"Malamorte" d'Antoine Albertini

Critique du roman "Malamorte" d'Antoine Albertini publié par les éditions Jean-Claude Lattès

Drame familial à Bastia : Mohamed Cherkaoui a abattu sa femme et sa fille d’une décharge de chevrotine avant de retourner l’arme contre lui. Le dossier est confié à un capitaine de police placardisé au « Bureau des homicides simples ». Autrement dit, personne ne doute que Cherkaoui soit l’auteur des coups de feu. Mais le policier refuse de se contenter d’une conclusion trop évidente. Il découvre que l’entrepreneur travaillait pour un promoteur influent de l’île aux fréquentations peu recommandables. Un matin, alors qu’il est de permanence, il est appelé sur une nouvelle scène de crime. Le cadavre d’une femme a été retrouvé sur le sentier des Glacières par un couple de randonneurs…Peu avant cette macabre découverte, ils avaient croisé le chemin d’un homme en tenue militaire…

 Le personnage principal dont l’identité n’est jamais précisée cumule tous les poncifs du genre : c’est un policier en disgrâce qui noie un vieux traumatisme dans l’alcool. Son atout est de connaitre parfaitement l’île où il a grandi, ce qui lui permet de mener son enquête hors des sentiers battus. Dans ce roman, la Corse est délestée de ses clichés, vous n’y trouverez pas de paillotte ou d’indépendantiste cagoulé. L’auteur place son intrigue dans une île « hors saison » battue par la pluie et le vent. On découvre les quartiers périphériques de la région semblables à ceux de la métropole: des quartiers pavillonnaires sans charme, des zones d’activité pleines d’entrepôts et de hangars, et pour desservir tout ce fatras urbanistique, une multitude de ronds-points.

 La Corse est grignotée par des promoteurs immobiliers insatiables. Et sans surprise, en grattant un peu le vernis de la notabilité, on tombe sur une collusion entre affairistes, truands et fonctionnaires corrompus. Du côté de l’Etat, le tableau n’est pas plus reluisant. La République est représentée par des magistrats carriéristes, des sous-préfets véreux et des gendarmes et des policiers qui n’hésitent pas à franchir la ligne rouge.

 Ce roman est remarquable. Il se démarque par son réalisme désabusé, son exploration des strates de la société corse, son ton à la fois grave et cocasse et son ambiance pesante. On pardonne à l’auteur son anti-héros stéréotypé et sa fin rocambolesque. Malamorte est un premier roman prometteur qui nous rappelle que l’île avec sa beauté sauvage est un cadre idéal pour un roman noir.

 Je remercie NetGalley et les éditions JC Lattès de m’avoir permis de découvrir ce livre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.