Les Ecoeurés de Gérard Delteil

Critique du roman de Gérard Delteil "Les Ecoeurés" publié par les éditions du Seuil

Le bandeau fluorescent qui entoure ce livre annonce la couleur : « les Ecoeurés » est le premier polar consacré aux gilets jaunes. Le roman s'ouvre sur l'avertissement d'usage : cette oeuvre de fiction est inspirée de faits réels qui ont défrayé la chronique ces derniers mois. L'auteur a situé son récit à Saint-Plennech, une sous-préfecture de Bretagne fictive derrière laquelle on reconnait Saint-Malo. Alain Devers y dépose ses valises pour effectuer un stage dans le cadre de sa formation de lieutenant de police. Son supérieur l'envoie sur les ronds-points pour qu'il surveille discrètement les manifestants. Un week-end, une femme qui participait à un barrage filtrant est tuée après avoir été renversée par un véhicule. Le chauffard a pris la fuite sans que personne ne relève sa plaque. le jeune policier prend l'initiative de le rechercher sur son temps libre.

Le récit repose sur deux enquêtes qui apparaissent comme totalement secondaires. Ce roman est plutôt conçu comme un documentaire sur les gilets jaunes. L'auteur se focalise sur une ville de province. Les violences sur les Champs-Elysées n'apparaissent qu'en second plan. Le mouvement est montré sous une lumière crue : mobilisation spontanée, organisation anarchique, revendications contradictoires. Des manifestants apolitiques côtoient des militants d'extrême gauche et des illuminés adeptes des théories du complot. Certains font le choix de la violence, d'autres celui du dialogue. Les autorités peinent à trouver des interlocuteurs car les chefs et les porte-paroles sont vite brocardés. Gérard Delteil s'attache à révéler ce qui se cache en arrière-plan d'un tel mouvement : manipulation, infiltration, récupération… Mais ce qu'il faut surtout retenir de ce roman, ce sont les portraits des « écoeurés» dépeints avec beaucoup de réalisme : Claire complète son allocation chômage en faisant des heures de ménage au noir ; Bruno, un autoentrepreneur, parvient difficilement à payer les traites de son pavillon ; Nicole vient de perdre son poste de comptable part haranguer les automobilistes à un carrefour…

Un tableau sincère et exhaustif du mouvement, parfois schématique sur certains de ses aspects.

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