Le crayon

Un moment j'ai les yeux dans les feuillages des haies au-dessous de moi, toute mon attention y est prise, je m'en aperçois quand un moineau surgit verticalement, voletant pour s'en extraire et s'accrocher à peine plus haut à la paroi de canisses qui s'offre à lui, claire et, j'imagine, odorante. Un autre remue, je le découvre, près de lui sur cette pénombre, et d'autres moineaux encore bientôt s'envolent, plus haut, plus bas, d'un côté ou l'autre, tous la même boule ailée, vigoureuse, furtive.
Les feuillages, fouillés de soleil, comme une mer au-dessous de ma fenêtre s'agitent en rebroussades et risées orchestrées par le vent. Quelle noyade de bonheur sur la terre ! Tout à l'heure je cueillais du raisin, au bord d'une rue, délaissé de tous, à peine caché sous le feuillage — un goût bleu et fort, acidulé, poisseux, délice jamais oublié de la vigne de mon grand-père — il fit mon déjeuner.
Plongeant dans la terre, grouillant, luttant, jouissant et souffrant comme des pommes... le crayon que je tiens, qui me soulage, l'échappée belle.

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