BANS LIEUX

17 Août 2010 par hêtre (Blog sur Médiapart):

 

""Violente agression contre des policiers à Corbeil-Essonnes", par Luc Bronner, dans "Le Monde", Dimanche 15 - Lundi 16 août 2010.

 

"L'affrontement a eu lieu, jeudi 12 août, dans le quartier sensible des Tarterêts".


"Quartier sensible", c'est quoi ?


Question politique. Question de politique.


"Quartier sensible" ne serait-ce pas le lieu où vivent des gens ? Des gens que l'Etat juge trop sensibles ? Trop sensibles à la guerre qu'il leur fait ?"

Quartiers sensibles.

Quartiers d’écarts, écartés.

Quartiers de pauvres, d’immigrés, de chômeurs.

Ghettos… Pas tout à fait… Mais presque !

...

Vécu.

Il y a cinq ans.

Quartier sensible, place Le Morillon, Montreuil.

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Le matin.

Poubelles brûlées. Une petite voiture bruyante arrose la place. Un mec seul pique quelques papiers.

Quelques personnes attendent le bus. Toutes issues de l’immigration. Elles font partie des « communautés visibles » comme on dit !

Ici, 70% de chômage.

Quelques politiques sont venus rarement serrer des mains ici. Des politiques de gauche évidemment !

La superette va ouvrir bientôt. Un petit attroupement bigarré attend déjà.

Pas un jeune. Pas un flic. Il est trop tôt !

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Midi.

Quelques commerces sont entrebâillés. La boulangerie a encore été attaquée par une voiture bélier, il y a deux jours. Traces de brûlure à l’arrière, vitrine défoncée rafistolée au scotch devant. Un salon de coiffure. Une pizzeria. Une laverie. Une boucherie hallale.

Tous les commerçants veulent fuir le quartier.

Trop de pauvres. Pas assez de fric gagné.

Trop d’emmerdes avec les deux ou trois voyous qui arpentent les trottoirs le soir et semblent régler la vie du quartier. Ceux-là tout le monde les connaît !

Tout compte fait il n’y a pas plus de vols à l’étale ici, qu’ailleurs… D’ailleurs que volerait on ?

Action sociale de la municipalité : une poste et des services sociaux en alternance dans un local barricadé.

Une bibliothèque aussi. Bien fréquentée. Surtout par les enfants.

A l’écart un espace pour les jeunes… Seuls les gamins viennent retrouver les « gentils » animateurs de quartier.

Les grands non ! Ils sont assis là, sur les murets qui bordent de rachitiques parterres…

 

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Fin d’après-midi.

Les enfants dans la rue. Les femmes, voilées, bavardent sous les arbres. En se croisant les gens s’appellent par leur prénom. Ils se parlent.

Ils se connaissent. Ils prennent même parfois ensemble l’apéritif. Ils se parlent oui !

On n’est pas ici à Paris où les voisins ne se voient plus, où l’on évite le regard des autres, où l’on protège son portefeuille…. surtout dans les beaux quartiers… On n’est pas non plus à Neuilly !

 

Les moineaux se précipitent sur les miette de pizza autour des arbres malingres qui viennent d’être replantés (avant, ici, on était fier des hauts peupliers qui ornaient notre place !)

 

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Nuit noire.

Ronde de flics. Parfois dans leur bagnolle à gyrophares qui crisse on croirait voir Starsky et Hutch…

Les filles, les femmes ont désertées la place, trop occupées aux travaux ménagers et par les enfants en bas âge.

En bas, on les entend. Ils parlent fort et haut. Des fenêtres se ferment malgré la chaleur étouffante…

Le local « jeunes » est fermé.

Sur la place j’aperçois les entrées éclairées. Ca sent l’ennui.

 

C’est ce que j’ai connu à Montreuil durant les années 1980-2005 !

 

 

 

Oui un quartier sensible, c’est un quartier où vivent des gens !

Des gens pauvres, simples et harcelés.

Des gens qui voudraient bien aider leurs enfants à réussir leurs devoirs mais qui ne savent pas !

Des gens qui voudraient bien travailler mais leurs vêtements, leur accent, leur couleur de peau…

Des gens qui voudraient bien aller au cinéma, au théatre mais….

Alors les antennes paraboliques fleurissent… Alors on s’endette pour s’offrir une TV gigantesque… Alors on fume un joint de temps en temps…

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Heureusement quelques aides sont proposées. Les gamins auront au moins quelques images : unique vacances au ski, colos municipales…

 

Et vous les magnifiques qui vivez facilement, qui partez vers les îles dorées, qui vous sentez si bien dans vos petits « milieux » intellos au regards fermés, ne leur reprochez pas ces petites éclaircies dans leurs vies bien grises !

 

A Montreuil on prend le bus, le métro, on se rencontre au bar, on vit comme on peut avec notre petit salaire, avec le pouvoir d’achat qui baisse… On subit.

Pour les quelques qui vivent bien nous avons une vie contingente…

 

A Neuilly on est entre gens de pouvoir. On commande. On reçois. On va loin.

On laisse nos « bonnes » faire le ménage…

On vit « réellement ». On laissera des traces, on se souviendra de nous !

Au moins le croit-on!

 

On me dit qu’avec Voinet tout a changé.

En « bien » ? En « mal » ?

 

 

Alors c’est ça l’état ? C’est ça n’est-ce pas !

Une mosaïque de milieux qui constituent autant de bulles imperméables…

Riches et industriels, politiciens de haute volée, artisans et commerçants, petits fonctionnaires, ouvrier, chômeurs, immigrés, SDF, roms….

C’est ça, n’est-ce pas, l’ETAT ?

 

Oui, mais si tu regardes un plan de Paris, tu remarques une chose.

Cette énumération des degrés sociaux n’est pas disposée au hasard sur le plan :

Au sud-ouest, les riches dans les quartiers luxueux (16 ème arr., Versailles, Neuilly…)

Au nord-est, les pauvres et leurs usines (18 ème arr., Nation, Charonne, Belleville, Bagnolet, Montreuil).

 

Une organisation héritée de la réorganisation de la ville par les grands bourgeois du 19 ème (Hausmann et consort).

 

Il ne fallait pas que la racaille se mêle à l’aristocratie (restaurée et créée) des Napoléon (les deux catastrophes) et de Thiers (le premier Adolphe, la crapule, le tueur, qui fit bien plus de morts après la Commune en une seule année - que n’en fit toute la Révolution française entre 89 et 94)…

 

Et notre Président de tous les Français, Monsieur Sarkozy, continue à favoriser l’apparition de nouvelles cloisons, de nouvelles bulles, de nouveaux milieux imperméables entre eux…

On désigne les Roms à la vindicte populaire…

Evidemment ce sont les plus faibles, les plus pauvres… Et ils sont chassés de partout!

Avez remarqué, à ce propos, la collusion Sarkozy Berlusconi contre les Roms ?

 

On désigne les Roms à la vindicte populaire, donc, pour ne pas avoir à s’occuper des problèmes du réel qui épuisent le peuple !

Mais face aux « grands hommes » le peuple est contingent, il n'existe pas par lui même mais par ce qu'il rapporte aux requins !

 

 

J’écoute Juppé ce matin, sur France Inter, la radio contestataire.

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En bon citoyen du CAC 40 il attire l’attention sur les « vrais problèmes :

 

(En prenant l’accent giscardien, ma chère !) « Si vous vivez à côté de quarante caravanes de Roms vous verrez que c’est un problème, un vrai problème… Non, il ne faut pas se voiler la fac, les Roms sont des populations difficiles… tant au niveau local qu’international… C’est pour ça qu’il faut saisir le parlement européen de ce problème… »

 

Et voilà le tour est joué ! On écarte, on met au ban des populations…

Pour masquer l’action néfaste de nos si distingués cols blancs… Vous savez, ceux que vous ne croiserez jamais… Ils restent dans leur tour d’ivoire…

 

On met au ban… On bannie des populations… Elles se regrouperont dans des bidonvilles, des lieux à l’écart des centre villes… Cà ne vous dit rien ? …. BAN-LIEUES !

 

 

Alors, eux, ceux qui ne vivent pas dans les bans lieux, ils posent des radars, ils implantent des caméras, ils offrent des flasballs et autres gadgets à leurs cerbères, ils équipent les flics de caterpillars, ils nous offrent de compteurs électriques nouveaux pour mieux espionner notre vie privée, ils nous listent dans leurs fichiers informatiques…

 

Et surtout, surtout, ils piquent de milliards d’Euros au plus grand nombre et parmi eux, évidemment, aux pauvres…

 

« La TVA ça ne se voit pas ma chère ! Parlons d’autre chose ! Avez-vous vu le « Temps des gitans » ma chère ? Non…

Venez donc vous plonger dans l’ambiance à Bordeaux…

Mais vite !

Nos braves gitans seront délogés demain ! »

 

Et on nous dit que la « lutte des classes » c’est dépassé !!!

Et l’on nous dit que l’on naît tous égaux en droits…et en devoirs !

 

Les riches seraient t’ils seulement égaux en droits…

Et les pauvres en devoirs ?

 

 

(BURIDAN pour Renelle qui me fit lire Hêtre, hier)

 

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