Chuck et Pelvis

Hier sur Arte… place au Rock !

 

Avec aux manettes ce chien de P. Manœuvre, qui bien que nous servant souvent des louanges superliftées sur des artistes de troisième zone qui pourraient illustrer un road-movie de Quentin Tarantino suant la violence et le sperme, ce chien donc, nous drifta une soirée digne et respectable consacrée au Rock avec en vedette ce chien lubrique de Chuck Berry et ensuite nous proposa un documentaire apologistique nassillard louangeant un mignon petit Yorkshire tout d’Email Diamant et de Gomina paré: j’ai nommé le sieur Elvis Presley…

 

Lors il fut loisible pour l’inculte que je suis (une chienne Monsieur, une chienne vous dis-je !) de comparer les déhanchements désordonnés et maladroits de l’un, le mignon petit Yorkshire, avec l’autre pratiquant la marche des canards de l’évadé fiscal, un chien Monsieur, un chien ! Beaux au demeurant mais par trop coquins… Oui Monsieur ! Non je ne regarderai pas ses contorsions !

 

Mais ce n’est pas du sexe des anges que je désirai m’entretenir ici… Non Monsieur. ??? Comment ? Oui oui ! Je sais bien ce que vous attendez de moi !

 

Non je voulais donner tout de go, en bonne béotienne de cette musique de chiens que l’on nomme Rock, ou Rockabbilly tel qu’il était alors nommé, ou d’un quelconque autre vocable que seul ce chien de Philippe Manœuvre est en mesure de définir… Donner mon avis de donzelle qui regarde se trémousser ces chiens lubriques !

 

……………………………………………….

 

Et c’est au grand Chuck que revient la palme !

 

chuck-berry-copie-1.jpg

 

 

Quel talent en cette année 1972 au BBC theater !

Devant un parterre pourtant sacrément engoncé de jeunes qui ressemblent déjà aux vieilles carnes qu’ils deviendrons…à coup sûr ! Une pâtée pour minous tout mous Monsieur ! Rien, pas une « pointe » qui remue pour exprimer un contentement, simplement…

Même pas un désir !

 

Le Chuck est là, il bouge, il sue, il rie, il ironise…

Le Chuck joue ses compositions, des vraies, des personelles, de bons vieux rocks qui foutent le feu…

Et aussi des « blouses » bien lourds qui parlent des filles - qui sont des chiennes - qui picolent de la bière, qui ne veulent plus… Qui ne veulent plus ? Pourquoiiiiiii ?????

 

Et les rifs nerveux sont secs comme des lames qui viennent de surgir…

Et les accords plaqués, sourds, répétés percutent, scandent, rythment !

Mais Chuck c’est un chien ! Voyez comme il bouge… Un battement de cœur, un claquement de doigts… Et one ! Et two ! Et three ! Et four ! … 1,2,3,4 !

 

Eclaté ! Une machine à suer le rythme Monsieur ! Le buste est immobile, les jambes toujours en action… J’allais dire les membres … Qu’auriez-vous pensé de moi Monsieur ?

 

Ca flaire bon la santé, la joie, la jeunesse !

Un rock émacié, musclé…

Loin des convenances commerciales… Authentique !

Ce Chuck, c’est un chien Monsieur !

 

……………………………….

 

Le ton est ensuite plus glauque !

Les parangons du sieur Elvis nous le présentent comme un toutou avec pédigré…

Papa ouvrier, les docks, les camions…

 

Elvis-Presley.jpg

 

Elis arrive après James Dean…

Et Marlon Brando…

Ce sont eux les vrais inventeurs du Rock… de l’esprit Rock…

 

Pour la musique, Monsieur, il faut aller voir du côté des exclus des rejetés de cette société américaine blanche, sûre d’elle, sans complexe… Qui bientôt va aduler son petit caniche… Un toutou qui sait si bien faire son petit numéro de cirque : Elvis !

Presley…. Ouuuuuhhh ! O0uuuuuuhhhh ! Font les pucelles ennamourées…

 

Pour la musique il faut aller voir vers les Louis Jordan, Chubby Checker, Bo Diddley, Ray Charles… Ca vous défrise Monsieur???

 

Les racines du rock sont a chercher dans les musiques blacks comme on dit quand on est bobo… Moi je me sers des termes nobles et terribles : noirs, nègres… Je ne transige pas! Je suis une chienne monsieur !

 

Les « noirs », les « négres », ce sont eux qui ont créé le blues, le jazz…

Non monsieur le mot jazz je ne l’emploie pas ! Je lui préfère « the great black music » utilisé par le grand Duke…

 

Le « jazz » c’est trop connoté ! Le terme a été inventé par ces « Elvis » qui ont enregistré le premier disque de « jazz » en 1917, l’Original Dixieland JASS Band, des palôts qui se grimaient avec du cirage ! Des types « bien comme il faut » dans cette Amérique ségrégationniste des années 20… Des mecs qui utilisent le mot « jass » (« baiser ») pour sous-entendre qu’ils imitent des musiques de chiens ! Oui Monsieur ! Jass qui deviendra Jazz très rapidement (c'est plus correque!)…

Le mot « jazz » il pue ! Il faut le dire Monsieur, il pue !

 

773

jazz.jpg

Et ces musiques qui sentent la faim, la rage, le sexe… Ces musiques de chien, Monsieur, ce sont des noirs qui les ont mise au monde, qui les ont accouchées dans la peine et dans la douleur… Aussi vrai que je suis une chienne !

 

Alors l’Elvis… L’Elvis il n’a rien fait que de se glisser dans une boite trop grande pour lui…

 

Il a picoré les musiques de ci, de là… Il a piqué les titres, les fringues, il a essayé de piquer les gestes, il a piqué les révoltes pour les digérer et en faire quelque chose qui plaise à ces yankee pâlots fans de hibilly, qui passe dans les radios, qui se vende, qui fasse une montagne de flouze…

 

Ecoutez Elvis. Ses meilleures chansons sont toutes des reprises… Un peu comme… Comme notre Johnny national !

 

Rien à voir avec ce chien de Chuck Berry issu du ghetto…

Mais parlons vrai : ses choix, à Elvis, ils étaient, d’une certaine façon, légitimes. Ce gentil toutou aimait vraiment les musiques des chiens enragés ! Il en est même venu à chanter des gospels… Oui des gospels Monsieur !

 

Mais regardez le bouger, l’Elvis… Regardez-le Monsieur ! Il est toujours à côté du rythme… Il ne swingue pas Monsieur !

 

Bon c’est vrai entre 1956 et 1958 il chante de façon splendide….

Mais il ne swingue pas ! Il ne pulse pas ! Même si, sur scène, il gesticule à tout va !

Pour sentir cette rage pulsionnelle qui s’appelle le rock il faut se tourner vers Chuck, Eddie, little Richard, Jerry Lee Lewis…

 

Oui Monsieur, le rock, le vrai ce n’est pas seulement une affaire de couleur de peau… C’est une affaire de classe sociale !

 

Et derrière ce gentil banané, émail diamanté, gominé qui va se transformer très rapidement en poussah parano se profile l’armée des financiers… Ceux qui n’en ont rien à faire de la musique… Rien à faire… Ceux qui cherchent un musicien blanc qui chante comme les noirs, parce que c’est bon Monsieur, l’odeur de l’oseille… Elvis qui va en crever!

 

Ce sont eux qui ont tué les Jabbo Smith, les Bessie Smith, les Tommy Ladnier, les Charlie Christian, les Billie Holliday, les Bird, les Albert Ayler (j’en passe, j’en passe)… En les dépossédant de leur art !

 

Cette belle soirée d’hier m’a fait penser à tout ça, Mais pas que.... Monsieur....

Parce que je suis une chienne Monsieur !

 

Voila ! Je pourrais continuer encore un bout de temps… Mais il est tard Monsieur…

 

 

(Merci Arte !)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.