Mystère page

C'est peut-être une plume de petit merle, finit-il par penser, sortant de son château et n'arrivant toujours pas à articuler une parole, émergeant d'entre les cartons-pâte où il vit de collages, de déchirages, recollages — il vit aux abris dans le château de repli, de cartes à jouer, de négoce de gosse toujours incapable d'articuler une parole. La plume à la main, la regardant, absorbé, contemplatif, son attention accrochée à elle avec autant de force qu'il en a fallu à la plume pour céder le corps qui la portait — un tout jeune merle pourquoi pas puisque c'est ici qu'ils grandissent dans le platane et non pas les freux ni les hirondelles qu'elle lui avait évoqués par habitude ou plutôt par indécrottable admiration pour ne pas aller jusqu'à la jalousie égarée qu'il avait éprouvée trop longtemps pour les arbres et même, un temps, pour les martinets, ce qui ne manquait pas de le tourmenter encore, de temps en temps. Admirer, c'est un appendice de mirer.
C'est pourquoi il vit la plume fine, légère, grise, hampe blanche et corps soyeux, élancée, surlignée de noir, élégante, pas celle d'un canard, pas ébouriffée, pas trapue — il bat les cartes, incapable de sortir une parole un chant encore moins une musique n'en parlons pas. Il s'escrime sur la guitare, le piano portatif, aucun son ne sort de la caverne.
Heureusement que le rat est venu le rejoindre comme s'il comprenait, lui aussi grattant toute la journée sans élever la voix, sans presque lever le nez, opiniâtre, patient — il en sortira quelque chose un jour, un cadavre desséché — en plein air, dans l'herbe. Cri sur cri déchiré déchiré cri crié trois fois crié corné. Toujours le même qui fut longtemps mystère, des années, crié par deux, trois fois, quatre quelquefois, seul de son timbre aigu criard qu'il sait voir maintenant, cri s'est montré, une corneille criarde, d'un cèdre à un autre, portant la note, exacte, comme sur une portée.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.