« Le racisme sape notre héritage démocratique »

Entretien avec Yiorgos Kaminis, maire d’Athènes (Grèce), ancien médiateur de la République grecque, qui se mobilise pour défendre les droits des immigrés.

Propos recueillis par Fatoumata Cissokho

 

Quelle est la situation de la violence néo-nazie en Grèce ?

Yiorgos Kaminis : Je ne connais pas exactement les statistiques mais nous avons eu des incidents. Une de ces organisations, connue sous le nom d’Aube dorée est impliquée dans ces actes de violence. Il y a aussi des cas où l’on a des soupçons sur des politiciens mais on ne peut pas savoir de qui il s’agit. De toute façon, il y a des problèmes et la police est infiltrée par certains de ces groupes. Cette situation en Grèce est une chose détestable. Le Conseil municipal s’est prononcé à plusieurs reprises pour condamner la violence.

Vous avez été vous-même victime d’agression. Quelle a été la cause de cet acte ?

Y.K. : On compte une vingtaine de députés néo-nazis sur trois cents qui provoquent des incidents au sein même du Parlement. Début mai, le groupe Aube dorée avait annoncé qu’ils n’allaient distribuer des biens alimentaires qu’aux personnes de nationalité grecque sur présentation d’une pièce d’identité sur la place centrale de la ville d’Athènes ; donc moi, j’ai immédiatement refusé de leur accorder ce permis car je considère qu’un tel acte est une violation des droits humains. On ne peut pas tolérer qu’ils se réunissent sur la place centrale, s’ils veulent faire des choses comme ça.

Pensez-vous que le rejet des immigrés est dû à la crise ? Sont-ils des boucs émissaires ?

Y.K. : La crise est un enjeu considérable. Le peuple grec n’était pas préparé à l’immigration, c’était quelque chose d’étrange pour eux. Il existe une très forte xénophobie en Grèce, qui existait même avant la crise. Aujourd’hui, elle est excessive. Le rôle des forces démocratiques du pays et des élus est de montrer que le racisme et la xénophobie n’ont rien à voir avec le principe de convivialité, du vivre en commun, de la Constitution et de la dignité humaine.

Quelles mesures avez-vous mises en place pour la protection des migrants ?

Y.K. : La municipalité agit beaucoup sur la prévention et communique publiquement sur le thème de l’immigration. Nous avons un comité qui défend les droits des immigrés. Dans ce comité, siègent les organisations des pays des migrants.Historiquement, la Grèce est le berceau de la démocratie, c’est inacceptable de laisser le racisme et la xénophobie saper notre héritage. Je reste tout de même optimiste, car sans espoir il n’y aura plus de démocratie.

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