Parenthèse

Il faudrait que je parle de la vie délicieuse.

Comme un lait maternel qui vous est donné sans qu'on n'en ait eu le moindre désir avant — le moindre désir conscient — ce qui vient vous combler par surprise, ce que d'autres ont laissé sur le chemin pour vous, sans vous connaître, sans le savoir : une musique, le fruit d'un arbre, le fruit d'une musique mûri par les arbres d'une forêt lointaine, enchantée, d'une profondeur infinie ; un sein porté à vos yeux, à votre bouche par le soleil sur la surface du jour, un dessin, une peinture, une danse, un océan où plonger, un horizon où rêver, un vol d'oiseaux qui vous salue — la vie délicieuse c'est la jouissance du monde offert à votre main, venant à la rencontre de tous vos sens. Car la vie délicieuse est une vie aquatique. Regardez les poissons dans un aquarium, les jolis poissons multicolores, les barbus, les moustachus, les belles queues soyeuses en éventail, regardez comme ils sont à l'aise pour tournoyer, comme l'eau leur est propice.
Mais entrer dans la vie délicieuse ce n'est pas seulement comme entrer dans la mer ou entrer dans l'eau de la piscine, c'est entrer, sortir, monter les marches du chemin, prendre ce qu'on vous tend à la main, une fleur, un monde, coloré et musical, habité d'autres mondes qui s'ouvrent à votre encontre, se donnent, vous font place. Ce que vous avez un jour connu — la vie aquatique — vous le gardez pour toujours. Le jardin des délices, c'est votre maison pour toujours. Vous y dormirez, vous y rêverez, vous y mourrez. Nul ne pourra vous en déloger.

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