«Quand les Roms ont des droits...»

Entretien avec Robert Gouraud, président de Sol’Rom à Saint Herblain (Loire-Atlantique), membre du collectif Romeurope, qui regroupe des associations de défense des droits fondamentaux des Roms d’Europe de l’Est vivant en France. 

Entretien avec Robert Gouraud, président de Sol’Rom à Saint Herblain (Loire-Atlantique), membre du collectif Romeurope, qui regroupe des associations de défense des droits fondamentaux des Roms d’Europe de l’Est vivant en France. Propos recueillis par Emmanuelle Morineau.

Comment votre association intervient-elle pour améliorer la situation des Roms ?

Robert Gouraud : Nous avons deux axes d’action. Tout d’abord, sur les pouvoirs publics par l’envoi de lettres, les demandes de rendez vous, etc. pour qu’ils ne puissent plus expulser et rejeter les Roms sans respecter leur dignité. Par ailleurs, nous essayons d’informer les citoyens sur cette population, à travers des réunions publiques, comme la Journée internationale des Roms le 8 avril dernier. A tort, les Roms sont vus comme des voleurs, des gens sales et souvent confondus avec les Gens du Voyage, qui eux sont de nationalité française. La population Rom en question est composée de migrants récents, venant de Bulgarie ou Roumanie. Notre collectif s’insurge de la situation dans laquelle ils vivent.

Quels problèmes dans le traitement des Roms voulez-vous mettre en lumière ?

R.G. : Nous voulons faire des droits communs, comme la santé et le logement, un acquis pour tous. Nous dénonçons les expulsions sur le territoire nantais, et surtout l’accueil inégal de ces familles entre les différentes communes. Il y a trois ans, une centaine de familles de Roms a été expulsée d’un squat dans laquelle elle vivait. Elle a été séparée dans plusieurs communes nantaises. A Indre, le dialogue et la négociation ont été mis en avant afin de les accueillir au mieux. Depuis un an et demi, cinq de ces familles sont logées en centre ville. Elles ont atteint une certaine stabilité leur donnant accès à la scolarisation des enfants et aux services de la ville. Ces familles se fondent ainsi dans le tissu social : quand les gens ont des droits ils ne deviennent plus des problèmes ! Par contre, dans la commune de Saint Herblain, où une partie de ces familles s’est installée, elles ont été traitées avec indifférence et rejet. Elles ont déménagé régulièrement et il n’y a pas eu de scolarisation stable pour les enfants. Elles vivent encore aujourd’hui dans une peur constante de la police et de l’expulsion. Cette situation rend impossible l’accès à des formations et à des emplois stables. Et cela a entraîné une relation de méfiance du voisinage vis-à-vis des Roms.

Retrouvez-vous ces situations ailleurs ?

R.G. : A Romeurope, nous constatons avec la crise, le développement de la politique de la « patate chaude » de la part des mairies qui consiste à rejeter la responsabilité sur le voisin. Pour faire avancer les droits des Roms de l’Europe de l’Est en France, nous collectons des témoignages pour faire connaître les récits de ces familles et nous essayons de faire connaître les politiques d’accueil locales qui fonctionnent. Nous insistons également sur l’importance de la coopération entre les Etats européens et la nécessité du dialogue entre les associations et les institutions.

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