Asli Erdogan

J'ai entendu la voix d'Asli Erdogan.

Elle ne parlait pas dans sa langue. Elle ne parlait pas même dans son corps. Elle répondait que non, elle ne parvenait pas vraiment à y croire. Le tribunal l'avait acquittée, lui disait-on. Peut-être. C'était difficile à croire. Elle s'attendait à être condamnée à des années de prison, à nouveau. Elle ne se sentait pas libre. Un tribunal plus élevé pouvait encore la condamner. Toujours arbitrairement. Sa voix était une flamme errante, ne pouvait plus réintégrer la vie, mais les mots étaient toujours les plus forts. Elle parlait comme le prisonnier du bâtiment de pierre, que sa voix a quitté, pour errer dans les rues aveugles aux abords de la prison, qui a perdu son regard et ses membres fantômes dans les couloirs de la citadelle.
Je me suis senti au chaud dans ma petite peau de rat, veloutée, luisante, sur qui tout glissait maintenant. J'avais su à temps renoncer à l'humanité.

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