De bric et de broc

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De bric et de broc.
C'est ainsi qu'il sortit de sa nuit comme on sort d'une cruche.
C'est à dire qu'il n'en sortait pas complètement, la nuit et lui se séparaient en morceaux flottant comme la glace ou les îles flottantes dans le plat crémeux du dessert ou peut-être plutôt de la soupe primordiale car tout était à faire encore – à venir. Il se réjouissait.
Il se rendormit. Avoir un avenir était la plus belle chose qu'il pût lui arriver.
La nuit s'est remplie d'autres nuits, ce fut un capharnaüm de trésors nocturnes. Il y faisait tiède, il était rentré visiblement dans la cruche, retourné au bain immémorial. Jusqu'au chant mélodieux du loriot, en répons distants, ponctué d'un chœur de voix juvéniles
jiyai jiyai jusquiyai quiyou répond le chœur. Au moment où ce chant d'admiration se révèle à lui, il forme mes doigts pour le piano, j'ai cette précise sensation qu'il m'en demande plus, qu'il vient me toucher. Jusque là je le tenais à distance du bout de mon crayon. Maintenant je peux me dessiner ramassé en une pelote au fond d'un creux, tirée à quatre cordes sous les roujouliades du loriot – des dessins sautillent au ciel, des chants couturent le jour naissant. La forme blottie me reste présente au cœur ou quelque part au ventre, il me la laisse.
Il roula au sol comme un ours pesant puis dans le mouvement délia ses membres et se projeta avec légèreté vers ce jour qui s'ensoleillait.

Le tilleul, la grosse boule de feuilles mouvante a blanchi, en un jour. Le vent rebrousse cette masse enivrée, effervescente, qui se prépare à fleurir.
À l'autre fenêtre c'est le silence des oiseaux. Un des arbres a été coupé pour des travaux sur le bâtiment voisin.

Sculpture de Marc Chagall

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