MARINE EST ECOLOGISTE (REACTION A L'ARTICLE DE J.L. MELENCHON DU 6 AVRIL 2011)

BURIDAN pour Renelle (http://www.buridan.net/article-marine-est-ecologiste-reaction-a-l-article-de-j-l-melenchon-du-6-avril-2011-71329166.html)

 

Belle aparté, Monsieur Mélenchon, sur la grande écologiste qu’est… Marine le Pen !

(http://www.jean-luc-melenchon.fr/2011/04/06/ny-a-t-il-pas-trop-de-gueant-en-france/#more-6486)

 

Je ne prends ici le clavier que pour proposer (modestement) quelques lignes de réflexion suggérées par ce « moment » de votre texte.

 

C’est vrai que la droite s’est longtemps servie de principes hérités du naturalisme des XVII et XIX ème siècles, d’un darwinisme détourné et des émules incertains de la socio biologie…

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En gros, la « lutte pour la vie » conditionne notre place dans la nature et il serait « normal » que les forts, les balaises, bouffent les petits…

 

Et les émules de Marine, ceux qui écoutent « radio courtoisie », sont très impliqués dans une vision teilhardienne de l’évolution des espèces : de l’origine – divine – de la vie au grand oméga – Dieu – universel en développant sur notre grain de sable la noosphère…

 

L’évolution pourrait être représentée par une arborescence conduisant du plus simple aux plus « évolué » (modèle proposé par Haeckel)…

 

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De plus tout être vivant réaliserait, individuellement, dans sa croissance, l’évolution de sa lignée « l’ontogenèse reproduit la phylogenèse » (Haeckel toujours)…

 

A remarquer que l’auteur de cette affirmation E. Haeckel est aussi l’inventeur du mot « écologie » qui plonge l’humain dans la nature comme un être interdépendant d’elle (ce qu’il est vraiment, évidemment).

 

La science évoluant, on ne représente plus l’arbre des Eucaryotes (gènes dans le noyau) latéralement mais en vue plongeante, de dessus, ce qui permet par exemple de montrer la relative marginalité des animaux parmi les 3ou 4 groupes (c’est encore très discuté…).

 

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De plus les comparaisons génétiques (qui servent de base pour établir les nouvelles phylogenèses) ont montrées que des groupes autrefois considérés comme très éloignés faisaient partie du même groupe (les foraminifères et les algues brunes par exemple !)…

 

Ce qui mérite réflexion…

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D’autant qu’en ce qui concerne notre espèce on s’aperçoit que les populations d’Europe conservent quelques « gènes » de papa néanderthal, tandis que celles d’Afrique sont d’une pureté « sapiens » à toute épreuve !

 

Cependant les adeptes de Mme Le Pen restent sur une position arborescente latérale (arbre vu de côté : l’Homme représentant bien sûr… le sommet de l’évolution !)…

Mais le savent-ils seulement ?

 

Tree of life by Haeckel

 

Or, donc ici, le problème de la liberté se pose alors puisque notre lien « naturel » déterminé évolutivement (l’ontogenèse etc…) est , pour l’adepte de la « libre concurrence » incontournable.

En bon néo-darwiniste et socio-biologiste évidemment !

En « scientifique » quoi !

Et voici que surgissent miraculeusement les idées qui nous sont assénées régulièrement par les médias depuis qu’un petit homme a pris le pouvoir : méritocratie, élitisme, justification des répartitions inégalitaires…

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L’humain « naturel » se doit de survivre par la lutte évidemment ! Il se bat pour ses « proches » d’abord, pour les « autres » ensuite en cercles concentriques : lui d’abord, sa famille, ses amis, son village, sa région, son pays…

Dans cette vision l’humanité occuperait le dernier cercle…

 

Et comme il s’agit bel et bien d’une « lutte » (struggle for life), la crainte est constante d’être envahi, spolié…

Et, comme il faut dominer, dominer toujours (biblique !) sur la « nature » (l’environnement), l’exploitation de l’homme par l’homme, la pollution, la disparition des espèces sont ainsi justifiées…

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Petits jeux de pouvoirs, domination, exploitation à tout crin, magouilles, vanités, mise au ban des plus gênants, tous ces relents puants trouvent leur origine dans le mot d’ordre du darwinisme mal compris, le néo-darwinisme et la socio-biologie, qui fit - et fait - le lit des idées nazies : struggle for life !

 

Le capitalisme sans frein, les hasards d’un marché puant confié à des oligarchies cachées au détriment de ceux qui produisent, qui peinent à vivre, sont ainsi justifiés

 

Se soumettre à une loi « naturelle » inexorable ou faire en sorte de la « tordre » de l’adapter, de la dé-naturer, pour grandir l’humain… Voilà la question !

 

Car, qu’on le veuille on non, la pensée, l’empathie et la spiritualité sont hors du champ naturel, même si celles-ci résultent d’une évolution somatique (organique).

 

Tout ce qui est d’ordre social, c'est-à-dire qui n’est pas l’apanage de toutes les populations au sein d’une espèce, que ce soit pour l’homme ou pour d’autres espèces (les simiens), est hors champ pour la biologie.

Cela relève des sciences sociales…

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La grandeur de l’homme c’est la solidarité, et la solidarité n’existe pas sans idée de partage…

Et la notion de partage n’est pas « naturelle »… Pas du tout ! C’est même ce qui constitue spécifiquement l’humain.

 

Tant que l’on se bat pour le partage, c'est-à-dire le droit fondamental de la démocratie - car c’est au travers de ce concept que la parole est donnée à tous - il n’y a pas de « belles personnes » et de « sales manants », on se bat pour l'Humain. Le partage c’est l’éducation donnée à tous, ce sont les droits fondamentaux : nourriture, logement, santé, déplacement…

 

Tant que cette notion ne gouvernera pas les relations entre les hommes, il n’y aura pas de progrès humain !

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Le concept de partage s’oppose absolument aux concepts d’oligarchie, d’élite, de noblesse...

Il doit être global,; inscrit dans toutes les activités humaines…

 

Et le partage s'oppose radicalement à la propriété, car la propriété, quand elle s’établit au détriment d’autrui, c’est le vol !

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C’est pourquoi le mot « communiste », qui sous-tend l’idée de mise en commun, donc de partage, est un si joli mot…

Et quelque soit la couleur politique, rouge, vert, rose ou bleu celui qui refuse ou qui ne se pose pas la question du partage et qui adhère aux idées individualistes du moment se déshumanise…

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Le partage n'est pas "naturel" au sens darwnien puisqu'il est antinommique à l'idée de compétition.

Malheureusement l’idée du struggle for life est devenu très mode, sous l'influence du libéralisme débridé, et d'individus qui ne se soumettent qu'au Dieu fric (Sarkozy et son mentor Parizot elle-même à la solde du patronat international !)

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Maintenant je reviens à mon point de départ…

 

L’idée d’évolution chez les partisans de la théorie synthétique de l’évolution (les néo-darwiniens) est linéaire et continue…

Mais ce n’est pas ce qu’enseignent les données plus récentes de la paléontologie…

Il s’agit évidemment de nouvelles théories qui réorganisent les données scientifiques pour produire de nouvelles hypothèses.

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L’une d’entre elles, celle des « équilibres ponctués », développée à l’origine par Stephen Jay Gould dans les années 80, a l’avantage de rendre compte d’un phénomène fréquemment constaté en paléontologie : l’apparition brutale d’un phylum sans que l’on puisse en trouver son origine

Et il explique, du même coup, les lacunes nombreuses de la documentation paléontologique…

 

Cette hypothèse des "équilibres ponctués" permettrai aussi une réflexion approfondie sur le concept de différence . Ce n'est pas le sujet ici.

Selon cette hypothèse, les espèces se forment rapidement, à partir de petites populations isolées (ce qui explique la rareté des intermédiaires), puis stagnent morphologiquement une fois établies. Cette idée était, à l'époque de Gould connue et avait été développée par E. Mayr.

L’évolution rapide sur les périphéries d’une grande population sagement adaptée et stable (population en « stase ») s’explique par des conditions environnementales limites qui rendent certaines mutations (qui s’opèrent à la même fréquence pour une espèce donnée) compétitives…

Qui elles-mêmes sont, conséquemment, le jeu des nouvelles mutations.

Le processus d'apparition de structures nouvelles par mutation est accéléré et la spéciation presque instantanée à l'échelle du temps géologique. Les populations reptiliennes et avicoles des Galápagos en sont un bon exemple…

Les marges isolées sont donc les lieux , le laboratoires des nouveautés.

Le plus important c’est que ces nouvelles sous-espèces, ou espèces alors marginales, constituent un stock diversifié qui, à l’occasion d’une modification climatique pourra occuper l’espace laissé vacant par une espèce majoritaire (en stase) et se développer pour s'équilibrer à son tour en stase (augmentation de la population sans modification notable)…

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L’espèce dominante se sclérose dans une hyper-adaptation à un milieu donné… Et conséquemment le brassage tend à s’atténuer par appauvrissement du patrimoine génétique…

En somme ce sont les marges qui préparent les nouveautés, les changements, les révolutions !

 

Évidemment l’extension de ces données au comportement humain est tout aussi dangereuse que celles qui servent d’assise au libéralisme…

 

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Et il faut le souligner, l’inventeur de la théorie des équilibres ponctués, Stephen Gay Gould, s’est opposé vigoureusement aux hâtives déductions faites à partir de données scientifiques sur l'évolution et appliquées à l’humain.

Dans son livre magnifique « La mal-mesure de l’homme » il montre comment ,des mesures du volume cérébral aux applications génétiques (en passant par le QI) ,les données ont toujours été interprétées, détournées, falsifiées pour servir les thèses les plus abominables : racisme, apartheid…

 

Gardons-nous des interférences entre la recherche fondamentale et ses extensions trop rapides au domaine des sciences humaines…

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C’est d’ailleurs tout le problème de notre époque : la confusion. On applique des techniques de recherche biologiques, on les étend, aux sciences humaines. Or les techniques probantes dans un domaine ne le sont pas forcément dans l'autre...

 

Bien plus grave encore, on confond science et technologie…

Or la science suppose une éthique.

Et la recherche technologique exige un rendement…

Ce sont des domaines TOTALEMENT distincts par leur choix éthiques et par leur portée…

Et notre époque crève de cette confusion : la technologie est mise en avant, valorisée au détriment de la recherche (des pans entiers de celle-ci sont actuellement abandonnés pour des raisons de rentabilité).

La recherche fondamentale est pourtant le moteur (marginal comme l'étaient tout à l'heure les populations isolées) des futures grandes révolutions scientifiques .

 

 

 

Qui nous alerte sur la disparition des espèces (grands mammifères mais aussi une multitude d’invertébrés) sous l’effet d’une seule, impérialiste, l’Homo sapiens (en période de stase) ?

Où se situent les vrais écologistes ?

Point les techniciens (réduire les cornes de rhinocéros en poudre c’est tellement bandant ! ne plus avoir qu’un génome réduit pour les graminées vivrières c’est tellement rentable pour Montsanto…).

Évidemment ce sont ces hurluberlus de chercheurs (qui cherchent mais ne trouvent pas, n’est ce pas ? La blague est tellement amusante !!!)… Ces gus de plus en plus déclassés dans notre société…

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Pendant ce temps un grand penseur, Claude Allègre affirme « Il n’y a aucune industrie, aucune activité humaine qui ne comporte pas une part de risque. Prendre sa voiture le dimanche est un risque beaucoup, beaucoup plus élevé que le nucléaire » (8/04/2011)…

 

Penseur peut-être, mais scientifique ???

 

Car s’il est vrai, qu’individuellement, on court plus de risque à prendre sa voiture que de voir le cœur d’une centrale fondre, il n’est reste pas moins que les conséquences de l’accident de bagnole seront instantanées et sans suite, tandis que la plus petite centrale nucléaire dont le cœur fusionnerait (sous l’influence d’un tsunami, d’un tremblement de terre, d’une fissuration naturelle des enceintes de confinement, d’un bombardement…) nous offrirait de magnifiques poisons radioactifs pour quelques milliers d’années…

 

Allègre: scientifique ? Technicien ? Idéologue ? Ou politique ?

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