«L’environnement est le capital de l’homme qui vit en milieu rural»

Bakary Kanté

Bakary Kanté, directeur du développement des politiques et des droits de l’environnement au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), considère que le respect des droits humains est lié à la qualité de l’environnement.

Article de Moussa Keita

Quelle est votre conception du développement ?

Bakary Kanté : Le développement est une réponse aux besoins essentiels d’une communauté, d’une nation, voire du monde, à savoir se loger, se nourrir, se vêtir et pouvoir se soigner. Il faut aussi prendre en compte l’aspect temporel de la satisfaction des besoins, c’est à dire préserver les ressources des générations futures. Je suis du Sénégal, d’un milieu rural, et mon père n’a jamais été salarié, mais nous avons toujours mangé trois repas par jour. Je considère que nous n’avons jamais été pauvres ! Mais dans la définition occidentale de la pauvreté, l’aspect financier est mis en avant.

Vous insistez beaucoup aussi sur le rôle de l’environnement, quel est son lien avec le développement ?

B.K. : Pour créer une société, nous avons besoin d’un capital. L’environnement est le capital de l’homme vivant en milieu rural. Sa détérioration le met donc en difficulté. Par exemple, quand j’étais jeune, je pouvais aller boire de l’eau à la rivière. Aujourd’hui, ce n’est plus si évident. Même en France c’est impossible, car les eaux des rivières sont contaminées et polluées.

Selon vous, existe-t-il un rapport de force entre les États et les multinationales, y a-t-il une relation dominant-dominé ?

B.K. : La domination des multinationales s’applique sur les États inachevés, en construction, qui n’ont pas les moyens de satisfaire tous les besoins de leur peuple. Certaines de ces multinationales peuvent avoir un budget deux à trois fois supérieur à celui de l’État d’accueil. Il n’y a pas d’égalité possible. Ces multinationales ont donc les moyens de mettre au pas les institutions nationales.

En pillant les ressources, les firmes multinationales ne sont-elles pas responsables du retard de ces pays ?

B.K. : La responsabilité est partagée. C’est trop facile d’accuser une seule partie en oubliant ses propres responsabilités. Selon moi, les pays africains sont aussi responsables.

D’accord, mais les relations sont tout de même très déséquilibrées…

B.K. : Je ne suis pas d’accord. C’est avant tout une question de valeurs. Ce n’est pas parce que j’ai un manque que je vais aller voler. Ma dignité, mes valeurs m’en empêchent. J’ai beaucoup insisté là-dessus lors de la conférence : les multinationales ont amené la corruption dans nos pays. C’est comme si nos valeurs avaient été diluées, mais c’est trop facile de se disculper en pointant du doigt les seules pratiques des multinationales.

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