Insécurité sous la plume d'un fasciste

Ouais je sais, le titre tape bien dans le lard. En fait ce n'est qu'une forme d'hommage au combat qu'a mené pendant quasiment 8 ans Hamé, membre fondateur de La Rumeur, combat qui l'a opposé au ministère de l'intérieur, mais surtout à Sarkozy.

Combat qu'il a gagné avec toute l'humilité de celui qui sait que
Pyrrhus a aussi connu ce genre de victoire.
Je ne vais pas revenir là-dessus, bien que l'info, aussi importante soit-elle, soit passée complètement à la trappe dans les médias "officiels"...
Internet est aussi fait pour contourner ce genre d'alignement.

Donc longue vie au vrai rap, celui qui n'a pas vendu ses fesses à Skyrock©®™ & cons et qui malgré les multiples avanies qu'il subit, garde en lui l'expression de la révolte.

Car c'est celui que j'aime et La Rumeur en est le redoutable et digne représentant.

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Venons-en aux faits.


 

Ce bon vieux Robert nous dit que la base du fascisme réside dans le :

"Contrôle politique extensif de la société civile.

Le régime fasciste entend faire de la nation une communauté unique rassemblée derrière un seul homme (culte de la personnalité et importance de la hiérarchie), avec un individu qui doit s'effacer devant l'Etat. Rejetant les droits de l'homme, il s'accompagne d'un Etat policier fort et sécuritaire, d'une organisation verticale des métiers en corporation, d'une méfiance envers les étrangers et d'une politique réactionnaire."

George Orwell - à travers 1984 - nous a démontré avec une précision terrifiante qu'il n'était nul besoin d'envoyer une légion de bottes bien cirées frapper en rythme le pavé pour installer un régime de ce type. En effet, il suffit juste de modifier le langage à sa guise.


C'est ce qu'il a appelé la
Novlangue.
La
Novlangue se pratique en famille le soir devant le JT, le matin dans les transports en commun en lisant le journal, dans les bureaux du ministère de la Vérité ou confortablement assis à la meilleure table de Paris.
La
Novlangue entend déstructurer, simplifier et moduler le langage à tel point que toute idée subversive ne puisse plus être fournie, que la pensée - la pensée n'est qu'un assemblage de mots signifiés par leur représentation mentale - soit "purifiée" par la purge du vocabulaire et de ses innombrables nuances.
Il s'agit là de limiter au possible la structuration d'un esprit critique et la dangerosité de son expression.
Ainsi a t-on inventé des mots auxquels on a ôté tout risque d'interprétation spéculative, principalement en positivant au maximum leur sens et représentation.


"Vidéo-surveillance" est alors devenue
"vidéo-protection".
Remarquez à quel point la double pensée est ici parfaitement maîtrisée.
Effectivement, s'il n'y a pas grand chose de plus intrusif qu'une caméra braquée sur le moindre de vos gestes lorsque vous vous promenez dans la rue, en remplaçant
"surveillance" - terme agressif, suggérant la suspicion - par "protection" - "oui Mme Michu, l'Etat prend soin de votre sac à main" - et bien on modifie directement la valeur pratique de l'objet et par conséquent, sa représentation mentale.
Or, une caméra de
"vidéo-protection" de protège pas plus qu'une caméra de "vidéo-surveillance" qui ne protège déjà rien, puisque c'est très exactement la même chose.

La
"guerre propre" est également un bon exemple de Novlangue étatique.
Retournez bien ces termes dans tous les sens au fond de votre gorge vous imprégner de toute leur absurdité...
-Frappe chirurgicale.
-Dommage collatéral.
-Capitalisme régulé
-Islam à la française
-Vidéo-tranquillité (une belle variante que nous devons au sémillant Philipe Goujon)
-Immigration choisie
-Discrimination positive
-La
"rilance" (gros ouate zeu pheuque quand même pour celle là)
-Développement durable
-Croissance négative
-La liberté c'est l'esclavage

Etc, etc, etc
Autant d'oxymorons , d'euphémismes et d'antiphrases dont le but ultime est d'accorder deux termes contradictoires pour qu'ils s'annulent et qu'on finisse par croire aux deux...
Vous avez sûrement déjà dû voir ces pubs idiotes pour des barres chocolatés infectes saturées de sucres et de graisses de toutes sortes. Le bandeau noir dans lequel on peut lire un avertissement du genre : "pour votre santé, mangez moins gras et moins sucré."
Et puis limiter à gogo la vitesse autorisée sur les routes, pour les conducteurs, mais permettre aux constructeurs de construire des bagnoles qui peuvent aller bien au delà.
Sans oublier d'élever le travail au rang de valeur suprême basée sur le mérite, mais ne surtout pas augmenter les salaires et tant qu'à faire, favoriser ceux dont les héritages ou la ligné héréditaire leur permettent de ne jamais rien glander, sinon emmener bobonne aux Bahamas toutes les deux semaines.
Sans commentaire...

 


J'en viens donc à
Xavier Bertrand et ses "méthodes de fascistes", puisqu'avant que je diverge (et diverge, c'est énorme), mon billet devait traiter de cela.
Tenez, je viens moi-même de mettre en pratique le principe de la double pensée.
En effet, les méthodes dites
"fascistes" n'appartiennent pas à Xavier Bertrand. En principe, ce n'est pas lui qui les applique...
Vous avez tous compris, notamment grâce aux guillemets, qu'il s'agissait uniquement du rapport de son invective.

Maintenant, imaginons la même phrase, mais en mode Novlangue.
Pour éviter de formuler toute forme de nuance, je n'aurais pas employé de guillemets.


J'en viens donc à Xavier Bertrand et ses méthodes de fascistes.

 

Il ne fait plus aucun doute que grâce à cette énonciation simplifiée, je suggère que Xavier Bertrand use de méthodes de fascistes.

Alors que c'est Mediapart le fasciste, c'est bien connu...


La simplification à outrance du langage et la banalisation de termes aussi forts tel que "fasciste", accommodés à toutes les sauces par de sombres populistes en mal de dictionnaire, tendent naturellement à un abêtissement si profond de la société dans son ensemble qu'il ne serait pas étonnant, à terme, de finir comme dans le génial "Idiocracy", à savoir vautré devant un "Masturbation Network" ou décérébré par "Time Mascheen".

 


Des pubs usant inlassablement des mêmes quelques mots encore compréhensibles - au hasard
"fuck" et "dude" - deviendraient notre seul rapport à une réalité matérielle complètement digérée et gérée par des multi-nationales en position de monopole total et au pouvoir absolu.
La littérature n'existerait pour ainsi dire même plus, puisque les
e-books ne proposeraient que des catalogues basés sur des magazines people et du porno visible en 3D.
Incapable de nous habiller sans se faire aider par des machines, nous en serions réduits à végéter dans des fauteuils inversement proportionnels en taille que les écrans sur lesquels nous regarderions des émissions débiles à la
Secret Story ou Dilemne, à longueur de journée.
(Inversement proportionnels dans la mesure où plus les écrans s'amincissent et plus nous devenons gros...)
Repus par de la bouffe synthétique distribuée à volonté par un réseau complexe de tuyaux pneumatiques, notre seule et unique volonté serait de nous distraire le plus possible et ce en conformité avec la déflagration d'une culture de masse pour laquelle le bonheur ne s'acquiert que dans la déshumanisation.

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C'est un peu le principe de
Fahrenheit 451, Limbo ou Equilibrium, à savoir priver l'être humain de toutes ses contradictions, tous ses paradoxes, toutes ses émotions et ressentis négatifs pour en faire un agneau docile voué à consommer les produits bradés d'une paix éternelle.

Et ça au fond, c'est le scénario le plus optimiste, puisque si une élite garde le contrôle sur le langage et son usage, nous deviendrons tous des Winston Smith en puissance...


PS : Je n'arrive pas à égaliser la taille de mon texte, donc si quelqu'un sait comment faire...



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