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Billet de blog 11 sept. 2012

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ZOMEK(A) AUBIGNY

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Tombés du ciel…

Zomeka est descendu sur les bonnes terres de notre calme citée…

Aubigny-sur-Nère a connu, samedi dernier, les affres colorées de l’art réel d’aujourd’hui.

Car le street art, l’art urbain, secoue les mentalités habituées à la créativité institutionnelle…

Il a à voir avec la clandestinité, l’anonymat, la rapidité, l’improvisation, le ressenti individuel, le refus des limites imposées…

Le street art est d’abord une expression libertaire !

Il offre au regard du quidam ses exaltations, ses jouissances, son immédiateté…

C’est le geste de l’homme plongeant dans la nuit des temps…

La main ! Oui la main c’est le premier pochoir… Qu’on se dirige vers la grotte Chauvet, vers Perch-Merle, vers Gargas nos ancêtres lointains (majoritairement alors des femmes !) utilisaient les mêmes techniques que les artistes urbains actuels.

La bouche expulsant un nuage d’ocre c’est la bombe ou le stick.

La pierre qui scarifie la surface plane c’est l’arc que le geste décrit avec la brosse ou la bombe.

Cette proximité physique s'associe à l'offrande.

Jadis, l'offrande aux Dieux...

Aujourd'hui l'offrande au quidam, le Dieu de notre société: le public!

Pollock déjà offrait l’art à tous, puisque tous nous pouvons projeter des couleurs sur la surface horizontale, percer des boites de peinture et les déplacer sur la toile…

Pollock fossilise le geste, exprime et donne à voir l’inconscient dans sa fulgurance créative… Et montre aussi que la création artistique est à l’œuvre en chacun de nous… Tous, sans exception, nous sommes des artistes potentiels!

Mais Pollock utilise le support et la peinture académique et signe ses œuvres de son nom… Différence d’esprit et d’idée de l’œuvre.

Le street art intègre le graffiti, expression considérée comme sale et dégradante par la société établie, bourgeoise, qui fréquente les galeries des peintres « cotés ». Le graffiti s’exprime d’abord au travers du tag une écriture cryptée volontairement incompréhensible. Le tag est la signature de ceux à qui l’on ne reconnaît rien, pas même leur existence.

Il est toujours clandestin et l’on ne voit jamais ceux qui le réalisent.

Mais quel vivier de créativité ! Est il possible d’imaginer un mur longeant une voie de chemin de fer sans ces lettres gigantesques généralement bicolores (le fric toujours, mon bon maître !) souvent chamarrées…

Le street art a pour référence la musique populaire

Le monde du hip hop s’exprime au travers des tags surtout… La techno a investi la peinture murale de grande dimension faisant référence à la science fiction et au fantastique. Les tenants du punk sont quant eux des adeptes de longue date du pochoir (ce fut, un temps, la seule pub pour les groupes alternatifs). Maintenant les techniques se fondent indépendamment des références musicales….

Mais revenons à l’expo d’Aubigny….

Mélanie et Paul signent sous le pseudo ZOMEKA, qui est aussi le nom de leur association. Ils vivent de leur art en signant des fresques de gros chantiers, décos d’intérieur et d’extérieur, en animant des stages et des initiations au graffiti.

Samedi avait lieu le vernissage de leur première exposition dans l’ancienne salle du conseil municipal, sous les voûtes boisées et la charpente en bateau reversé…

Au cours de l’après midi ils maniaient bombes et pinceaux devant un public ébahit et clairsemé… Pensez : un cube de 3 m de coté recouvert d’un film plastique noir et deux olibrius jouant de leur étrange chorégraphie pour donner naissance à un monde onirique coloré…

L’esquisse en blanc ne laissait nullement augurer du résultat…

Rapidement, très rapidement, les couleurs rythmées chantaient le chant des rues. Mais aussi, comme ces deux là semblent avoir migré vers nos contrées par amour de la nature, surgissait un cheval harnaché et un fantôme du preux chevalier qui hante le vieux château des Stuart !

L’heure du vernissage approchait. Les journalistes et les édiles étaient là. On entendait des propos admiratifs « Quelle belle œuvre ! » « Splendide votre peinture »… Bref, les habitués …

Moi je jubile en me disant : "Enfin une exposition faisant réellement référence à notre temps !"

Et si mon regard se pose sur ce cube graffité, c’est qu’il est attiré par quelque chose qui ne se définit pas avec les critères de l’art traditionnel : l'envie d'avoir, la possession d'une chose unique, d'un objet signé d'un grand créateur, d'une réalisation technique remarquable n’entrent pas ici dans la relation qui lie l’objet artistique au sujet qui l'apprécie… »

Un point cependant me chagrinait. Voici enfin un art jeune et je constatais l’absence des jeunes de la cité… A l’exception des amis des graffeurs et du courageux responsable de la culture (Mr Beghin) personne ne se situait au dessous des cinquante printemps. Loués soient les jeunes vieillards dont la curiosité avait été éveillés par cet art spontané et frais, mais le public auquel cet art fait référence était malheureusement absent… Et singulièrement les jeunes d’Aubigny !

L’exposition : belle, dynamique et… humoristique ! Dans la grande salle place est faite à la couleur déclinée sous de multiples formes.

La technique acrylique et le support sur cadre est attendu par le galériste… Originalité : geste brutal et ample issu de l’art de la rue touchant au tag : la lettre n’est jamais bien loin…

Mais voici que la figuration fait son œuvre, les correspondances s’organisent. D’imposants chevaux s’offrent en un médiéval combat… Enluminures immenses sur drap de lit, texte foisonnant : « ouvert ou caché il faut en décider… » Charles d’Orléans est un enfant de la rue !

Dans la pièce attenante, le noir et le blanc référence les œuvres exposées à la photographie, au souvenir. Nuit. Le geste encore… Evidemment !

Et sur un mur : les cadres. Les cadres accumulés, les cadres qui emprisonnent, fragmentent, déchirent. Ici et là : un enfant, une rue, de vagues fenêtres… Une accumulation qui véhicule le rêve…

Et pareillement une représentation humoristique de l’œuvre (au sens bourgeois…) N’avez-vous jamais entendu celui là qui affirme : « Ce tableau, je l’achète pour le cadre… »…

Mais n’est ce pas une référence aussi à certaines galeries de tableaux des siècles précédents ?

Ici, on ressort l’âme échevelée, ébouriffé - surtout lorsque l’on est épuisé par les conformismes artistiques provinciaux…

On est très loin - et très près - de l  « angélus » de Millet brodé par ma maman !

Moderne et populaire, irrespectueux et traditionnel à la fois !

Une belle expo !

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