chaud. Je ne fais tout simplement rien. Je viens de marcher d'un pas lent, régulier, comme le vent léger ou les vagues de rumeur des rues, que j'entends beaucoup plus maintenant que je suis rentré dans mon étage, fenêtre ouverte. Je ne fais rien cet après-midi, trop de sommeil en attente, trop de difficulté à lire la nouvelle partition que je m'étais proposée, trop de mal aux doigts à force de jouer, à la tête à force de déchiffrer et même sortir m'a demandé un effort. Peut-être parce que je n'allais rien faire. Et je n'ai rien fait, pris par le vent léger de mes pas mais soulagé de penser — avant même d'écrire — que non, ce n'est pas exactement rien faire que de ne pas savoir ce qui se fait quand le corps s'en va à demi inconscient dans les rues, porté par un son mêlé de chant, de bruits de voitures, de voix, de regards, de corps croisés entre-observés, entrevus entreposés dans l'herbe, sur les bancs, dans les voitures. Ne pas savoir ce que l'on fait n'en est pas moins être présents au monde, vivants, et aussi importants que lorsqu'on s'assigne ou se conforme ou obéit à un travail. Le bruit des cigales qui se fraye la place par vagues entre celui infernal des voitures (maintenant on dirait qu'il veut tout envahir) — des oiseaux pourtant gazouillent aussi, je les entends. Le monde travaille.

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