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Billet de blog 21 avril 2011

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GRAFFES

Rencontre. L'heure était belle.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Rencontre. L'heure était belle.

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Soudain au détour d’une rue…

J’ai vu.

J’ai vu sur les murs écaillés des musiciens figés : un accordéoniste et un flûtiste...

... accompagnés d’une jolie banjoïste…

Deux, peut-être trois ans qu’un anonyme, (il signe Jeff Aérosol), avait posé ici, dans cette petite rue passante ses pochoirs talentueux…

Mon périple en fut modifié…

Je regardais ailleurs…

Les maisons pittoresques et leur style, les beaux monuments que l’on se doit d’admirer, les peintures des musées et à fortiori celles des expositions me semblaient, alors, moins signifiants que ces oeuvres clandestines offertes à tous et sans attente…

Mon regard était interpellé par LéZart…

N'étais-je pas comme ce personnage, à chaque instant, dans la pose pressée du chasseur d'images ?

L’ironie politique de certains tags était percutante...

La philosophie aimable de Miss.Tic agréablement provoquante...

A l'évidence ces pochoirs, ces peintures relèvent d'une conception radicalement nouvelle de la fonction graphique.

L'oeuvre n'est plus dédiée à un seul et riche propriétaire...

Elle n'est pas destinée non plus à dormir au creux des salles aseptisées des musées...

Mais alors, qu'exprime donc cet art citadin ?

La philosophie du graffe.

La gratuité du geste semble le symbole irréductible des arts de la rue…

L’échange avec le quidam spectateur doit percuter, être très fort, très immédiat aussi.

Pourtant les graffitis accompagnent l'homme dès ses balbutiements.

On en rencontre dans les temps immémoriaux de la préhistoire et du début de l'histoire (tags romains et du moyen-âge!)

Fondamentalement, l'acte créatif reste organiquement spontané et clandestin.

Si mon regard se pose sur le graffe, c’est qu’il est attiré par quelque chose qui ne se définit pas avec les critères de l’art traditionnel : l'envie d'avoir, la possession d'une chose unique, d'un objet signé d'un grand créateur, d'une réalisation technique remarquable n’entrent pas ici dans la relation qui lie l’objet artistique au sujet qui l'apprécie…

Je reconnais l'oeuvre pour des critères différents qui tiennent d'abord à la réactivité qu'elle génère en moi...

Et pourtant le "street art" exige un savoir faire tout aussi difficile à acquérir que pour peindre une "toile de gallerie"!

J’aime les moyens qu’utilisent ces nouveaux animateurs du regard, ils sont nombreux, rustiques, simples et peu coûteux. On recensera principalement:

- les pochoirs,

- les stucs colorés,

- les gravures sur les arbres (utilisées depuis des temps reculés par tous les amoureux),

- les gravures sur les murs (qui crient des désirs et des révoltes depuis la préhistoire),

- les bombes aréosols (les vraies bombes des vrais anars!),

- les spray de peinture et les feutres (qui répondent souvent à une envie brutale de dire et d'interpeller le passant),

- les stickers (souvent marrants et à la signification parfois énigmatique),

- les affiches déchirées (vous devinez pourquoi…)

Et bien d'autres techniques!

Dommage! Je n'ai pas trouvé de production faisant appel à cette technique si simple qu'on peut la qualifier de première, le monotype!

J’apprécie les tags qu’ils soient en graffs « sauvages » qui révoltent le quartier et qui sont passibles de fortes amendes...

ou en "blazes" codés qui s’exposent dans des lieux dédiés… qui attirent les champions du tag, les skatteurs et les photographes.

J’aime les blocks réalisés par deux ou trois graffeurs de styles différents qui s’associent en une œuvre commune qu'ils savent éphémère.

Car un block, en espace dédié notamment, est rapidement (une semaine environ...) recouvert ou reconverti par un autre tagueur.

Une semaine après...

Mais la production artistique bien qu'elle soit éphémère, toujours se doit d’être au top niveau…

D’ailleurs existe-t-il des graffitis "gratuits" - « vandales » - ?

C'est à dire n'ayant pour objet que de maculer et de détériorer...

Je ne le pense pas!

Ou alors ceux-ci ne ressortent des arts de la rue que par la petite porte de la vulgarité obscène, de l'exibitionnisme, des enfantillages scatologiques…

Le graffiti clandestin, le vrai, n’est jamais destructeur : il occupe seulement une place laissée vacante.

Un espace publicitaire du métro...

...les murs des voies de chemin de fer...

...les pierres bordant une promenade verte…

Mais d'abord le graffiti se doit d’être en situation.

L’artiste joue avec le style d’un quartier, ses habitants et ses commerces.

Un graffe du marais...

... n’a rien à voir avec une peinture sauvage, géante et monochrome du 12 ème arrondissement!

Et puis, en évoluant, les graffitis s’ouvrent à toutes les tendances de l’art contemporain.

On en voit qui s’apparentent au réalisme (à l’hyper-réalisme ?)

D’autres ont une approche expressionniste...

Ou bien versent dans le cubisme...

Ils jouent même parfois avec les codes du surréalisme...

Et ils s'expriment souvent dans des formes apparentées au pop art...

Ou font, encore plus fréquemment, référence au graphisme de la BD….

J’aime l’art de la rue car tout le monde est invité à y prendre sa part…

Ce n'est pas un art réservé, élitiste!

Point ici n’existe le beau, le bien, le réussi...

Et d'ailleurs pourquoi?

Tout tag est d'abord une nécessité, une urgence…

Offerte à tous!

Le graffiti exprime souvent l’expression d’un mal être, d'une souffrance liée à la société du fric et de la désillusion …

Les passants honnêtes vont devant les graffeurs en baissant la tête.

Pourtant, de longue date, cet art a ses adeptes, ses historiens et ses analystes…

Et devant un block, il n’est pas rare de voir, en commensale, un photographe…

Citadin regarde dans ta rue!

Pub, panneaux, affiches, callicots…

Partout de l’écrit…

De l’écrit pour t’enfoncer bien fort dans la tête le mot d’ordre :

CONSOMME TOUJOURS PLUS!

Notre jeunesse, tous nos nouveaux artistes, nous donnent à voir un art dégagé de cette sommation.

Un art magnifique, une calligraphie toujours renouvelée et inventive.

UN ART GRATUIT ET EPHEMERE !

Posant ses bombes aérosols sur le macadam maculé...

Le graffeur monte sur les poubelles.

Il se joue des contraintes et des normes.

Son visage est tourné vers le mur, masqué…

Son tag ne dira rien de lui… Son art est anonyme…

Et explore les espaces inaccessibles…

Une musique hip hop fuse de son casque…

Ses amis le regardent peindre assis sur un banc couvert de tags…

Les enfants jouent…

La rue est belle !

Par buridan.over-blog.com

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