Les autorités attaquent de nouveau la liberté d’informer

Alors qu’il couvrait une action d’Extinction Rebellion à l’aéroport d’Orly, en banlieue parisienne, un journaliste de Reporterre Alexandre-Reza Kokabi a été interpellé et a passé dix heures en garde à vue. Il était le seul journaliste sur place, le seul donc à pouvoir témoigner de ce qui se passait. En criminalisant les journalistes, les autorités empêchent d’informer. Édito par Hervé Kempf.

Un journaliste de Reporterre, Alexandre-Reza Kokabi, a passé dix heures en garde à vue le vendredi 26 juin. Il avait suivi un groupe de militants du collectif Extinction Rebellion France qui a menait une manifestation sur une piste de l’aéroport d’Orly gênant la circulation d’aéronefs. Ces activistes dénoncent l’impact du trafic aérien sur le climat et, dans la foulée de la Convention citoyenne sur le climat et de la recommandation du Haut conseil sur le climat de réduire le trafic aérien, demandent l’arrêt des vols intérieurs en France. Alexandre-Reza Kokabi était le seul journaliste sur place, le seul donc à pouvoir témoigner de ce qui se passait, pour présenter au public un récit qui ne soit ni la version officielle des faits, ni celle des militants.

À  Reporterre, nous sommes fréquemment amenés à raconter des actions de protestation contre la destruction écologique du monde et des manifestations. Nous le faisons dans le cadre de notre mission d’informer, parce que ces actions contribuent au débat public en mettant en lumière tel ou tel problème d’intérêt collectif. La règle impérative que nous suivons scrupuleusement est de n’intervenir d’aucune manière dans ce qui se passe. Nous ne cherchons qu’à rapporter le plus honnêment et précisément possible ce que nous voyons et entendons.

Il arrive fréquemment que les actions entreprises soient illégales : la gravité et la rapidité de la dégradation écologique de notre environnement conduisent en effet de plus en plus souvent des citoyennes et citoyens à commettre des actes délictueux, au nom de l’intérêt général et en recourant à la désobéissance civile, une méthode pratiquée de longue date par Gandhi, Rosa Park, les opposants à la chasse aux cétacés ou les Faucheurs volontaires, pour ne citer que ces quelques exemples. La gravité du problème climatique et l’apathie des responsables à son égard constituent sans doute le motif qui pousse des personnes à enfreindre la loi.

Mais en criminalisant les journalistes, les autorités empêchent d’informer sur ces actes et d’étouffer le débat qu’ils veulent susciter. C’est rendre impossible ou décourager de raconter une manifestation interdite, le décrochage de portraits présidentiels, l’occupation d’un bâtiment par des sans logis ou le blocage d’un chantier. C’est porter atteinte à la démocratie dont la liberté d’informer est un pilier essentiel.

En France, hélas, l’Etat prend l’habitude de menacer ou d’enfermer des journalistes : ont ainsi durant les derniers mois subi une garde à vue ou une convocation Jean Segura, Taha Bouhafs (Là-Bas si j’y suis), Rémy Buisine (Brut), Ariane Chemin (Le Monde), Pascale Pascariello (Mediapart), le collectif de journalistes Disclose, des étudiants en journalisme en reportage dans le Nord, et des journalistes du Maine Libre.

Reporterre déplore vivement la garde à vue d’Alexandre-Reza Kokabi et demande instamment que les droits des journalistes soient respectés par les autorités.  

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