Pour comprendre l'intersectionnalité

Être femme et rurale sont indissociables dans le destin littéraire de Maria Borrély.  À elle la littérature régionale, les travaux et les jours, la préface d'un (h)auteur. Il a beau cacher sa condescendance, il n'y est pas.

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Ce village, là-haut, sur l'échine galeuse de la colline et confondu dans la pierraille, c'est Orpierre-d'Asse. Lire la suite > Butin

Être femme et rurale sont indissociables dans le destin littéraire de Maria Borrély. 
À elle la littérature régionale, les travaux et les jours, la préface d'un (h)auteur.
Il a beau cacher sa condescendance, il n'y est pas.

Il y avait juste deux petits doigts roses dans la chevelure d'un nuage blanc lorsque je me suis levé, entre le rêve et la nuit.
Les plus anciennes notations (musicales) de l'art de la parole, la philologie, sont peut-être là, les épithètes homériques. Elles nouent la parole à l'émerveillement de la naissance du jour, ainsi que le chant de l'oiseau.
C'est elles dont la langue se souvient, d'elles que la parole sous-vient, renaît de source.
C'est ainsi Maria Borrély, c'est ainsi que je la bois.
Je me réveille, le papier à côté de moi a laissé du blanc. La musique s'est enfoncée sans laisser de trace, il y aura encore un jour et une nuit.
Je retrouve le crayon perdu, de l'autre côté. 
Quand j'étais enfant Maria Borrély avait écrit ce que je voyais, ce que j'entendais dans les voix autour de moi. Le monde contenait une promesse, je l'ai maintenant, et elle tient toujours. Des voix sont inscrites dans le livre, leur accent des Alpes, leur force et leur confiance me sont familières. Ce qu'ils vivent est tragique. Mais ce n'est pas la tragédie grecque. Pas du moins celle des maîtres de l'écrit. À moi c'est une femme qui la donne — mais à d'autres ce sont des hommes, à d'autres moments pour moi aussi — mais on a fait taire les femmes. Pendant longtemps, et partout.

Giono a préfacé le roman, en 1931, paru dans la Nouvelle Revue Française. L'éditeur le lui a demandé. Dans sa publication  de 2017, aux éditions Parole, il y a encore la préface de Giono (elle n'a d'intérêt que pour l'image de Giono.) La collection s'appelle "main de femme", son slogan "des livres à ne pas mettre entre les mains de tous les hommes". Des livres si petits de format, que même sans avoir de grosses mains, on a du mal à en tourner les pages. Mais c'est le contenu qui compte.

Maria Borrély, Le dernier feu, éditions parole, 2017

Photo Alain Nouvel

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