« On manque réellement d’une vision transversale »

François Duchamp, chargé de mission à Unicef France, milite pour la création de données fiables sur les enfants vulnérables en France. Entretien. Propos recueillis par Delphine Zoundi

Quelle est la situation actuelle des enfants pauvres vivant en milieu urbain ?

François Duchamp : La question est très problématique car elle est multisectorielle. Elle touche le logement, l’accès à l’école, l’accès aux loisirs, etc. Un ensemble d’indicateurs se sont dégradés pour les enfants les plus vulnérables, ceux que l’on appelle les enfants invisibles, les sans-papiers par exemple. Ce sont des enfants qui sont moins présents dans le débat public, parce qu’on ne les voit pas dans les médias, ni nulle part ailleurs. Le plus important à savoir, c’est que la plupart sont absents des enquêtes et des statistiques.

N’y aurait-il pas un moyen de les rendre plus visibles ?

F.D. : C’est justement l’une des demandes d’Unicef France. Nous avons besoin de données fiables, régulières et générales sur l’ensemble du territoire français pour suivre et évaluer l’efficacité des politiques. La question de l’enfant est très vite sectorisée : il y a les enfants malades, les enfants handicapés, les enfants à l’école, etc. On manque réellement d’une vision transversale qui permettrait d’avoir une capacité d’analyse globale et plus précise sur les enfants vulnérables.

Que fait Unicef France pour améliorer leur situation ?

F.D. : Unicef France a un rôle de collecte de fonds pour Unicef international. Nous essayons également d’infléchir les politiques publiques en faisant la promotion des droits de l’enfant auprès des acteurs politiques principalement. L’objectif est d’essayer d’attirer leur attention sur les causes qui empêchent les enfants de pouvoir bénéficier de leurs droits. La France a signé la Convention internationale des droits de l’enfant, les politiques français ont donc le devoir de lutter contre ces phénomènes qui mettent les enfants en porte à faux.

Comment intervenez-vous ?

F.D. : Nous intervenons auprès des médias et du grand public pour faire de la pédagogie. Nous intervenons aussi en milieu scolaire pour faire comprendre leurs droits aux enfants, du primaire jusqu’au lycée. Nos comités départementaux, présents sur tout le territoire, sont gérés par des bénévoles. On essaye de travailler, par ailleurs, avec des associations françaises pour porter collectivement ses sujets.

Les populations visées s’investissent-elles dans les projets que vous menez ?

F.D. : Le problème c’est que les gens ont tendance à s’autocensurer. C’est pour cela qu’il est très important d’avoir des lieux d’écoute et de confiance, que ce soit avec les parents ou les enfants, dont la perception n’est pas forcément la même. Unicef essaye de faciliter ce dialogue pour mieux comprendre les difficultés qu’ils rencontrent et réfléchir aux solutions adéquates. Les gens ont du mal à s’ouvrir, ce qui se comprend : ils sont stigmatisés par un discours qui a tendance à les rendre responsables de leur situation.

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