S'il vous plait les enfants, venez dans nos wagons !
J'en peux plus de cette ambiance de temple ascétique, d'insiders tapotant sur leur mac en soupirant dès que le son dépasse les 3 db.
S'il vous plait, ramenez vos petites ganaches amusées de sièges en sièges. Faites vos aller retours curieux dans les couloirs. Riez fort en jouant au Uno avec vos parents...
C'est que j'en passe du temps dans le train. Dans toutes les sortes de trains d'ailleurs. J'y lis, j'y écris, j'y fais mes trucs. Et franchement les gosses, j'aurais pas envie que vous m'y laissiez tout seul avec mes congénères adultes. Alors, parents, s'il vous plait, ne cédez pas à cette pression sociale qui laisserait entendre que vous n' êtes pas les bienvenus dans les transports collectifs. Que dans le TGV, c'est « collé sur un écran ou rien ». Même si, malheureusement, le prix des billets fait déjà une bonne part du boulot pour vous tenir à l'écart.
C'est super déprimant, quand on est un fan absolu du train, de voir ce que devient la SNCF.
Profitons donc de ce bad buzz soudain pour dire tout ce qu'on a sur le cœur, et qu'on a laissé passer ces dernières années.
Car, si cette com' « no kid » est particulièrement symbolique de ce à quoi aspire la compagnie ferroviaires en terme de « clientèle » et de pratiques, elle vient s'ajouter à une série de dégueulasseries auxquelles on s'est habitués à la vitesse de la lumière.
Les billets devenus nominatifs, le moins en moins de flexibilité, l'incroyable inégalité de traitement entre les prestigieux TGV et les autres lignes, la limitation du nombre de bagages, la tarification « dynamique », la disparition des guichets, la transformation des grandes gares en centres commerciaux de luxe et en Bolloréland...
Jusqu'à ces infâmes et inutiles portiques de contrôle empêchant d'évoluer librement sur les quais et d'accompagner ses proches.
Au risque de passer pour le fou du train, je répète inlassablement aux agents transformés en auxiliaires des machines, tout le mal que je pense de ces évolutions qui concentrent toutes les pires tares de l'époque : surveillance généralisée, renforcement des inégalités territoriales, tout numérique, classisme, vénération religieuse du marché et de la concurrence... Et, tout optimiste que je suis, j'évoque plein d'espoir le jour où la SNCF redeviendrait un service public couplée à une vraie ambition politique de justice sociale et d'écologie.
Ben oui, parce que dans ces moments, il est d'autant plus vital de continuer de dessiner un monde désirable.
Et des propositions il y en aurait...
Par exemple, en piochant quelques trucs bien qui existent déjà ici et là :
Comme en Italie, pouvoir traverser tout le pays dans des trains de nuit confortables et pas chers.
Comme en Autriche, se voir proposer un pass annuel unique qui donne accès à TOUS les trains et transports en commun du pays (cars, TER, transports urbains...).
Comme au Pays de Galle, faire un moratoire sur la construction de routes. Et partant de là, investir tout ce qu'on ne mettrait pas dans les voies rapides, autoroutes et autres rocades dans le train et les transports collectifs.
Comme en France, il y a encore quelques années, avoir des guichets « internationaux » avec des agents spécialement formés sur le sujet qui nous permettent de rêver en élaborant nos grands voyages.
Comme en Finlande... aménager des wagons avec des jeux pour les mômes.
Mais aussi :
Un droit opposable au transport le plus écologique (sur un même trajet, le train devant être systématiquement moins cher que la voiture ou l'avion )..
Redéployer des lignes de trains de partout avec des cadences régulières, de la place dans les wagons... Et pouvoir traverser le massif central !
Remettre la gare au centre du bourg comme un espace de vie, de sociabilité plutôt qu'un bâtiment désaffecté flanqué d'un locker Amazon comme c'est le cas aujourd'hui.
Embaucher au statut SNCF tous les différents métiers sous traités (genre « hôtes de propreté ») apparus ces dernières années.
Arrêter de démanteler, éparpiller, compliquer et : renationaliser.
Toutes idées, au milieu de plein d'autres, qui peuvent paraître complètement utopiques et déconnectées de l'état actuel des choses, mais qui, au vu des tensions sur l'énergie, de l'effondrement écologique, de la rareté de l'espace semblent bien plus urgents et cohérents que de choyer toujours plus une clientèle "Optimum" et "misopède".
Yes, kids !