Caïn, Abel et l'éthologie selon Onfray


 

Le comportement de Mr Sarkozy à l'égard des Roms pourrait être analysé à partir de la splendide conférence de Michel Onfray retransmise le 30-07-2010 sur France-Culture…

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J’en transcris ici (à partir de la 35 ème minute) la partie qui donne à réfléchir sur la qualité des dispositions prises par notre Guide Suprême et son subordonné (complice?) Brice Hortefeux.

J’ai modifié un peu le texte de cette conférence en supprimant les répétitions et certaines tournures oratoires peu compatibles avec l’écrit…

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« L’ethnologie est une discipline essentielle qui nous dit : « regardons comment se comportent les animaux car nous sommes des animaux ». Il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal. C’est la grande leçon du « De l’origine des espèces » de Darwin, publié en 1859 (…).

 

Nous sommes des animaux un peu différents, capables de langage, de pensée, de symbolique… Mais qui nous dit qu’il n’y ait pas aussi ce genre (d’activité) chez les animaux. Ceux-ci possèdent bien certaines capacités qui nous dépassent. Certains entendent ce que nous n’entendons pas (ultrasons par exemple) ou voient ce que nous ne voyons pas (infrarouges, ultraviolets).

 

(Donc pour la logique de territoire il nous faut regarder les animaux).

Il n’y a de jalousie que quand il y a des territoires…

Vous avez un territoire… Vous avez un marquage de territoire (…) et vous avez balisé le terrain. Vous êtes chez vous !

C’est vous le mâle dominant !

Et si vous acceptez que d’autres passent, il faut que les animaux (migrants) fassent preuve qu’ils ont compris que c’est vous le mâle dominant ! Ils vont ventre à terre, ils baissent la tête, ils ont la queue entre les jambes – comme on dit !

(Et ces territoires sont souvent l’objet de dispute : combats entre mâles dominants, jalousie pour être possesseur des femelles, pour faire la loi)…

C’est la maffia… C’est la logique du territoire, de son contrôle, sa maîtrise et de ce qui va avec : la possession des biens, de l’argent, des femmes, etc.

Nous sommes DANS le territoire. Il y a ceux qui le savent et ceux qui ne le savent pas ! (Ceux-là) sont comme des animaux pris au piège de leur propre animalité, ils sont dans une logique criminelle, meurtrière au sens symbolique du terme. Mais ça peut aller très loin, jusqu’au passage à l’acte (…).

Si on veut déterritorialiser comme disaient Deleuze et Guatari et savoir que le territoire BOUGE AVEC NOUS, après tout on n’est pas tenu d’avoir des territoires enracinés. On peut vivre sur un territoire nomade…

Voilà pourquoi l’histoire de Caïn et d’Abel (…) représentel’opposition entre le nomade et le sédentaire, l’opposition entre le berger qui fait paître son troupeau et le nomade qui emmène ses animaux… Le Juif Errant en quelque sorte !

Et c’est le combat entre ceux qui sont d’ici et ceux qui sont d’ailleurs, ceux dont on a toujours dit que PARCE QU’ILS ETAIENT D’AILLEURS, ILS ETAIENT DE NULLE PART, et parce qu’ils étaient de nulle part, c’étaient des bandits, des chenapans, etc.

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C’est ce que l’on a dit des Roms, de Tziganes, des Juifs, de tous les gens qui sont dans la circulation, qui posent leur campement puis qui s’en vont ! Comme on le sait : « ce sont tous des voleurs de poules » parce que demain ils seront partis et ils ne laisseront pas de trace !


Reprenez l’histoire de Caïn et d’Abel. Vous en avez un qui est enraciné et un autre qui est nomade. Et c’est l’enraciné qui tue le nomade !

On est toujours dans cette logique de Caïn qui tue Abel, dans cette logique qui dit : JE SUIS D’ICI, je suis un national, je suis là depuis toujours, je suis gaulois ! Et vous ? Vous êtes des ETRANGERS, vous êtes des sans papier, vous êtes des fils d’Abel, vous êtes des circulants, vous êtes des dangereux, vous volez notre travail, nos femmes, notre identité et notre pays(…).

Il y a ce désir de crime qui est toujours là, en permanence, qui est la redite du meurtre symbolique, qui s’exprime au travers de l’électorat de Le Pen, ce comportement de rat captif, ce comportement qui se retrouve parfois du côté du Président de la République, etc.

On voit bien comment ces chose là fonctionnent : logique de territoire, logique d’éthologie, logique d’opposition entre nomades et sédentaires, logique d’opposition entre enracinés et ceux qui vont et viennent…

 

C’EST SIMPLEMENT LA LOGIQUE DE VICHY ! C’est la logique des « juifs qui sont d’ailleurs, de nulle part… Ils sont partout, mais ils sont nulle part… (….) … On va vous dire comment les repérer, regardez leur nez, regardez leurs cheveux, regardez leur teint ». Alors « on » fait des études, des expositions pour apprendre à reconnaître le juif, à le sentir… On parle de (…) « puanteur juive » dans ces « fameuses » expositions sur l « art de reconnaître un juif » !

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Le vieux mythe de Caïn et d’Abel, entre celui qui a mis des barrières en disant « Ici c’est chez moi et je travaille. Ce n’est pas comme vous qui allez et qui venez…Et qui volez ! Moi je travaille, je cultive ma terre, je l’ensemence. J’y fais attention. Je fais mes récoltes ! »

CA, c’est la tradition d’enracinement !

C’est Caïn qui dit « ICI JE SUIS CHEZ MOI, ET MOI JE TRAVAILLE, J’AI LE SENS DE LA TERRE ! »

Et puis vous avez l’AUTRE, qui passe, qui considère que plier son campement, repartir, faire paître les animaux en choisissant l’herbe qui est ailleurs… Oui d’abord ON vous vole VOTRE herbe ! Ce personnage, il est de nulle part… DE NULLE PART ? IL EST DONC SUCEPTIBLE D’ETRE UN BOUC EMISSAIRE ! Il est celui sur lequel on va reporter toutes nos frustrations… C’est LUI… C’est A CAUSE DE LUI !

 

Ce vieux mythe est un mythe majeur, essentiel pour comprendre le fonctionnement aujourd’hui des craintes, des peurs, de ce que l’on désigne par « jalousie »…

On peut mettre en perspective « jalousie », « éthologie » « territorialité », « enracinement », « nomadisme » et penser ces choses là en n’étant pas dupe (…). Ce n’est pas la faute primitive, le meurtre du père, le banquet cannibale, les thèses de « Totem et Tabou » qui expliquent cela !

 

Il y a simplement une incapacité à aimer ce que l’on ne connaît pas… La peur de l’étranger…

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On est toujours inquiet quand un animal entre dans un endroit qu’il ne connaît pas parce qu’il n’a pas ses repères, ses marques, ses traces, parce qu’il n’a pas balisé le territoire avec de l’urine, des matières fécales ou avec ses glandes sudoripares…

Et s’il n’a pas balisé son territoire il n’est pas chez lui…

Il est dans l’angoisse, la crainte, l’inquiétude…

Il est dans la POSITION D’AGRESSIVITE POTENTIELLE !

On en est là !

 

Il ne s’agit pas de dire c’est bien ou c’est pas bien. Il s’agit de (connaître) que c’est comme ça, que c’est le (résultat logique) de l’éthologie.

Ce qui n’est « pas bien » en revanche, c’est d’exciter ça.

Ce que doit faire la culture c’est d’empêcher ça, c’est de contenir ça.

 

Il faut travailler le surmoi, retravailler la constitution du surmoi pour qu’il ne soit pas répressif, autoritaire, fratricide, mais qu’il tende vers un surmoi rendant possible la vie ensemble, la vie en commun et qu’étant enracinés nous soyons capables d’accepter les nomades… Que nous puissions vivre comme Caïn mais qu’Abel puisse aussi exister !

 

Ce sont des propositions de société qui réactivent la jalousie (et le rejet de l’autre) comme une question majeure…

Cette jalousie (…) est une affaire qui a plutôt à voir entre soi et les autres… et le territoire… et la géographie.

 

Parce que le rapport que nous entretenons avec la géographie est générateur d’une histoire dont nous sommes responsables et que nous devons faire ».

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